GPMB : le plan de l’Union maritime et de la CCI pour relancer le port de Bordeaux

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Les portiques à l'arrêt du terminal du Verdon, sur l'Atlantique, sont un symbole des problèmes du port de Bordeaux.
Les portiques à l'arrêt du terminal du Verdon, sur l'Atlantique, sont un symbole des problèmes du port de Bordeaux. (Crédits : GPMB)
Pour sortir de la grosse panne qu’a connu le port de Bordeaux l’an dernier, l’Union maritime et portuaire de Bordeaux et la Chambre de commerce et d’industries de Bordeaux Gironde ont mené une réflexion commune qui vient d’être présentée. Collectivités et services de l’Etat sont dans la boucle et tout semble réuni pour que cette relance fonctionne.

L'année 2018 est à classer pour le Grand port maritime de Bordeaux (GPMB) dans la rubrique "annus horribilis" (année horrible), parce que la chute historique du trafic de marchandises, à 7 millions de tonnes, a suivi l'annonce de l'arrêt des escales de l'armateur de porte-conteneurs mondial MSC (entrainant la perte de 13.888 conteneurs équivalents vingt pieds) : un vrai traumatisme pour la communauté portuaire et le milieu des affaires bordelais.

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C'est dans ce contexte que l'arrivée à Bordeaux de Jean-Frédéric Laurent, un nouveau patron opérationnel du port issu de la marine marchande et du secteur privé, a rassuré. Les hauts fonctionnaires nommés précédemment à ce poste n'ayant réussi à convaincre ni les chargeurs ni les élus des collectivités. Jean-Frédéric Laurent, directeur général du port de Bordeaux depuis la mi-mars, a jusqu'ici confirmé qu'il était l'homme de la situation : celui qu'attendaient avec impatience les chargeurs comme les milieux d'affaires bordelais.

Reconnecter l'économie du port à celle du territoire

Le nouveau directeur général du port a commencé à faire le job en n'oubliant d'aller voir personne, de la Région à la Métropole, en passant par l'Union maritime et portuaire, le Département, la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux Gironde (CCIBG) ou encore la Ville de Bordeaux. Et cette intuition que Jean-Frédéric Laurent avait le bon profil semble s'être transformée en certitude à l'occasion de la dernière assemblée générale de l'Union maritime et portuaire de Bordeaux (UMPB). L'UMPB, qui regroupe les armateurs, manutentionnaires et chargeurs de la place portuaire bordelaise, soit 110 entreprises, est coprésidée par Julien Bas (directeur logistique et stockage d'InVivo) et Patrick Brzokewicz (président des Docks et pétroles d'Ambès). Très attentive au bon fonctionnement du GPMB, dont dépend l'activité de ses membres, elle n'a jamais fait de cadeaux à la direction portuaire.

"En 2018 les acteurs économiques, au sens large, se sont mobilisés pour assurer un avenir au port de Bordeaux via la CCIBG, mais aussi les collectivités et l'Etat. Nous avons travaillé ensemble sur la réalisation d'un document commun, dont l'objectif était de trouver la bonne méthode pour reconnecter l'économie du port de Bordeaux à l'économie locale. Les atouts ne manquent pas, ne serait-ce que parce que le port est adossé à une métropole bordelaise très dynamique. Le point essentiel est de retisser le lien entre les filières économiques d'excellence de la région, porteuses de volumes, et le port" déroule Maud Guillerme, secrétaire générale du l'UMPB.

La liste des atouts, celle des défis à relever

Pour être plus claire, la secrétaire générale résume l'esprit de la relance portuaire en quelques mots. "Les opportunités ne manquent pas. Ce qu'il faut c'est être constants" relève-t-elle. C'est ainsi qu'en avril la CCIBG et l'UMPB ont publié un document commun intitulé : "Vision partagée - Des acteur économiques pour reconnecter le port de Bordeaux à son potentiel économique".

Cette étude, qui est aussi un manifeste d'engagement avec le GPMB, a été signée par Patrick Seguin, président de la CCIBG, Julien Bas et Patrick Brzokewicz. Après avoir rappelé les atouts du GPMB (environnement économique propice, ancrage portuaire dans les activités industrielles, positionnement géographique privilégié de la place portuaire, le port comme vecteur d'un développement économique durable, destination touristique...) l'étude pointe les défis à relever. Et ils ne sont pas minces. A commencer par un modèle économique portuaire axé sur le tonnage, dans lequel les trafics d'hydrocarbures (désormais en baisse) jouent depuis des dizaines d'années un rôle clé.

Anticiper pour amortir un choc structurel sur le trafic

Autre point caractéristique du port, l'importance du trafic maïs (70 % des céréales traitées) désormais pilonné par la concurrence de la Russie et de l'Ukraine. Plus inquiétant : la dégradation non expliquée du trafic de vrac solide (minerais, charbon, bauxite, etc.) au cours des cinq dernières années. L'étude pointe à ce propos une dégradation de la continuité du service.

Dans le contexte actuel, l'étude appelle à remonter le niveau de trafic portuaire le plus vite possible "en se concentrant sur les réponses à apporter aux filières", tout en anticipant sur les évolutions structurelles du marché, qui affectent directement le modèle économique du port. Autrement-dit, il est temps de s'interroger sur la place des hydrocarbures dans l'activité portuaire ou même sur celle des céréales. A court terme cependant la CCIBG comme l'UMPB veulent récupérer du tonnage dans le trafic de conteneurs, qui a fortement baissé (c'est aussi l'effet du départ de MSC) alors que la demande de marchandises conteneurisées ne cesse d'augmenter.

Etre en mesure de développer d'autres trafics

L'étude préconise aussi un autodiagnostic portuaire pour identifier les défauts "des services socles" (outillage, zones logistiques...). Elle souligne l'importance de trouver des accords durables avec les partenaires sociaux, qui doivent être partie prenante du développement, ou encore d'aligner les services proposés par rapport à la concurrence. Pour éviter qu'après MSC, la dernière grande compagnie présente, CMA-CGM, ne soit à son tour tentée d'en finir avec le trafic maritime au port de Bordeaux, l'UMPB rappelle qu'elle à, dès juillet 2018 (départ de MSC), mobilisé transitaires, prescripteurs et filières pour se mettre en capacité de développer de nouveaux trafics. Une action qui va se poursuivre.

L'association de tous les acteurs économiques (politiques inclus) dans le groupe de travail chargé de développer le trafic de conteneurs devrait rapidement devenir une réalité. D'autres mesures sont prévues notamment pour réduire l'impact de la baisse structurelle de certains trafics sur le modèle économique du port. D'ici quelques semaines, probablement cet été, le GPMB devrait de son côté entamer le renouvellement de son projet stratégique, sachant que son conseil de surveillance et son conseil de développement devraient être renouvelés. Bref les outils d'analyse et d'action semblent se mettre en place pour tenter de redémarrer le moteur du port de Bordeaux.

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Commentaires
a écrit le 25/05/2019 à 21:24 :
En lançant leur premier satellite, les américains on découvert le potentiel de Bordeaux.
Des choix politiques ont été faits.
Aujourd'hui, relancer le maritime, nécessite un pont sur la Gironde et une autoroute pour contourner Bordeaux par l'ouest.
Il faut donc plus qu'un homme.
Réponse de le 27/05/2019 à 16:00 :
Avant de faire des infras qui ne verront pas le jour avant 50 ans dans le meilleur des cas, on pourrait déjà taxer fortement les camions qui vont de l'Espagne ou du Portugal à Anvers ou Rotterdam en transitant par les autoroutes nationales pour les polluer, les dégrader et les engorger matin, midi et soir.
Ensuite, on pourrait augmenter le cabotage entre les "vrais ports", déjà cités, et les pseudo "grands ports" qui ressemblent à la grenouille qui se veut plus grosse que le bœuf et qui risquent de finir comme elle, aux frais de la collectivité.

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