LGV : démonstration de force à Bordeaux

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Alain Rousset a appelé à se mobiliser avant la décision du gouvernement cet été
Alain Rousset a appelé à se mobiliser avant la décision du gouvernement cet été (Crédits : Appa)
Après l’avis défavorable au projet de LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax rendu par la commission d'enquête publique, la Région Aquitaine organisait ce matin à Bordeaux une manifestation en faisant appel aux élus, CCI et chefs d'entreprise. Quelque 150 personnes étaient présentes.

L'État tranchera cet été concernant le Grand Projet du Sud-Ouest. Alors, après l'avis défavorable rendu par la commission d'enquête publique qui met à mal le projet de lignes ferroviaires à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax, le président PS du Conseil régional d'Aquitaine Alain Rousset a lancé un appel à la mobilisation des acteurs économiques et politiques. Quelque 150 personnes ont répondu à cet appel à mobilisation. Au programme de cette matinée baptisée "La LGV, j'y vais !", deux tables rondes sur "l'impact économique d'une LGV sur le territoire" et "la LGV vecteur d'aménagement du territoire et de mobilités".

En préambule à ces débats, Alain Rousset a réaffirmé son incompréhension :

"On est en France devant ce paradoxe : on attend des projets pour l'emploi, l'avenir, et, en même temps, on veut que rien ne bouge."

Le président a posé le débat en quatre questions :

"La LGV porte-t-elle le développement du territoire ? Le coût est-il rédhibitoire ? L'enjeu est-il suffisamment important ? Faut-il améliorer la mobilité de notre pays ?".

"Curieux et pour le moins baroque"

Martin Malvy a réaffirmé "l'intérêt majeur à ce que la LGV SEA (Sud Europe Atlantique) soit poursuivie et dans le calendrier selon lequel nous avons accepté de participer à l'opération". Le président du Conseil régional Midi-Pyrénées a rappelé que "de 2 à 3 millions de voyageurs et de 300 à 400 millions de recettes supplémentaires seraient amenées par Toulouse dans la liaison Bordeaux-Paris" et que, sans ce projet, "Toulouse serait la seule métropole française à plus de 4 heures de Paris".

"L'idée que Toulouse soit la seule ville française pas connectée au grand réseau européen à grande vitesse est une idée que nous ne pouvons accepter, a confirmé Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole. La rentabilité socio-économique se trouve dans le projet d'ensemble pas dans les différents projets saucissonnés. Les différentes branches sont solidaires entre elles et concernent l'utilité globale du projet."

Après avoir qualifié l'avis de la commission de "curieux et pour la moins baroque", Jean-Luc Moudenc en a appelé au gouvernement pour "consolider financièrement la décision politique", récemment confirmée, de réaliser cette ligne :

"Nous avons lancé un projet urbain capital autour de Matabiau : nous prendrons les décisions qui s'imposent dans les semaines qui viennent sans se soucier du calendrier LGV pour que le scepticisme ne gagne pas."

30 à 40 % du PIB de la zone euro

Marian Elorza, secrétaire générale aux actions extérieures du gouvernement basque, a rappelé l'opportunité de créer un espace de mobilité durable au sein d'un Arc Atlantique qui représente plus 80 millions de personnes, 10 régions, 5 pays et 30 à 40 % du PIB de la zone euro.

Sur cet axe Atlantique, Laurent Courbu, président de la CCI Aquitaine, a rappelé lui que les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Euskadi avaient tout à gagner à se rapprocher et à travailler en synergie, citant notamment l'exemple du report modal :

"9.000 camions encombrent quotidiennement la rocade bordelaise et l'A63. Aujourd'hui le fret ferroviaire ne représente que 2,5 % du fret total, c'est pitoyable. Avec cette voie nouvelle de LGV, cela va délester la route de 2.000 à 3.000 camions pour aller vers 18 à 20 % de fret ferroviaire. Le bon sens finira par triompher : on ne peut pas condamner le territoire aquitain au tout-camion et à l'isolement."

Ce qu'a confirmé Michel Veunac, maire de Biarritz :

"La question de l'accessibilité est majeure à Biarritz, nous recevons des dizaines de dossiers d'opérateurs qui veulent organiser des congrès. Nous perdons une vingtaine de dossiers par an avec des opérateurs qui nous disent : "Votre avion est trop cher, votre train est trop lent". Biarritz a été retenue comme l'une des 20 marques internationales pour promouvoir le tourisme à l'international. Et là on ne peut imaginer une fracture de mobilité. La rupture du réseau européen en dessous de Bordeaux n'a aucun sens."

Luc Paboeuf, président du Conseil économique, social et environnemental régional, n'a pas dit l'inverse :

"Au moment où la région s'élargit vers le Nord, il serait dommage d'oublier la Communauté autonome du Pays basque et plus généralement la péninsule ibérique."

Président du Ceser de Midi-Pyrénées, Jean-Luc Chauzy a estimé quant à lui que le maillon faible de ce dossier est le montage financier, rappelant qu'il convient de conjuguer emprunts européens et investisseurs de long terme.

Alors qu'une délégation d'associations de la région hostiles au projet avaient également fait le déplacement à Bordeaux pour dénoncer l'obstination à soutenir ce projet, Alain Rousset a conclu cette matinée en appelant chacun à réagir :

"On ne s'est pas assez mobilisé. On s'est dit Rousset-Malvy, Juppé-Moudenc, ça suffit. Eh bien non ! Peut-être aurais-je dû organiser cette réunion plus tôt..."

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Commentaires
a écrit le 12/05/2015 à 11:03 :
Dieu merci la commission est sage et seule et heureusement l'obligation d'économie l'emportera sur les différents lobbies politiques . Les projets pharaoniques qui ne servent à rien, la France connait et le contribuable aussi, ainsi que l'endettement grandissant.
a écrit le 11/05/2015 à 18:09 :
Après les portiques, le LVG ! Le lobby de la route a encore gagné...
a écrit le 08/05/2015 à 19:05 :
Pour une fois BRAVO, Malvy peut dire un grand merci Aux représentants de région et des maires Moudenc ,Juppé.
a écrit le 08/05/2015 à 11:49 :
a quand le projet d un tgv pendulaire entre toulouse et paris en direct ca couterait nettement moins d argent juste quelques trvaux d adaptation mais les pontes de la
SNCF n aiment pas le TGV pendulaire un TGV pour les pauvres ???
a écrit le 08/05/2015 à 11:27 :
Démonstration de force ...des élus ! Pas d'info dans l'article sur le motif de rejet du projet par la commission d'enquête .
Encore une enquête bidon, comme ND Des Landes, Sivens ?
http://lgv.limogespoitiers.info/index.php/lgv-le-d%C3%A9bat/296-avis-defavorable-de-la-commission-d-enquete-publique-sur-la-lgv-bordeaux-toulouse-et-bordeaux-dax
a écrit le 08/05/2015 à 11:19 :
Même si la tentation est grande de prolonger ces relations ferroviaires à grande vitesse vers le "grand sud ouest" est-il opportun de rappeler le niveau d'endettement du système ferroviaire actuel ? Rien qu'en 2014 , la dette de RFF désormais appelé SNCF Réseau a augmenté de plus de 3 MILLIARDS d'Euros ! Ne conviendrait-il pas plutôt d'améliorer le réseau classique existant (programme de suppression des passages à niveau augmentant la sécurité routière et ferroviaire, augmentation de la vitesse des lignes classiques ,incorporation de matériels ferroviaires de grande qualité,...) Doit-on rappeler que le TGV est emprunté journellement par 300 000 voyageurs qui sont essentiellement des décideurs ? L'aménagement de nos territoires par les TGV est un leurre car la pertinence économique du TGV est celle qui consiste à ... ne pas s'arrêter ! Il serait plus concevable que nos chers élus parlent des trains "corail" qui meurent et qui pourtant irriguent nos territoires avec des déficits d'exploitation réduits contrairement à d'autres solutions y compris ferroviaires ! D'un côté il nous est dit qu'il faut arrêter de creuser la dette et de l'autre il faut l'augmenter ! Expliquez nous ?
Réponse de le 08/05/2015 à 14:18 :
Commentaire intéressant.
Parmi les voyageurs il y a aussi la famille (et les vacanciers) qu'il faut venir chercher de loin en voiture car nos gares de vieilles lignes ne sont plus desservies ou le sont très mal.
Quel est le poids économique et environnemental réel d'une ligne LGV sans arrêt; Ces grandes lignes vont-elles vraiment faire diminuer le chômage dans nos régions,réduire les camions sur nos routes...et diminuer nos impôts?
Réponse de le 12/05/2015 à 9:12 :
Tout à fait.

On nous fait systématiquement le coup des retombées économiques qui, si elles existent, ne sont souvent que la relocalisation et/ou la concentration d'activités près des points d'entrée du réseau. Un quarteron d'élus préoccupés par leur réélection alliés à des industriels qui salivent devant de possibles rentes de situation, voilà la vraie cause du déficit des comptes publics.
Si il reste de l'argent public à dépenser rénovons d'abord nos infrastructures pour améliorer et densifier le service public ferroviaire, c'est moins glamour pour le journal TV mais cela concernerait bien plus de monde (et d'entreprises).

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