Nouvelle-Aquitaine : le train, nouvelle clé du développement socio-économique

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A peine le TGV a-t-il eu le temps d'arriver à Bordeaux que la question de son dépassement s'est imposée
A peine le TGV a-t-il eu le temps d'arriver à Bordeaux que la question de son dépassement s'est imposée (Crédits : LTB / Mikaël Lozano)
Le colloque "Le Ferroviaire autrement", organisé ce mercredi à l’hôtel de région de la Nouvelle-Aquitaine, à Bordeaux, montre notamment que le train n’a pas dit son dernier mot et qu’en ces temps de transition écologique il doit s’imposer comme une option déterminante en aménagement du territoire, développement économique et justice sociale.

Il y avait foule ce mercredi matin dans l'hémicycle du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine pour suivre jusqu'à 16 heures 15 le colloque "Le Ferroviaire autrement" organisé par la Région, en présence de son président, Alain Rousset, et le média spécialisé dans les questions de mobilités Mobilettre, avec des auditeurs venus de toute la France et même de Bruxelles, comme l'a souligné l'animateur.

L'ex-président (PS) du Conseil régional de Basse-Normandie, Philippe Duron, s'est distingué au début du précédent quinquennat par le rapport de Commission Mobilités 21 qui a remis en question la priorité accordée au TGV au détriment de l'entretien et de l'amélioration des lignes existantes. Il a également remis au gouvernement en début d'année 2018 le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures, qu'il préside, baptisé "Mobilités du quotidien".

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Désormais co-président du centre de réflexion TDIE (Transport développement intermodalité environnement), association qui regroupe notamment des professionnels, des universitaires, des politiques, Philippe Duron a souligné que le monde ferroviaire est "une invention géniale" qui ne cesse de se réinventer. Condamné à mort dans les années 1960 à cause du triomphe de la voiture, le chemin de fer va prendre sa revanche une dizaine d'années plus tard avec le TGV, qui opère "un changement de l'espace-temps".

La compétitivité a plombé les territoires

Nous sommes aujourd'hui à une époque où la mobilité doit être plus frugale, pour réduire la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre, "qui épuisent la planète", a recadré l'orateur. Autant dire que le transport ferroviaire répond à cette double contrainte et qu'il est urgent de le réintégrer en France, particulièrement auprès des Régions, a focalisé Philippe Duron, qui n'a pu s'empêcher d'observer que des choix erronés avaient été faits, tout particulièrement quand le développement équilibré des territoires a été abandonné au profit de leur compétitivité.

Pour cet homme politique chevronné, l'abandon graduel de la ruralité était inscrit dans cette stratégie de compétitivité territoriale, "avec les résultats que l'on voit aujourd'hui" a-t-il lancé en évoquant sans les nommer les Gilets jaunes. La réévaluation des politiques publiques de mobilité au travers du prisme des contraintes climatiques n'est plus une option mais un impératif, a souligné l'orateur, rappelant que 29 % des émissions de gaz à effet de serre ont comme source la mobilité, avec une évolution à la hausse, alors que l'industrie commence à réduire ces dernières. Le monde des transports fait ainsi figure de mauvais élève.

Sauver les petites lignes, ça doit être possible

Un des ressorts de la contestation populaire de la transition énergétique (qu'expriment au moins partiellement les Gilets jaunes -non cités directement) vient du fait que le nombre de ruraux travaillant en ville a doublé au cours des dernières années a recadré Philippe Duron. Le 4ème paquet ferroviaire, qui va ouvrir le transport de voyageurs à la concurrence, doit se mettre rapidement en place, courant 2019 et le co-président de TDIE a fait valoir "que les pays qui le font depuis vingt ans se sont renforcés" même si cette transition ne va pas de soi et doit être réussie.

Peut-être pour montrer qu'il n'est pas un ultra-libéral avec un couteau entre les dents Philippe Duron a pris la défense des petites lignes de chemin de fer en s'interrogeant sur leur remplacement par des autocars et du covoiturage. Le fait de soulever cette question dans un contexte de transition écologique pourrait paraître provocateur mais l'orateur a pris soin de préciser qu'il doit être possible de réduire le coût d'entretien des petites lignes et de gagner en productivité, de concilier frugalité des moyens et sécurité.

Réaliser l'indispensable audit

Une voie éclairée par Pascal Sainson, président de Socorail (groupe Europortes), qui a montré que la société de maintenance ferroviaire (âgée de neuf ans) qu'il dirige, implantée au départ dans la plupart des grands ports de France, a su faire baisser les coûts. Sur les lignes ferroviaires capillaires (les plus petites) Pascal Sainson a ainsi expliqué que Socorail pouvait intervenir au tiers voire à la moitié du prix proposé à une époque par RFF (Réseau ferré de France -société chargée des infrastructures aujourd'hui remplacée par SNCF Réseau).

Coentreprise contrôlée à 70 % par Vinci concessions et à 30 % par la société d'ingénierie Systra, Mesea assure la maintenance de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Tours. Et à ce titre Lisea, concessionnaire de cette ligne, est son seul client. Jean-Bruno Delrue, président de Mesea (195 salariés), a expliqué qu'entretenir un réseau neuf et homogène comme la ligne à grande vitesse Bordeaux-Tours, c'est ce qu'il y a de plus facile. Ce qui implique que l'état initial de l'infrastructure à maintenir en conditions opérationnelles joue un rôle clé et qu'à chaque fois il faut réaliser une sorte d'état initial, d'audit.

Le train pour rendre attractif un territoire

Georges Strullu, président de l'OFP Sud-Ouest, a présenté une structure originale qui a été mise en place pour offrir un service de fret ferroviaire aux principaux sites logistiques du Béarn (avec Lacq), du Pays basque (Bayonne) et du sud Gascogne (Landes). « Ce projet, porté par la Chambre de commerce et d'industrie Bayonne Pays basque, est destiné à rendre un territoire attractif », a rappelé Georges Strullu, qui a posé la question de l'incitation. "Aujourd'hui, le routier a le choix, prendre l'autoroute ou la nationale. Comment le pousser à prendre le train ?".

David Valence, vice-président de la Région Grand Est, en charge des transports a souligné que le changement de modèle ferroviaire était devenu une priorité pour cette collectivité. Nous publierons demain un article consacré à l'opérateur numéro un de la maintenance ferroviaire : SNCF Réseau, en donnant la parole Jean Ghedira, son directeur général adjoint en charge de la direction clients et services.

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