Biznext Bordeaux 2017 : ce qui rend la transformation numérique difficile

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Frédéric Gaillard, Eric Lespinasse, David Ducourneau, Vianney du Grandlaunay
Frédéric Gaillard, Eric Lespinasse, David Ducourneau, Vianney du Grandlaunay (Crédits : Agence Appa)
La transformation numérique des entreprises est un processus complexe qui implique aussi bien les salariés que les clients ou les fournisseurs. Quatre représentants de Lectra et de Sports Aventure en ont fait la démonstration lors de Biznext Bordeaux.

La 3e édition de Biznext Bordeaux, qui s'est tenue ce lundi soir à la Grande Poste devant une salle comble, a aussi permis d'éclairer de plus près le mouvement de la transformation numérique qui n'épargne plus aucune entreprise. Une soirée animée par Mikaël Lozano, rédacteur en chef de La Tribune (bureau de Bordeaux), en présence de Cendrine Martinez, directrice générale déléguée.

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Premier témoin sur le terrain de la transformation numérique, le groupe Lectra, dirigé par Daniel Harari. Lectra, dont le siège social se trouve à Paris, a vu le jour à Cestas (Gironde) où se trouve sa recherche et développement, son unité de production et sa vitrine internationale. Il était représenté à Biznext par Frédéric Gaillard, directeur marketing produit salle de coupe, et Eric Lespinasse, directeur industriel du groupe. Lectra emploie 1.600 salariés, dont plus de 600 à Cestas, et a réalisé un chiffre d'affaires de 260,2 M€ en 2016. Lectra est le leader mondial de la découpe de matériaux souples (à lame ou à laser) pour les secteurs mode-habillement, automobile et ameublement.

Nouvelle révolution à Lectra

L'autre témoin était Cursol Sport, une PME plus connue à Bordeaux par son nom commercial : Sports Aventure, enseigne historique d'un magasin bordelais spécialisé dans les articles de sport pour la montagne. L'entreprise, qui emploie une trentaine de salariés, était représentée par son PDG, David Ducourneau, et son directeur général Vianney du Grandlaunay.

Déjà très avancé dans l'intégration numérique de la production, avec le développement de ses machines de conception et fabrication assistées par ordinateur (CFAO), Lectra, dont la moitié de l'activité est désormais générée par la vente de logiciels et de services, veut aller plus loin dans la gestion de la production avec ses clients. Lectra équipe des grands noms de la confection et de la mode, de l'automobile ou de l'ameublement avec des machines très puissantes et flexibles qui sont bardées de capteurs orientés vers Cestas. Ces petits systèmes de production produisent ainsi d'énormes quantités de données brutes qui arrivent au centre girondin du groupe. Des matériaux qu'il faut savoir traiter pour qu'ils puissent devenir utiles.

Réduire les délais pour le juste à temps

"Les clients veulent à la fois produire à l'unité et en masse, ce qui a changé les manières de travailler, conduit à la digitalisation et chassé le papier. Mais pour optimiser ce que l'on fait déjà, il faut avoir des données" résume ainsi Frédéric Gaillard. Ce qui suppose, en plus de la création d'un staff de spécialistes de la donnée, une intégration plus poussée des outils de Lectra avec les systèmes d'information des clients. Etape qui passe pour le groupe par le développement et la mise en place d'une solution logicielle novatrice, permettant en particulier d'importantes réductions de délais dans la gestion des approvisionnements en juste à temps.

"Nous sommes légèrement déphasés dans le temps pour le déploiement du pilote qui a été développé. A partir de janvier il va passer de 300 à 15.000 références, ce qui impliquera un gros changement de culture dans la gestion des approvisionnements. Pour faire court, avec cette solution on ne se préoccupe plus du planning de ce qu'on va manger mais plutôt de ce qui reste dans le frigo", éclaire Eric Lespinasse.

Sports Aventure est aussi une histoire de famille bien ancrée dans le paysage bordelais.

"Mon grand -père a créé le magasin dans les années 1970, à l'enseigne Igloo Sport. L'entreprise a ensuite changé de mains avant de revenir dans la famille, dans un magasin centré sur le ski et les sports de montagne, qui développe 1.500 m2 en plein Bordeaux" rembobine David Ducourneau.

2,5 M€ de stock géré sur des bouts de papier

Son tournant numérique, cette entreprise bordelaise l'attaque en 2005-2006 avec la création d'un site internet e-commerce. Mais l'initiative est un peu trop isolée pour amorcer un vrai virage.

"La création de ce site, adossé à un dépôt de 2.500 m2, a pour ainsi dire entrainé la création d'une deuxième entreprise dans l'entreprise. Quand je suis arrivé, en 2014, il y avait pour 2,5 M€ de stock de marchandises pas vraiment géré, avec des notes écrites sur des petits bouts de papier, et pas d'adresses mail pour les collaborateurs", s'étonne encore David Ducourneau.

La transformation numérique de Sports Aventure est donc partie d'assez loin. Et le jeune dirigeant n'a pas hésité à se doter d'une équipe capable de l'aider à gérer ce virage digital, ce qui passait par l'acceptation du processus par les salariés en place. Loin d'être une formalité :

"Les équipes n'ont pas adhéré à ce changement parce qu'elles ne comprenaient pas sa nécessité, il y a eu un vrai blocage. Il a fallu entrer dans l'équipe pour de vrai, afin de comprendre ce qui n'allait pas. C'est comme cela que nous avons réussi à aller à nous mettre en phase avec les salariés, à aller à la même vitesse qu'eux" déroule Vianney du Grandlaunay.

Les catalogues des fournisseurs sur le site

Reste que, comme le rappelle David Ducourneau, la transformation numérique de Sports Aventure s'est aussi heurtée à des problèmes techniques.

"Les achats n'étaient pas coordonnés entre rayons. Chaque responsable de rayon gérait ses achats sans s'occuper du voisin. Et ce gros problème était à multiplier par deux parce que c'était la même chose avec le magasin en ligne...", resitue le PDG.

Pour reprendre en main la gestion des stocks, un grand inventaire est alors organisé pendant tout un mois, pour que chacun des produits soit inventorié, référencé, photographié. Et puis David Ducourneau et Vianney du Grandlaunay s'en sont allés évangéliser leurs fournisseurs, pour les convaincre de mettre leurs propres catalogues en ligne sur le site de Sports Aventure !

"Il y a des fournisseurs qui freinent. C'est très long de mettre un catalogue sur Internet et certains fournisseurs pensaient que ces catalogues étaient à eux, ils ne voulaient pas les amener, s'étonne le directeur général délégué. Nous avons 40.000 références en stock propre et 10 à 20.000 autres que l'on peut sortir rapidement".

Cette adhésion à la transformation numérique par les personnels, les clients ou les fournisseurs est d'autant plus importante que ce virage digital implique tous les acteurs de l'entreprise.

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