"Alors, déposez votre bilan bon Dieu ! "

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Déposer le bilan, ce n'est pas une affaire pour le bras droit de Pierre Gattaz
Déposer le bilan, ce n'est pas une affaire pour le bras droit de Pierre Gattaz
Le colloque "Fabriquer autrement", organisé ce mercredi à la Chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux (CCIB), intitulé "320 minutes pour changer de regard sur l’innovation", a attiré 200 personnes. Décapant.

Ce colloque avait un grand témoin, en la personne de Jean-Claude Volot, président du groupe Dedienne Aérospace et conseiller spécial de Pierre Gattaz, le patron des patrons. Cette journée, structurée autour de cinq ateliers (capter tous les signaux pour créer de la valeur ou innover et concevoir autrement), a été introduite par Jean-François Clédel, président du Medef de la Gironde, et Dominique Sentagne, membre associé de la CCI d'Aquitaine, conseiller technique de la CCI de Bordeaux.

Avec un cocktail composé de sorties iconoclastes et de bons conseils pratiques, le tout relevé d'un doigt de provocation, Jean-Claude Volot a eu le mérite de brosser un tableau plutôt convaincant de l'actuelle mutation numérique et de ses effets dévastateurs sur la logique interne des entreprises et l'organisation économique. Après avoir souligné l'importance primordiale des signaux faibles, qui obligent à s'interroger sur l'avenir de son entreprise, Jean-Claude Volot a sorti le martinet.

Les patrons n'y connaissent rien

"Les entreprises françaises n'ont pas de stratégie. J'ai interrogé 1.000 patrons, ils avaient tous une stratégie. Puis en les rencontrant par petits groupes de dix, je me suis aperçu que huit ignoraient le sens de ce mot, a lancé Jean-Claude Volot. Ils suivent le client, oui, et ils prennent ça pour une stratégie alors qu'il ne s'agit que d'une petite tactique quotidienne, a-il-poursuivi. Si vous voulez faire faillite, surtout écoutez votre client ! Il finira par avoir des exigences insupportables et puis, comme ses intérêts sont différents, il vous enverra au tapis".

Rappelant qu'il fallait savoir faire évoluer son produit, comme la coccinelle de Volkswagen, toujours là mais plus du tout la même, le bras droit de Pierre Gattaz, a ensuite fait le point sur les nouvelles forces à l'œuvre dans la société.

"Les systèmes communautaires contrecarrent le système capitaliste. Qu'il s'agisse d'associations de production et vente de légumes, de viande, ou encore de communautés de malades qui évaluent entre eux l'effet des médicaments, avec un succès tel que des médecins ont rejoint ces réseaux, perturbant ainsi l'ensemble du monde pharmaceutique. Ces initiatives parties de la base se développent grâce à la communication, sous la poussée de la paupérisation qui oblige à faire des économies" a souligné Jean-Claude Volot.

Culture économique

Dans ce monde en rupture d'équilibre, il n'est plus possible de survivre sans réfléchir à ce que l'on va faire, selon le conférencier. "Ce que nous vivons aujourd'hui équivaut à prendre un virage serré en voiture, de nuit, pied au plancher, avec juste les veilleuses pour y voir" a illustré le patron de Dedienne Aérospace. Il a donc enjoint les patrons à s'accorder quatre heures de réunion par mois avec deux ou trois de leurs cadres principaux pour réfléchir, coupés de l'extérieur, à l'avenir de l'entreprise. Jean-Claude Volot a également incité ses pairs à rencontrer des experts en stratégie, afin de disposer d'un regard extérieur et averti ; de miser sur la différenciation de leurs produits et services, mais aussi de "se cultiver en économie".

Il les a ensuite encouragés à ne pas se sentir coupables s'ils déposaient le bilan. "Le taux de réussite du créateur à cinq ans est de 50 %, celui du dirigeant qui a déposé le bilan une fois est de 87 % et celui du patron qui l'a déposé deux fois de 95 % ! Alors, déposez votre bilan bon Dieu !" s'est-il amusé, tout en affichant la conviction que déposer son bilan faisait partie de la vie de l'entreprise.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2014 à 8:05 :
Mais si tu as bien lu l'article tu vas comprendre que l'effet "rebond" ne ferme pas l'entreprise mais l'oblige à changer avec un taux de réussite plus que favorable
Connais tu le paradigme de la grenouille ? Plongée dans l'eau bouillante elle sautera et s'en sortira, si tu la laisse dans l'eau qui monte en température elle crèvera ...alors le patron ne doit pas laisser tranquillement monter la température , il doit sauter et deposer le bilan avant de crever et de repartir vers d'autres concept...a+
a écrit le 03/12/2014 à 17:56 :
Un dépôt de bilan ça fait combien de morts au passage ?

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