Keolis : "Le voyageur moyen n'existe plus"

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Le groupe Keolis a élaboré une nouvelle application mobile afin de simplifier la lecture de ses plans, qui sera disponible au moins en français, anglais et espagnol à Bordeaux dès le mois de septembre
Le groupe Keolis a élaboré une nouvelle application mobile afin de simplifier la lecture de ses plans, qui sera disponible au moins en français, anglais et espagnol à Bordeaux dès le mois de septembre (Crédits : Objectif Aquitaine / Mikaël Lozano)
Avec une métropole bordelaise qui s’agrandit de jour en jour, des transports qui se multiplient, et de plus en plus de visiteurs chaque année à Bordeaux, les déplacements des citoyens, qu’ils soient quotidiens ou non, ne se ressemblent pas et sont loin d’être homogènes. L’idée reçue du "voyageur moyen" n’a donc plus sa place dans la dernière étude "Keoscopie" menée par le groupe Keolis, gestionnaire du réseau TBC (Tram et bus de Bordeaux Métropole).

"Comment adapter les solutions de mobilité à la diversité de la demande et des profils dans un cadre économique contraint ?" et "Des abonnés aux visiteurs, comment mieux appréhender leurs déplacements ?", sont les problématiques soulevées par la 4e étude "Keoscopie" présentée hier à Bordeaux par Frédéric Baverez, directeur général France du groupe Keolis, et Eric Chareyron, directeur Prospective modes de vie dans les territoires du groupe. "Travailler sur une combinaison des modes de transports entre eux et le mode de vie des gens", voici l'objectif principal de l'étude Kéoscopie, selon Eric Chareyron, directeur Prospective modes de vie des territoires du groupe Keolis.

Se fier aux idées reçues selon lesquelles la majorité des trajets quotidiens sont des parcours "domicile-travail" serait une erreur quand on sait que ces derniers ne représentent que 20 % de la totalité des trajets quotidiens des métropolitains bordelais. Quant aux visiteurs venant d'Alsace, Paris, Bretagne..., seuls 17 % des trajets sont à caractère professionnel. Avec une métropole bordelaise qui rayonne sur les plans culturel, économique, touristique... (4 millions de visiteurs chaque année, 750.000 habitants environ et 34 % de ménages bordelais sans voiture), l'enjeu de cette étude est de proposer des solutions permettant d'adapter le système de transports à chaque voyageur, profils confondus et sur l'ensemble des plages horaires et non pas uniquement au moment des heures de pointe.

"De l'illettré à l'e-voyageur"

L'étude part du principe que chaque voyageur est unique et que le fonctionnement du réseau ne doit pas se baser sur les points communs de chacun mais se nourrir de leurs différences. Avec 10 % d'illettrés en France et plus de 4 millions de visiteurs de passage à Bordeaux qui ne maîtrisent pas forcément la langue française, des modifications quant à la compréhension des plans des lignes sont à envisager. Mais les visiteurs venant à Bordeaux ne sont pas les seuls à rencontrer des difficultés de compréhension du réseau.

"Les Bordelais prennent facilement le tramway car il est facile de connaître les arrêts mais ont une petite réticence à aller vers les réseaux de bus qui sont compliqués en termes d'arrêts et de lignes. Il faut avoir fait un master transport en urbanisme pour lire nos plans" explique Frédéric Baverez, directeur général France du groupe Keolis.

C'est la raison pour laquelle le groupe Keolis a élaboré une nouvelle application mobile qui sera disponible au moins en français, anglais et espagnol à Bordeaux dès le mois de septembre. Celle-ci permettra à tout voyageur de trouver un itinéraire pour aller d'un point A à un point B sans nécessairement rentrer une adresse précise, indiquer des mots-clés comme par exemple le nom d'un magasin suffit pour avoir la liste des différents magasins présents dans la métropole et le chemin pour s'y rendre. L'objectif de Keolis, selon Eric Chareyron, "c'est d'aller de l'illettré vers l'e-voyageur, et de ne laisser personne en dehors du chemin."

Une collaboration avec des startups, une stratégie gagnante ?

Mais le groupe cherche aussi à collaborer avec des jeunes startups qui peuvent apporter un regard nouveau quant au fonctionnement et services proposés par le réseau. C'est ainsi que Keolis a déjà collaboré avec la startup Qucit pour créer l'application La Bonne Station destinée aux utilisateurs de Vcub. Celle-ci permet, avec le logiciel Vcub Predict' élaboré par Qucit, de connaître les disponibilités dans les différentes stations jusqu'à 12 heures en avance.

"Il faut collaborer avec des gens qui ne sont pas du secteur des transports pour innover. Airbnb, ce ne sont pas des hôteliers qui l'ont inventé, ce sont des personnes extérieures et notamment des jeunes qui sont plus ouverts peut-être à l'innovation, l'économie de partage", explique Frédéric Baverez.

Le groupe Keolis sera présent au salon ITS (22e congrès mondial des services et transports intelligents) qui se tiendra à Bordeaux du 5 au 9 octobre 2015 où il aura l'occasion de rencontrer de nombreuses startups.

"Ne pas avoir de voiture pourrait ne plus être handicapant"

En passe de devenir le 1er réseau de tramway de France grâce aux extensions en cours et la création de la future ligne D et le projet BHNS (Bus à haut viveau de service) entre le centre de Bordeaux et la commune de Saint-Médard-en-Jalles, le réseau bordelais devra être encore plus performant. L'objectif étant de faire en sorte que les 87.000 Bordelais ne possédant pas de voiture puissent avoir un accès facile à la circulation. De même pour les couples n'ayant qu'une voiture pour deux, "il faut faire en sorte qu'ils n'aient pas à acheter de deuxième voiture" explique Eric Chareyron. Avoir des modes alternatifs à la voiture sur l'ensemble des plages horaires constitue un des enjeux principaux fixés par le groupe Keolis.

"Aller vers les clients, mais aussi vers les apporteurs de clients"

Le groupe Keolis cherche également à collaborer avec les centres commerciaux dans la métropole afin de créer des arrêts de bus en face des entrées de chaque centre commercial qui sont jusqu'à aujourd'hui, tous conçus pour un accès voiture. "A priori, 60 % des personnes sortant sans caddie, ni sacs apparents, sont venues sans qu'une voiture soit nécessaire" confie Eric Chareyron.

"Sachant que 34 % des ménages bordelais n'ont pas de voiture, il s'agirait donc d'un accès plus facile aux centres commerciaux. C'est donc du gagnant-gagnant", explique Frédéric Baverez, "puisqu'en créant des arrêts de bus devant les centres commerciaux, on draine de la clientèle pour ces centres et on booste la fréquentation sur nos réseaux."

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Commentaires
a écrit le 20/06/2015 à 21:59 :
Comment prendre les premiers TGV quand il n'y a pas de tram pour rejoindre la gare. Comment utiliser un relais TRAM pour un déplacement de 2 jours quand ils sont fermés la nuit? Pourquoi d'ailleurs sont ils fermés?
a écrit le 19/06/2015 à 16:18 :
Quelques chiffres à connaître:
1946: 38 lignes de tramway pou + 200 kms
1994: Transcub stoppe les travaux du métro la veille de leur démarrage (*****)
2014: Transcub stoppe les travaux de la ligne D par jugement du tribunal administratif.
2015: 3 lignes de tramway (ah ah ah) soit +/- 50 kms pour une Metropole de 800.000 habitants... Finalement, ce n'est pas très drôle.
a écrit le 19/06/2015 à 15:16 :
Tout ceci est vraiment très bien en théorie et les idées sont pleines de bonnes intentions. Mais compte tenu du succès grandissant du tram notamment, on se croirait, aux heures dites de pointe (car il y en a), dans le métro parisien (je le sais je l'ai fréquenté plus de 20 ans et je retrouve la même problématique à présent à Bordeaux!). Comment anticiper sur cet écueil?

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