Le port de Bordeaux (GPMB) a réussi à stopper net la chute de son trafic

Le Grand port maritime de Bordeaux semble avoir désormais tous les atouts pour sortir de la zone dépressionnaire dans laquelle il évoluait depuis une dizaine d'années. L'arrêt du recul de son trafic annuel en 2021 est un signe pris très au sérieux par ses dirigeants. Ils n'ont pas tort, puisqu'ils disposent désormais d'un plan quinquennal d'investissement de 70 millions d'euros, sollicitent des fonds européens pour développer la multimodalité par le rail et accueillent à Bacalan une antenne de Bordeaux Technowest.

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Pour Jean-Frédéric Laurent, président du directoire, 2021 est le début d'un rebond durable de l'activité du port de Bordeaux.
Pour Jean-Frédéric Laurent, président du directoire, 2021 est le début d'un rebond durable de l'activité du port de Bordeaux. (Crédits : GPMB)

Le Grand port maritime de Bordeaux (GPMB) à redressé la barre en 2021 et peut envisager d'en finir avec cette chute en spirale qui menaçait de le conduire à la catastrophe depuis une dizaine d'années. C'est le premier message qu'ont délivré ce mardi 25 janvier Philippe Dorthe, président du conseil de surveillance du port, et Jean-Frédéric Laurent, son président du directoire, lors de leur conférence de presse de rentrée.

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Les résultats ne sont pas encore définitifs et pourront évoluer à la marge, probablement à la hausse, mais d'ores et déjà le port a enregistré en 2021 un trafic de 6,6 millions de tonnes, en hausse de 10,3 % par rapport à 2020. Une année rendue atypique par le Covid qui a frappé un port de Bordeaux à deux doigts du coma, après avoir été trop longtemps coupé de son environnement socio-économique. Pour rappel, de 7,05 millions de tonnes en 2018 puis 6,81 millions de tonnes en 2019, le trafic avait touché un plus bas historique l'an dernier à 6,04 millions de tonnes.

"Le port de Bordeaux travaille à la mise en place d'un nouveau plan stratégique de développement et toute la place portuaire a été consultée", a d'emblée rassuré Philippe Dorthe.

Le trafic 2021 pourrait grimper jusqu'à 7 millions de tonnes

La reprise du trafic portuaire a naturellement profité du rebond global de l'activité économique. Mais après le travail de chirurgien mené par Jean-Frédéric Laurent, qui a recousu le port de Bordeaux à son environnement social, économique et politique bordelais, la confiance est revenue et cela donne une bien meilleure vision de l'avenir.

"Nous avons connu trois années difficiles à partir de la crise portuaire bordelaise de 2018. D'où la réforme profonde de l'établissement pour rebâtir une communauté portuaire. L'année 2021 est celle du rebond de l'activité, de l'investissement et des projets pour le port", a sobrement observé Jean-Frédéric Laurent.

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Comme il l'a évoqué, le trafic 2021 du port n'est pas définitivement arrêté, puisque tous les chiffres ne sont pas encore remontés et il pourrait progresser jusqu'à 7 millions de tonnes. Une barre attendue au plus tard pour l'an prochain.

Une activité en hausse et qui se différencie du passé

"Les chiffres sont encore provisoires mais à +10,3 % Bordeaux se trouve dans la fourchette haute de l'évolution des ports français. Ce résultat montre l'arrêt de la chute du trafic portuaire bordelais, ce qui n'était pas arrivé depuis dix ans. Ce qui est intéressant c'est que les filières socles du port, comme les hydrocarbures, enregistrent le rebond le moins important. La hausse la plus forte concerne les filières locales, comme le BTP, et le développement des produits de seconde vie, qui relèvent de l'économie circulaire", décrypte Jean-Frédéric Laurent.

Le trafic de marchandises à l'entrée du port ("import") a augmenté de +9,30 %, à 5 millions de tonnes. La plus forte hausse proportionnelle de ce trafic concerne des produits utilisés dans le BTP comme les clinkers (composant du ciment), les laitiers (scories issues de la fusion du métal) et ciments dont le volume a grimpé de +942 %, à 108.088 tonnes.

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Les premiers navires chargés d'huile végétale hydrogénée

Les bitumes, tirés par la demande dans les travaux publics, ont également enregistré la plus forte hausse (+107 %) du paquet "produits raffinés, bituminiques et gaz", qui a gagné +6,3 % à 3,4 millions de tonnes. Catégorie dans lequel figure, comme le souligne la direction du port, l'arrivée à Bordeaux des premiers navires chargés d'huile végétale hydrogénées (HVO), biocarburant qui sert notamment dans l'aviation. Le trafic de marchandises en sortie du port ("export") a quant à lui progressé de +13,7 %, à 1,6 million de tonnes. Une performance soutenue notamment par la hausse du trafic de ferrailles, modèle emblématique de matière à recycler, en hausse de +56,7 %, à 129.427 tonnes.

Le président du directoire n'a pas caché que le trafic conteneurs reste "une petite déception" car il n'a pas profité de l'année 2021. Avec 25.066 conteneurs équivalent vingt pieds (EVP), le nombre cumulé de ces « boites » à l'entrée et la sortie du port a ainsi été inférieur de 2,28 % à 2020. Jean-Frédéric Laurent y voit le résultat d'une désorganisation mondiale du trafic de conteneurs qui a profité aux grandes places portuaires au détriment des plus petites. Avec tout de même une consolation puisqu'en 2021 les conteneurs EVP étaient mieux remplis qu'en 2020, soit au final un total de 279.661 tonnes, en hausse de 1,88 %.

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Un plan stratégique à 70 millions d'euros

Au-delà du trafic 2021, Philippe Dorthe et Jean-Frédéric Laurent ont éclairé les perspectives de développement de la place portuaire. Une vision étayée dans le plan stratégique 2021-2025 du GPMB, doté de 70 millions d'euros et centré sur la décarbonation des activités portuaires et la transition écologique. Comme le souligne le président du directoire, la mise en œuvre du plan stratégique 2021-2025 s'est faite de façon concertée et sa première lecture a été approuvée.

Ce plan ne financera pas la remise à niveau des infrastructures ferroviaires du port pour charger des conteneurs EVP dans des wagons qui pourront ensuite être expédiés sur le réseau SNCF. Autrement-dit les dirigeants entendent relancer une multimodalité portuaire tombée à zéro en ce qui concerne le rail, un projet d'infrastructure lourd.

Pouvoir assembler des trains à Bassens

"L'idée c'est de pouvoir assembler des trains de 700 à 750 mètres de long. Ce qui correspond à notre trafic de conteneurs actuel. C'est pourquoi nous devons restructurer le faisceau ferroviaire central entre Bassens amont et aval. C'est un gros travail de fond pour lequel nous n'avons pas encore de financement. Nous allons déposer un dossier dans ce sens devant l'Union européenne de concert avec SNCF Réseau", a cadré en substance le président du directoire.

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Le plan d'investissement quinquennal de 70 millions d'euros doit permettre de relocaliser une partie des ressources technologiques au port, ce qui nécessite d'avoir une zone industrialo-portuaire à niveau pour attirer la fabrication de molécules bas carbone, comme l'hydrogène, a déroulé Jean-Frédéric Laurent. Un mouvement bien lancé puisque, comme La Tribune l'a récemment annoncé, le GPMB a signé un contrat avec l'opérateur marseillais CVE pour la construction d'une unité de méthanisation d'une capacité de traitement de 25.000 tonnes annuelles de biomasse.

Produire de l'hydrogène mais aussi de l'amoniac vert

Un autre projet, impulsé lui aussi depuis plusieurs mois, en avril 2021, est en cours de développement avec GH2, société parisienne de développement de projets de production d'hydrogène vert. Il s'agit en l'occurrence de produire, dans la zone industrialo-portuaire d'Ambès, 14.000 tonnes d'hydrogène renouvelable, ce qui permettra d'éviter annuellement jusqu'à 130.000 tonnes d'émissions de gaz à effet de serre.

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Dans l'avant-port du Verdon, sur la façade océanique, à 100 km de Bordeaux, le GPMB dispose d'une friche de 45 hectares pour laquelle va être lancé un appel à manifestation d'intérêt. Objectif : utiliser cet espace pour y installer un parc photovoltaïque. Et puis le GPMB prévoit de construire à Ambès, sur un périmètre de 46 hectares, une ferme photovoltaïque dédiée à la production d'amoniac vert, qui entre en particulier dans la composition de carburants.

Technowest prend ses quartiers

Avec son plan stratégique, le port, qui possède un domaine de 2.300 hectares de foncier comprenant des zones naturelles, met le cap sur la décarbonation mais aussi l'innovation. C'est ainsi que le port va accueillir cette année la 9e antenne de la technopole métropolitaine Bordeaux Technowest, baptisée "Pôle Excellence Garonne". Ouverte aux entreprises et aux startups, elle  devrait être opérationnelle en 2023 à Bacalan, sur le site du Grand port maritime de Bordeaux.

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Comme l'a souligné Jean-Frédéric Laurent, le port de Bordeaux commence a attirer de  nombreux porteurs de projets et d'investisseurs.

"Actuellement, nous avons pour un milliard d'euros de projets en cours d'étude, nous espérons qu'ils se réaliseront ! Nous avions peur de faire fuir les investisseurs et c'est tout le contraire qui se passe. Avec des projets issus du BTP comme de l'énergie, de l'industrie, de la mobilité ou de la décarbonation", se réjouit le président du directoire.

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