Otta, Mieuxplacer.com, Mink : ce que la LGV a changé pour eux

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Pour l'agence social media Otta dirigée par Stéphanie Laporte, la LGV combinée à l'attractivité bordelaise a modifié le rapport aux annonceurs parisiens
Pour l'agence social media Otta dirigée par Stéphanie Laporte, la LGV combinée à l'attractivité bordelaise a modifié le rapport aux annonceurs parisiens (Crédits : Thibaud Moritz / Agence Appa)
Un an après la mise en fonction de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Paris, trois dirigeants d'entreprise bordelais, Stéphanie Laporte (Otta), Guillaume-Olivier Doré (Mieuxplacer.com) et Benjamin Gauthier (Mink) témoignent pour La Tribune de ce que l'infrastructure a changé pour eux. Leurs avis convergent : pour de nombreuses PME et startups, les liens avec Paris se sont accentués, au point de modifier des stratégies d'entreprises.

« On ne cache plus notre adresse bordelaise »

Stéphanie Laporte a été une des premières community managers en France. Passée par IBM, elle a ensuite assuré la gestion des réseaux sociaux des Restos du cœur, et de plusieurs grands comptes avant de créer sa propre entreprise. « J'arrivai à un seuil en termes de chiffre d'affaires et le problème de la multi-compétences commençait à se poser », explique-t-elle. La jeune Bordelaise monte alors sa propre agence de social media, Otta, littéralement dans un grenier, avant de grossir puis d'intégrer la Coursive, l'espace que la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux met à la disposition de startups et jeunes entreprises prometteuses dans ses locaux donnant sur la place de la Bourse. Otta emploie désormais 15 salariés et ne cesse de grossir ces derniers mois, si bien que le réaménagement des bureaux devient un sport mensuel.

Pour la chef d'entreprise, épaulée par son associé Arnaud Bidou, « la ligne à grande vitesse Bordeaux - Paris a changé pas mal de choses dans notre manière de fonctionner. En offrant davantage de possibilités d'aller-retour sur la journée, nous avons pu nous positionner sur des grands comptes basés à Paris que nous aurions eu du mal à toucher avant. Avant nous devions cacher notre identité bordelaise sur les appels d'offres de ce type. Cette typologie de clients craignait de faire appel à une société non-parisienne qui serait dans leur esprit moins réactive car éloignée, et moins au fait des dernières évolutions technologiques. » Stéphanie Laporte avait donc mis en œuvre des stratagèmes :

« Nous avions une sorte d'adresse alibi, près de République à Paris, et lorsqu'on candidatait on le faisait via des groupements d'agences parisiennes, dont certaines nous prêtaient un bureau en cas de besoin. Et quand on disait qu'on était Bordelais, c'était en serrant les dents. La LGV mais aussi toute la communication sur l'attractivité de Bordeaux et son dynamisme nous ont beaucoup aidés. Parallèlement l'écosystème local s'est structuré. On a arrêté d'être complexés et de cacher notre identité bordelaise. Les annonceurs sont plus motivés pour venir nous voir et le fait que nous soyons à 2 heures de train les rassure clairement. »

La dirigeante d'Otta n'a pas allégé sa facture transport :

« On n'a plus à prendre une nuit d'hôtel la veille de nos rendez-vous matinaux, mais le billet reste quand même cher. En période de grève, quoi qu'en dise la SNCF, on en a eu pour 600 € l'aller-retour à deux il y a quelques jours ». En revanche, elle repère une autre conséquence de l'ouverture de la ligne, qui aurait facilité le départ de gros profils parisiens dans le numérique : « La qualité des CV qui arrivent est en hausse assez nette. »

« Sans LGV, l'organisation de l'entreprise serait différente »

Lancée il y a un an et demi par le serial entrepreneur Guillaume-Olivier Doré, la fintech Mieuxplacer.com emploie 15 personnes à Bordeaux à 4 à Paris. Après avoir doublé son effectif en six mois, elle recrute encore 5 salariés de plus et est assise sur 5 millions de fonds propres, un pécule qui lui permet d'investir fortement en R&D. Le décollage est vertical pour la startup qui propose sur sa place de marché des produits d'épargne et permet à l'internaute, grâce à l'intelligence artificielle, de « s'auto-profiler » et de trouver des solutions les plus adaptées à ses possibilités, à ses envies et ses besoins. Mieuxplacer.com a à ce jour collecté une quinzaine de millions d'euros et dispose de 150 produits d'épargne sur étagère. La philosophie maison est de faire travailler des profils locaux, « pour rendre à l'écosystème bordelais ce qu'il m'a donné », précise Guillaume-Olivier Doré, qui se réclame plus de la finance comportementale que de l'e-commerce classique :

« Notre cœur technique est à Paris, où est installé le moteur de l'intelligence artificielle française. Mais les deux-tiers de l'équipe sont à Bordeaux. On s'était posé la question d'un bureau plus important à Paris mais on n'y a gardé que les profils dont la présence y était indispensable. La LGV a tout changé, à commencer par la structuration de l'entreprise. On serait plutôt sur du 50 % Paris 50 % Bordeaux sinon. La capitale est désormais accessible à tout moment. J'ai longtemps pris l'avion deux fois par semaine, décollage à 6h de Bordeaux, arrivée à Orly, moto-taxi, idem le soir. Se lever à 5h, être de retour à 21h, c'est faisable mais très fatigant et ça nécessitait beaucoup d'organisation en amont avec les partenaires et fournisseurs. Le trajet en 2 heures de train me permet maintenant gérer les urgences, mais aussi mon réseau de manière plus proactive. »

Guillaume-Olivier Doré, fondateur de Mieuxplacer.com

Guillaume-Olivier Doré, fondateur de Mieuxplacer.com

« Plus facile de travailler avec les grands comptes »

Benjamin Gauthier a créé Mink en mars 2015. La startup bordelaise est spécialisée dans la conception et le développement de solutions web et mobile sur mesure. Ces « outils métiers » numériques sont utilisés en interne (application web de pilotage, gestion de contrats, de réservation...) par les entreprises clientes. Mink est notamment derrière la solution d'affichage connectée DynamicScreen, qui permet la programmation de diffusion des contenus sur l'ensemble d'un parc d'écrans (chaîne de magasins, réseau d'entreprises...).

L'entreprise aujourd'hui installée dans le centre de Bordeaux, dans le quartier Gambetta, a vu son chiffre d'affaires monter en flèche : 25.000 € en 2015, 50.000 en 2016, 250.000 en 2017 et probablement 500.000 en 2018. Après l'ouverture de la ligne à grande vitesse plaçant Paris à 2h04 de Bordeaux, "la part des contrats de grands comptes dans le chiffre d'affaire est passée de 20 à 50 %", explique son dirigeant. L'entreprise compte aujourd'hui parmi ses clients la Banque populaire, BNP, Thales, EDF et la SNCF.

"Etre à deux heures de leurs locaux compte. Ils nous considèrent alors qu'ils ne l'auraient pas fait avant, précise Benjamin Gauthier. Quand on les démarchait, on nous disait que c'était compliqué, alors qu'aujourd'hui c'est devenu un gage de tendance au-delà même du gain de temps ! La LGV a eu un impact marketing et c'est la mode de travailler avec des entreprises bordelaises. »

La LGV autorise au jeune dirigeant environ deux déplacements par semaine contre un par mois auparavant. Si lui-même s'y rend plus souvent pour dialoguer avec la clientèle, des équipes techniques de 2 ou 3 personnes peuvent aussi désormais intervenir directement sur le site des partenaires.

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