De retour du CES Las Vegas, les Néo-Aquitains débriefent

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Une partie de la délégation de Nouvelle-Aquitaine au CES 2018
Une partie de la délégation de Nouvelle-Aquitaine au CES 2018 (Crédits : French Tech Bordeaux / Twitter)
Après avoir participé en janvier au CES de Las Vegas, plus gros salon mondial des nouvelles technologies, plusieurs acteurs de la Nouvelle-Aquitaine font part à La Tribune de leurs retours très concrets.

Revenir du CES, c'est d'abord combattre le décalage horaire, revenir dans une France où les galettes des rois sont partout, et faire face à une boîte mail qui a souvent explosé sous l'abondance des courriels en son absence. Il faut donc quelques jours pour digérer.

Jérôme Leleu n'avait pas forcément prévu de passer du temps à Vegas en janvier. Le patron bordelais d'Interaction Healthcare et de sa division SimforHealth, spécialisée dans la simulation numérique en santé, et son équipe avaient participé à l'édition 2017 sur la marketplace du salon. La société s'était déjà fait repérer à l'époque en faisant partie des 4 innovations en e-santé distinguées et sa présence lui avait ouverte des portes commerciales, notamment en Asie. Mais l'édition 2018 n'était pas forcément prévue au programme, notamment en l'absence de grosse nouveauté à présenter. La sélection de SimforHealth par HTC Vive a changé la donne. Seul acteur du secteur de la santé à être invité par le géant taïwanais de la réalité virtuelle à exposer sur son espace, l'entreprise bordelaise a fait ses bagages et a notamment pu présenter la version multi-utilisateurs de ses outils de formation basés sur la réalité virtuelle. Un système qui permet aux professionnels de santé de s'exercer grâce à un patient virtuel, dans un environnement 3D reconstitué, et de s'entrainer et se former jusqu'à ce qu'ils soient prêts à passer à la pratique.

Simforhealth

Simforhealth une réalisation tout à fait impressionnante (Simforhealth)

"Nous étions installés sur le stand de HTC Vive, dont les voisins étaient Facebook et Cisco", rembobine Jérôme Leleu, actuellement en Tunisie en tant que membre de la délégation d'entrepreneurs choisis par les équipes d'Emmanuel Macron pour accompagner le président de la République à Tunis. Le pari est réussi car même s'il y a moins de monde que sur la marketplace par exemple, le public est beaucoup plus qualifié. Les visiteurs venaient précisément là pour aborder les questions de réalité virtuelle. Voir qu'HTC Vive nous a sélectionnés et nous met en valeur est un signal séduisant pour de potentiels partenaires, et génère également des retombées médiatiques importantes."

L'union fait la force

2017 avait vu deux délégations distinctes en provenance de Nouvelle-Aquitaine prendre la direction du CES Las Vegas : l'une conduite par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, l'autre par French Tech Bordeaux. 2018 était l'édition de l'union sacrée ou, pour utiliser une expression plus courue actuellement, celle de la chasse en meute. La Région avait pris le rôle de chef de file pour rassembler toutes les jeunes pousses, au nombre d'une quarantaine, au sein d'une même délégation. Une vingtaine étaient présentes sur l'Eureka Park, lieu réservé aux startups sélectionnées par les organisateurs du salon, réunies au sein d'un espace régional bien identifié sous la bannière de la Nouvelle-Aquitaine. D'autres étaient sur les marketplaces thématiques et d'autres encore étaient simples visiteurs, afin de repérer les nouvelles tendances et d'enchaîner les rendez-vous BtoB.

CES Las Vegas Nouvelle-Aquitaine édition 2018

La délégation néo-aquitaine, quelques semaines avant de participer au CES 2018 (photo ML / La Tribune)

Avec sa casquette de président de French Tech Bordeaux, Jérôme Leleu estime que l'union sacrée a bien fonctionné, soulignant notamment l'importance du soutien financier de la Région, près de 340.000 € au total, et l'accompagnement pointu qui a été proposé aux startups en amont. Le dirigeant bordelais juge même que "beaucoup de jeunes pousses ont beaucoup bossé, en amont et pendant le salon, et su mettre en avant leur excellence. Le niveau global s'améliore d'année en année."

Reste une question qui a beaucoup été débattue à l'occasion du salon : les régions doivent-elles regrouper les startups qu'elles accompagnent sous leur propre bannière ? Olivier Ezratty, consultant réputé et auteur chaque année d'un rapport sur le CES, a un avis tranché sur la question :

"On constate une représentation exacerbée des régions françaises, par volonté de présenter une façade attrayante de leurs startups. Pour plus d'efficacité, on pourrait améliorer la représentativité des entreprises françaises en faisant en sorte qu'elles viennent groupées autour de thématiques sur lesquelles elles sont bonnes, comme la maison connectée, la santé ou le transport. C'est une bonne démarche de se mettre au même endroit pour présenter les mêmes choses dans un domaine donné, d'adopter une démarche de plateforme", expliquait-il il y a quelques jours à Paris lors d'une Matinale de la disruption organisée par La Tribune (compte-rendu et vidéos ici).

Secteur par secteur ou région par région ?

Jérôme Leleu, en tant que président de French Tech Bordeaux toujours, revendique la même approche "très pragmatique" :

"Quand un investisseur ou un visiteur va au CES, il n'y part pas en curieux face à des milliers de stands, il y va pour des raisons précises. S'il est le responsable innovation d'un grand groupe automobile, il va s'intéresser à ce secteur en particulier et n'ira voir que les acteurs de ce domaine. Même chose s'il est intéressé par les drones, et ainsi de suite. Donc regrouper les startups françaises par secteur d'activité me paraît pertinent : la smart city, la e-santé, l'intelligence artificielle, etc. Ce qui permettrait de bien montrer l'excellence de la French Tech dans ces domaines.
Le problème aujourd'hui est le suivant : les régions, celle de Nouvelle-Aquitaine en l'occurrence, ont formidablement soutenu les startups présentes au CES et il est normal qu'elles soient mises en avant. Mais ce n'est pas la lecture que font les visiteurs du salon. Il faut donc que l'on se mette tous autour de la table dès à présent pour réfléchir à ce sujet. Le but final, c'est que les entreprises soient soutenues, valorisées, qu'elles obtiennent des débouchés et qu'elles créent de l'emploi sur le territoire. C'est aussi à ces mêmes entreprises de mettre en avant leur accroche territoriale et les domaines d'excellence de leur écosystème régional."

De son côté Mathieu Hazouard, conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge du numérique et du très haut débit, estime que le CES 2018 "a confirmé qu'il présentait un vrai intérêt. Les startups de la délégation ont engrangé beaucoup de contrats, rencontré des investisseurs et signé des contrats. Cette édition a permis de confirmer également que l'accompagnement au préalable et pendant le salon est essentiel. Nous allons maintenant regarder quelles seront les retombées concrètes, avec des points d'étape sur l'ensemble de l'année 2018." L'élu régional comprend bien la question qui se pose sur la segmentation des startups par secteur d'activité. Mais il juge également que "si une seule bannière, celle de la France, était choisie, et que les Régions étaient moins impliquées, je ne suis pas sûr qu'il y aurait autant de startups accompagnées".

"Certaines technologies arrivent à maturité"

Xavier Maurin tire aussi "un très bon bilan" de cette édition 2018 du CES : "L'an dernier nous étions simples visiteurs, cette année c'était la plongée dans le grand bain de la marketplace", la zone où coexistent startups et grands groupes. Le président de Nomadeec et 4 membres de la jeune pousse basée à Latresne (11 emplois au total) y étaient pour présenter sa nouvelle génération de plateforme de télémédecine, incluant notamment une application de réalité unique au monde développée main dans la main avec Asobo Studio et sa division Holoforge. La solution, qui a de multiples applications en télémédecine et en particulier dans la médecine d'urgence, a semble-t-il séduit.

"Nous avons obtenu une centaine de contacts très qualifiés au total, pour moitié américains, illustre Xavier Maurin. Nous avons pu rencontrer des responsables de groupes hospitaliers, d'assurances privées, d'autres acteurs de la e-santé. Nous avons pas mal d'avant-projets en Amérique du Sud notamment qui ont avancé, et nous avons profité d'une belle couverture médiatique avec une quinzaine d'interviews, et bien sûr des démonstrations en continu. C'est un gros investissement qui demande beaucoup de préparation, mais l'aventure est formidable. Le site de référence Mashable a utilisé notre projet pour illustrer dans un article la e-santé le fait que les technologies, notamment la réalité mixte, infusent. Nous avons aussi accueilli une délégation de 20 médecins du Digital Health Summit. On est donc plutôt confiants sur les retombées business à venir et le fait qu'elles se matérialisent par des contrats. A notre retour en France, le nombre de demandes entrantes a doublé."

Nomadeec reste confrontée à un écueil : sa dernière plateforme a mûri technologiquement mais n'est pas encore tout à fait opérationnelle sur le plan réglementaire. La mise sur le marché américain est donc plutôt envisagée pour fin 2018 /début 2019, en priorisant d'abord le marché de la formation où la réglementation est plus souple, avant un déploiement sur le terrain. D'ici là des pilotes auront été déployés en France pour rôder la nouvelle solution utilisant les casques de réalité augmentée HoloLens. Depuis deux ans, Xavier Maurin et son équipe ont déjà équipé un quart des Samu de France de sa plateforme de télémédecine. L'objectif 2018 est de lever entre 8 et 10 millions d'euros, chiffre plus important que prévu initialement, et de doubler l'effectif tout en se positionnant plus fortement sur le marché prometteur des établissements d'hébergement des personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Xavier Maurin livre également un éclairage plus global sur les tendances du salon :

"Le CES confirme sa place de Mecque de l'innovation et la place du BtoB est de plus importante, alors que le BtoC a historiquement eu beaucoup plus de poids. Dans la santé, dans la « smart home », les choses arrivent à maturité. Comme toujours, les technologies ont précédé les usages mais aujourd'hui, on trouve beaucoup de monde prêt à intégrer ces technologies. Et on ne peut pas passer à côté de la présence française, très forte, au CES. C'est plutôt bon signe et réjouissant."

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