Financer l'innovation : la Bourse reste utile

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Axel Champeil, Jean-Christophe Lépine, Ludovic Lastennet
Axel Champeil, Jean-Christophe Lépine, Ludovic Lastennet (Crédits : J.Ph. Déjean)
Deux sociétés innovantes cotées en Bourse, Innoveox et Implanet, se sont présentées lundi aux investisseurs sous la houlette de la société de gestion de portefeuille bordelaise Champeil Asset Management (CAM).

Axel Champeil, PDG de CAM, spécialiste des marchés actions et désireux de mieux faire connaître le marché boursier, a organisé cette rencontre entre investisseurs et dirigeants d'Innoveox et Implanet autour d'un déjeuner au restaurant Dubern, à Bordeaux. Centré tout d'abord sur les technologies propres (clean techs), avec Innoveox et Europlasma, ce déjeuner a été réorienté sur les hautes technologies, le directeur général d'Europlasma, Jean-Eric Petit, ayant eu un empêchement.

Finalement Axel Champeil a accueilli Jean-Christophe Lépine, PDG d'Innoveox, et Ludovic Lastennet, directeur général d'Implanet, notamment en compagnie de Nicolas-Gaston Ellie (Euronext Sud-Ouest). Alors que son siège est à Paris, Innoveox, qui exploite en exclusivité un brevet développé à Bordeaux, celui de l'oxydation hydrothermale en milieu super critique (OHTS) à énergie positive, maintient la totalité de la recherche et développement à Mérignac (Bordeaux Métropole).

Des capitaux propres, grâce à la Bourse

"Après avoir racheté Syneox à Nantes, j'ai transféré la totalité de l'effectif (6 salariés, MDLR) à Mérignac : un seul a refusé. Racheter des entreprises et les transférer ici, j'ai l'impression que je ne fais plus que ça", plaisante Jean-Christophe Lépine, qui est né à Libourne et a grandi en Gironde. De 31 actuellement, l'effectif d'Innoveox et Syneox à Mérignac devrait passer à 33 d'ici une quinzaine de jours. Innoveox a un profil de startup sans doute encore plus marqué que celui d'Implanet.

Son chiffre d'affaires, encore germinatif, a ainsi fortement reculé passant de 44.000 € en 2013 à 12.000 € l'an dernier, tandis que l'entreprise creusait ses pertes pendant la même période de - 1,6 M€ à - 2,2 M€. Ces chiffres pourraient faire peur mais, avec 12,2 M€ de capitaux propres au compteur au 31 décembre 2014, Innoveox montre qu'elle a du répondant et que sa levée de plus de 14 M€ sur le marché boursier en avril 2014 est une vraie réussite, qui lui a donné les moyens de ses ambitions.

Décollage commercial en cours

Le premier métier d'Innoveox consiste à transformer les déchets liquides (pesticides, peintures, etc.) en eau propre (non potable) et énergie, grâce à l'OHTS à énergie positive. Après son unité installée à Arthez-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques), qui est intervenue auprès de plusieurs industriels installés à Lacq, Innoveox, alliée au géant de l'oxygène Air Liquide, a installé une unité du même type à La Réunion, qui n'attend plus que le feu vert des services de l'Etat pour démarrer, et signé un contrat en Nouvelle-Calédonie.

Tout en accentuant son effort commercial sur la valorisation des déchets liquides, Jean-Christophe Lépine a entamé une première diversification avec l'acquisition de Syneox, entreprise d'ingénierie dédiée au développement de logiciels appliqués à la gestion de systèmes et unités robotiques pouvant opérer en milieu hostile : en l'occurrence les centrales nucléaires.

Les pros bordelais du rachis

C'est ainsi que le PDG d'Innoveox a présenté hier mardi, au lendemain du déjeuner chez Dubern, SX1, le premier né de sa gamme de robots autonomes chargés de mesurer, sans dommage, le niveau de radioactivité dans les centrales nucléaires. Jean-Christophe Lépine a aussi annoncé un début de diversification dans la neutralisation des déchets d'amiante. De son côté, Ludovic Lastenet, directeur général d'Implanet, à Martillac (Gironde), intervient dans le secteur de la santé, avec une innovation centrée sur les implants destinés à la chirurgie orthopédique, en particulier celle du rachis.

"Nous on sauve des vies. Nous sommes dans la chirurgie orthopédique depuis 25 ans : Stryker Spine (à Cestas, en Gironde, NDLR), c'est nous qui l'avons lancé. Nous avons ensuite créé une entreprise, à la Cité mondiale, à Bordeaux, que nous avons ensuite revendue à l'Allemand Zimmer Spine", a rappelé Ludovic Lastennet.

Une techno plus efficace et moins chère

Implanet a réalisé deux levées de fonds en Bourse dont la seconde, en mars dernier, lui a permis de récolter 11,2 M€ et de couvrir son année 2015. Sachant qu'Implanet a réduit sa perte de - 6,5 M€ en 20143 à - 5,2 M€ en 2014. Si Ludovic Lastenet souligne qu'Implanet fait du chiffre d'affaires, soit 3,6 M€ au premier semestre 2015 ( 6,6 M€ en 2014), l'entreprise a encore des caractéristiques de startup et investit beaucoup en recherche et développement (1,5 M€ cette année) et en études cliniques et médico-économiques (2,3 M€ prévu).

Implanet emploie 35 salariés à Martillac et 6 aux Etats-Unis. Si l'entreprise cotée en Bourse s'est fait une spécialité de la chirurgie du genou, elle joue largement son développement sur la réussite de Jazz, sa gamme d'implants innovants pour la colonne vertébrale.

"Notre technologie est moins traumatique. Nous créons une tension autour des vertèbres pour redresser et détordre le rachis. Jazz réduit la perte sanguine et le temps d'intervention chirurgical. Il est plus efficace et moins coûteux : des arguments déterminants pour percer sur le marché américain", souligne Ludovic Lastennet.

De meilleurs prix aux USA

Homologuée depuis quelques jours par la FDA (Food and drug administration), aux Etats-Unis, la plateforme Jazz a désormais les moyens de se développer outre-Atlantique. "Mais pour vendre aux Américains, il faut des Américains. Alors que notre implant pour le rachis revient à 381 € en France, avec le remboursement de la Sécurité sociale, il se négocie entre 1.450 et 2.200 $ (1.292 à 1.783 €) au Etats-Unis. Ce qui explique ce pays soit devenu notre priorité", argumente le DG d'Implanet.

Il estime que même si les écarts de prix dans la santé entre les USA et la France sont appelés à diminuer, ça prendra du temps. "Il ne faut pas oublier qu'une prise de sang coûte 45 € en France contre 450 $ (400 €) aux USA... ça donne à réfléchir n'est-ce pas ?"

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