En Gironde, naissance de SX1, le robot antiradiations

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Le SX1 est le premier né d'une nouvelle génération de robots collaboratifs faits pour les centrales  nucléaires
Le SX1 est le premier né d'une nouvelle génération de robots collaboratifs faits pour les centrales nucléaires (Crédits : Ch. Delavaud)
Le service recherche et développement de Syneox, à Mérignac (Gironde), présentait ce mardi matin SX1 : premier robot de mesure capable de survivre à la radioactivité.

Syneox (31 salariés) partage ses locaux girondins avec ceux d'Innoveox, sa maison-mère parisienne. Jean-Christophe Lépine, PDG d'Innoveox, société cotée en Bourse spécialisée dans les technologies propres, qui repose sur une innovation développée à Bordeaux (l'oxydation hydrothermale en milieu super critique à énergie positive), était présent.

"L'image qui a frappé les esprits c'est celle de la catastrophe de Tchernobyl, lorsque les autorités envoient un robot ramasser les plaques de graphite sur la terrasse du bâtiment. Les images montrent le robot qui en moins d'une minute devient fou et se précipite contre la rambarde de la terrasse. Les systèmes mécaniques résistent à la radioactivité, ce qui n'est pas le cas des circuits électroniques" cadre Christian Delavaud, directeur développement robotique et automatisation de Syneox.


Des robots collaboratifs


De cette fragilité de l'électronique face à la radioactivité SX1 a été définitivement mis à l'abri. "Il est doté d'une protection bien plus légère que le plomb et absolument efficace. Cette technologie dérive de l'industrie spatiale et de la façon dont sont protégés les panneaux solaires des satellites ou de la Station spatiale internationale contre les rayons cosmiques" résume Christian Delavaud. Autre innovation : SX1 est un robot autonome, doté d'une forme d'intelligence sociale.

"Ces robots fonctionnent en essaims. Ils partagent les données entre eux et créent un réseau de communication. Quand on les lâche dans un local de 200 m2, ils se répartissent d'eux-mêmes dans l'espace. Le bâtiment-réacteur d'une centrale nucléaire compte huit niveaux, avec de très grandes hauteurs de plafond : il faut compter plusieurs essaims de robots pour contrôler un espace pareil" relève Charles Jabbour-Gédéon, responsable robotique et systèmes embarqués à Syneox.


Une cartographie continue des lieux


En plus de sa robustesse et de son intelligence collective, SX1 est équipé d'une caméra à infrarouge capable de filmer dans le noir le plus absolu, en trois dimensions, en intégrant la dimension du temps et sans risque quant aux radiations.

"La présence de radioactivité marque les images en rouge. Le robot cartographie en continue l'espace qu'il surveille, identifie la source et étalonne l'intensité de la radioactivité. Ces machines peuvent également servir à la surveillance des bureaux dans les centrales, où il peut y avoir une petite radiation. Ce projet est dans les cartons depuis 2009 et nous avons travaillé un an dessus pour en arriver à ce premier modèle" précise Jean-Christophe Lépine, PDG d'Innoveox.

SX1 est équipé d'une batterie lithium-ion qui lui assure 12 heures de fonctionnement. Il a une espérance de vie de l'ordre de quatre à cinq ans.


En tête, le démantèlement


"Son prix équivaut à celui d'une voiture et nous avons investi 40.000 € pour le développer. Nous assurons la conception des robots qui sont ensuite construits par des sous-traitants installés pas loin d'ici" souligne le PDG. Une fois installé dans la zone qu'il va contrôler, SX1 n'a plus vocation à en sortir, jusqu'à la mort. "Il fonctionne comme n'importe quelle autre machine que l'on installe dans une usine" tempère Christian Delavaud. SX1 n'a aucun autre cousin sur la planète : il est vraiment unique. Si le marché des centrales nucléaires constitue une cible de choix pour Syneox, l'avenir tient surtout aux multiples programmes de démantèlements de centrales qui vont démarrer.

"Entre l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni, il y a 55 réacteurs à démanteler. Sur les cinquante prochaines années, ce marché de la déconstruction est estimé à 750 Md€ à l'échelle mondiale" observe Jean-Christophe Lépine. Pour vraiment démarrer dans la vie, SX1 va d'abord devoir passer entre les mains des ingénieurs d'EDF qui décideront de son homologation. Une condition sine qua non pour espérer arriver sur les chantiers de déconstruction.

"Ce sont les constructeurs de centrales qui homologuent ce type de matériel. Mais il est vrai que vu son poids dans l'industrie nucléaire, une homologation d'EDF ne passe pas inaperçue sur le marché international" sourit Jean-Christophe Lépine.

Si tout va bien, les premiers robots SX1 seront livrés, après homologation, au deuxième semestre 2016.


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