Un probable retour fin 2021 au niveau d’activité de septembre 2020, selon la Banque de France

INTERVIEW. Dans le scénario central qu’elle a établi, la Banque de France table sur une croissance de +5 % en 2021 et 2022. Ce qui nous ramènerait, à fin 2021 au niveau d’activité de septembre 2020, explique à La Tribune Denis Lauretou, le directeur régional de la Banque de France en Nouvelle-Aquitaine.
Avec le deuxième confinement l'impact de la crise sanitaire s'est très fortement accru en 2020, obligeant à réviser à la baisse le rebond de l'économie.
Avec le deuxième confinement l'impact de la crise sanitaire s'est très fortement accru en 2020, obligeant à réviser à la baisse le rebond de l'économie. (Crédits : Stephane Mahe)

LA TRIBUNE - Quelle analyse faites-vous de l'évolution de l'économie néo-aquitaine face à la crise sanitaire déclenchée par la pandémie de Covid-19 ?

DENIS LAURETOU - En début d'année, la situation des entreprises néo-aquitaines était plutôt favorablement orientée jusqu'à la mise en place des mesures sanitaires au mois de mars qui a eu pour conséquence la fermeture de nombreux sites et une chute brutale de leur activité. À titre d'exemple, les taux d'utilisation des capacités de production dans l'industrie sont passés en moyenne d'un peu plus de 75% en février à 45% en avril dans notre région. L'activité partielle et le recours aux congés ont permis pendant cette période le maintien des effectifs permanents mais l'intérim a été très affecté.

Le déconfinement au début du mois de mai a été marqué par une forte reprise et un effet rattrapage qui ont ensuite laissé place à un rythme de progression plus modéré, un redressement en « aile d'oiseau », avant que l'activité ne diminue à nouveau significativement lors du second confinement de novembre. Les secteurs qui souffrent le plus sont d'abord ceux qui sont administrativement fermés : l'hébergement restauration et un certain nombre de services à la personne. De même, les acteurs de la filière aéronautique, très présents dans notre région, ne parviennent pas à relever leur niveau d'activité d'avant crise dans un contexte persistant de repli du trafic aérien.

Denis Lauretou Banque de France Nouvelle-Aquitaine

Denis Lauretou (Banque de France)

Y a-t-il eu des différences de comportements marquées dans les entreprises lors du deuxième confinement, par rapport au premier ?

L'impact du confinement de novembre se révèle moins marqué mais plus différencié que celui du premier confinement. En effet, contrairement à la situation de mars, la plupart des secteurs continuent leur activité : l'industrie, le bâtiment et les services aux entreprises grâce à la diffusion massive du télétravail. Ainsi, les industries liées au marché de l'aviation civile, durablement fragilisé, contrastent notamment avec le dynamisme d'autres filières dans notre région, comme la chimie ou le bois. Mais dans l'ensemble, la production industrielle résiste. Pour le bâtiment, le second confinement génère peu d'impact, les mesures sanitaires étant désormais intégrées.

Les carnets restent fournis mais la problématique du recrutement de personnels qualifiés persiste et entrave l'activité.  Les services aux entreprises et, plus encore, les services aux personnes, subissent les plus lourds préjudices, contraints une nouvelle fois aux fermetures, selon les métiers. Comme en mars, tous les compartiments n'ont pas été touchés de la même manière : les transports et les activités informatiques ont subi un impact assez modéré, tout comme le travail temporaire. En revanche, les branches de la réparation automobile, et, de manière plus marquée, l'hôtellerie, sont apparues durement affectées.

Lire aussi : Les métiers non-essentiels expriment leur détresse avant les annonces de Macron

Quels devraient être, dans ce contexte de crise pandémique, les grands enjeux pour les entreprises en 2021 ?

L'incertitude est très forte. La Banque de France considère, dans un scénario central, que l'épidémie ne cesserait pas immédiatement et que l'effet vaccin ne serait pleinement effectif qu'en fin d'année. Dans ces conditions, une croissance progressive de 5% serait attendue pour 2021 et pour 2022. Nous retrouverions ainsi fin 2021 le niveau atteint fin septembre, avant le deuxième confinement.

Fort logiquement dans ce contexte inédit, il y a beaucoup d'inquiétudes et d'attentes. Pour les entreprises, il s'agira avant tout, pour 2021 et au-delà, d'investir, de restaurer leurs marges et leur profitabilité, de consolider leurs fonds propres.

C'est d'ailleurs bien l'objet du plan de relance dont un volet prévoit notamment le renforcement de leur structure financière via des outils comme les prêts participatifs, visant les entreprises n'ayant pas accès au marché actions pour se financer. Soulignons également que le Conseil des gouverneurs de la BCE a récemment adapté les instruments de politique monétaire pour préserver des conditions de financement favorables pendant la période de pandémie et, in fine, soutenir l'activité économique dans son ensemble. Enfin, la vigilance sera maintenue concernant l'accès au crédit des entreprises et les délais de paiement, qui ne devront pas se dégrader. A cet égard, rappelons que la médiation du crédit et la médiation des entreprises resteront pleinement mobilisées dans les mois qui viennent.

Lire aussi : Entre crises sanitaire et économique, comment se porte le CAC 40 ?

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.