A Bordeaux, les Darwiniens cultivent les entreprises

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La pépinière de Darwin accueille aujourd'hui 21 entreprises.
La pépinière de Darwin accueille aujourd'hui 21 entreprises. (Crédits : Copyright : Projet Darwin)
Ambiance feu de camp pour fêter les deux ans de la pépinière de l’écosystème Darwin, à Bordeaux Bastide. Mais deux ans après sa création, la pépinière doit surmonter sa première crise de croissance.

"Le Campement" c'est le nom de la pépinière d'entreprises développée dans le cadre du projet Darwin. Initié et porté par le groupe Evolution, dont Philippe Barre est le patron, avec l'appui de la Ville de Bordeaux et de Bordeaux Métropole, Darwin se déploie sur plus de 20.000 m2 dans les anciens magasins généraux de la caserne Niel. Des friches qui font l'objet d'une restructuration immobilière dans une démarche où le concept d'écoquartier dépasse la simple accroche marketing.

"Le projet des créateurs qui veulent rejoindre Le Campement doit s'inscrire dans le développement durable et l'innovation d'usage, c'est notre thématique. C'est dans cette perspective que je filtre les dossiers de demande d'inscription avant de présenter ceux qui correspondent au comité de sélection, qui valide les candidatures", éclaire Elodie Rochel, coordinatrice de la pépinière.

154 emplois préservés ou créés

Installé au premier étage d'un vaste bâtiment fraîchement rénové, à l'escalier extérieur pris dans une spirale de planches, "Le Campement" est équipé de plateaux de travail en bois et d'une grande variété de meubles faits dans ce matériau. Depuis sa création en 2014, la pépinière de Darwin a accompagné plus de 35 "campeurs" et en compte actuellement 21. "Le Campement" revendique la préservation ou la création de 154 emplois en deux ans et la création d'un chiffre d'affaires cumulé de 4 M€. Les campeurs ont le droit de rester deux ans maximum dans la pépinière et comme le rappelle Philippe Barre l'année 2016 est une année historique à cause du nombre des 11 départs programmés. Depuis 2014, la pépinière a déjà vu partir 11 autres jeunes entreprises, dont deux qui ont dû cesser leur activité.

"Neuf nous ont quitté parce qu'elles arrivaient en fin de bail. Mais elles restent à Darwin, on leur a trouvé de la place", précise Elodie Rochel.

Les campeurs sont installés au même étage que l'espace de coworking, où sont installées des entreprises plus mûres, qui jouxtent "Le Campement" sans qu'aucune barrière physique ne les sépare.

2,2 M€ de la Ville

"Deux ans, il faut passer ce cap de campement. La Ville nous a fait confiance sur un projet décoiffant, axé sur le décloisonnement : c'est une idée du maire, Alain Juppé, celle d'une pépinière qui vient rompre les usages", cadre Philippe Barre.

Conseiller municipal (LR) de la Ville de Bordeaux délégué à l'innovation et à l'industrie, président de la société Energie de la lune -qui développe une hydrolienne produisant de l'électricité à partir des marées qui remontent la Garonne-, Marc Lafosse connait bien les lieux puisque son entreprise est installée au même étage que "Le Campement", dans l'espace de coworking.

"Oui c'est vrai cette pépinière a décoiffé. Elle a été financée à hauteur de 2,2 M€ par la Ville de Bordeaux en 2013, en plus de la pépinière de Sainte-Croix, en plus de la pépinière des Chartrons. Il y a plus de 75 entreprises à Darwin, c'est un pari fou qui a marché. Avec un projet qui ne se borne pas à proposer des locaux à loyer modéré mais aussi un accompagnement : grâce à Bordeaux Aquitaine Pionnières, à Pollen, à la Conciergerie solidaire...", dépeint Marc Lafosse.

Les "campeurs" aussi appelés "pépins" s'acquittent d'un loyer mensuel hors taxes de 63 euros, pour un poste de travail et l'accès aux services, sur la base d'un engagement de 23 mois, et d'une cotisation de 75 euros hors taxes pour bénéficier des prestations d'accompagnement.

De l'agriculture urbaine

L'élu bordelais explique que le fonctionnement de la pépinière inclut la réflexion sur "l'après Darwin". La pépinière d'entreprises de l'ex-caserne Niel est ainsi en relation avec le technopôle Bordeaux Technowest mais aussi partenaire de l'Ensam (Ecole nationale supérieure d'arts et métiers) Bordeaux.

Et "Le Campement" accueille aussi Réseau Entreprendre Aquitaine : une association de soutien aux jeunes créateurs qui a eu le temps de faire ses preuves. En plus de cette structure, les campeurs bénéficient d'un accompagnement taillé sur mesure qui veut aller au-delà des aides fournies par les chambres consulaires, qu'il s'agisse des conseils prodigués par des experts-comptables, avocats ou notaires.

"Nous faisons appel à des consultants externes qui interviennent à la demande, par exemple pour un soutien en stratégie marketing", confirme Elodie Rochel.
Cerise sur le gâteau : "A Darwin nous avons aussi une zone d'agriculture urbaine expérimentale, le marché on le teste ici", relève Marc Lafosse, qui est aussi océanographe.

Faire de la place aux projets

"Le Campement" n'a pas vocation à faire l'élevage de futurs mangeurs d'hommes et Philippe Barre souligne que les campeurs coopèrent entre eux et qu'il y existe "un consulting gratuit et bienveillant". L'année en cours est rendue historique et plus difficile à cause du nombre de départs prévus dans la pépinière. Jean-Marc Gancille, directeur du développement durable à Evolution et très proche de Philippe Barre, admet que plus de 50 projets ont frappé à la porte de la pépinière de Darwin" avec une vingtaine de pépites et nous ne pouvons pas répondre à leurs sollicitations" observe-t-il. Jean-Marc Gancille a toutefois déjà identifié une espace de 250 m2 qui pourrait faire l'affaire et appelle à renforcer les liens avec tous les autres écosystèmes métropolitains.

Philippe Barre de son côté prône la souplesse. "Nous sommes adeptes du non dogme ici et la règle des deux ans... il faut savoir y déroger quand c'est nécessaire", synthétise le patron d'Evolution. Les pistes ne manquent pas et les patrons du "Campement", dont le deuxième anniversaire a été fêté par un feu de camp avec musique et barbecue, ne doutent pas qu'ils trouveront une issue au problème, car rien ne résiste à la coopération.

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