Amorim sonne la fin du goût de bouchon

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Le système NDtech permet un contrôle individuel en 12 secondes, contre 14 minutes précédemment
Le système NDtech permet un contrôle individuel en 12 secondes, contre 14 minutes précédemment (Crédits : Amorim)
Après cinq années de R&D et 10 millions d'euros d'investissements, le géant du liège Amorim vient de lancer une première mondiale : des bouchons garantis sans TCA relargable. Cette fameuse molécule est responsable de l'affreux "goût de bouchon" qui contamine certains vins lors de leur vieillissement.

Les goûts de bouchon,  fléau du monde viticole, le laboratoire spécialisé en oenologie Dubernet en parle très bien :

"Ils sont produits par la contamination accidentelle des bouchons par une molécule à fort goût terreux - moisi, le trichloroanisole (TCA). Le bouchon contaminé lors de son élaboration va à son tour contaminer le vin après la mise en bouteille, par le TCA. On dit que le vin prend alors un goût bouchonné. (...) Ce qui importe, c'est la quantité de TCA susceptible d'être relargué par un bouchon contaminé dans un vin, et plus globalement, c'est le risque qu'un lot de bouchons donne un taux décelable de bouteilles contaminées par le TCA."

Leader mondial du liège, basé au Portugal mais très présent en France où il compte 90 emplois dont une soixantaine dans le bordelais, Amorim planche depuis longtemps sur cette question du TCA, composé chimique certes formé naturellement mais qui pose problème dans les industries alimentaires et les boissons conditionnées. Le groupe (603 M€ de CA en 2015, dont 52 M€ pour la filiale hexagonale) vient de trouver une parade à l'issue de 5 ans de R&D et 10 M€ investis.

Contrôle maximal

L'innovation ne porte pas sur les bouchons en liège eux-mêmes mais sur leur contrôle individuel. Avec sa technologie NDtech passe au crible, en 12 petites secondes seulement, chaque bouchon en liège sur la ligne de production pour éliminer le risque de contamination par le 2,4,6-trichloroanisole (TCA).

"Auparavant, l'examen par chromatographie en phase gazeuse durait jusqu'à 14 minutes, ce qui le rendait inutilisable sur des lignes de production, indique Christophe Sauvaud, directeur général d'Amorim France. C'était techniquement faisable mais c'était trop long pour être mis en œuvre. NDtech a nécessité 10 ans de R&D mais ce n'est pas l'important. En risquant une comparaison osée, je dirai que personne ne se rappelle combien de temps il a fallu pour construire la Tour Eiffel. Le TCA est un problème réglé et c'est une révolution."

Plus précisément, "NDtech peut détecter tout bouchon de liège contenant plus de 0,5 nanogramme de TCA par litre (parties par trillion)", précise le groupe. Soit "l'équivalent d'une goutte d'eau dans 800 piscines olympiques". Ces bouchons sont retirés de la ligne de production automatiquement, permettant cette "garantie sans TCA relargable" ou tout au moins, en quantité négligeable.

Amorim, qui revendique un quart du marché du bouchon de liège en France, entend d'abord réserver sa technologie NDtech au segment des bouchons premium destinés aux "vins icônes" du Médoc, de Saint-Emilion ou encore de Bourgogne.

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Commentaires
a écrit le 08/06/2016 à 23:14 :
Attention toutefois au fait que le goût de bouchon, Tca et autres molécules désagréables au goût peuvent aussi provenir du vin lui-même ! Donc c'est en pratique un peu plus compliqué. Il serait également bien qu'Amorim et autres récupèrent les bouchons de liège en offrant par exemple une rémunération ou autre à ceux qui rapporteraient leurs stocks de bouchons car au final quelle perte, le recyclage des bouchons de liège est dérisoire ! Alors que le liège a de multiples applications durables.

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