Coronavirus : au bord d'une récession mondiale et d'un effondrement boursier ?

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Le nombre de cas de nouveau coronavirus dans le monde s'élevait mardi 3 mars à plus de 92.000, dont plus de 3.155 décès, dans 78 pays. Ici un checkpoint en Italie.
Le nombre de cas de nouveau coronavirus dans le monde s'élevait mardi 3 mars à plus de 92.000, dont plus de 3.155 décès, dans 78 pays. Ici un checkpoint en Italie. (Crédits : Reuters)
Alienor Capital, la société bordelaise de gestion de fonds et de patrimoine, publie une analyse des conséquences financières et économiques de la crise liée au Coronavirus / Covid 19 dont l'ampleur est désormais mondiale. "Il n'y a aucune urgence à prendre risques", souligne le fonds de gestion : "Nous avons au moins quatre à six semaines devant nous pour nous faire une opinion sur la suffisance de la réponse à la crise sanitaire en Europe et ailleurs. Donc prudence et patience !"

L'épidémie du Coronavirus ralentit en Chine grâce aux mesures de confinement mais elle s'est étendue à un nombre considérable de pays et progresse rapidement en Corée du Sud, en Italie, en Iran et pose déjà fortement question en France, en Allemagne et en Suisse. Nous sommes selon l'OMS au bord d'une pandémie mondiale. Les économistes de l'agence Moody's ont écrit, dans leur rapport vendredi 28 février, que la pandémie et la récession mondiale ont 40 % de probabilité d'occurrence. Les marchés ont commencé à intégrer le risque économique et financier. Les bourses occidentales ont chuté de 10 à 13 % depuis les plus hauts, les taux à long terme américains et européens baissent et les spreads de crédit s'écartent sensiblement. Nous essayons de répondre à quelques questions.

Quel est le scenario épidémiologique le plus probable et en fonction de quelles décisions ? Quel impact économique ? Que pourraient faire les marchés ? Quelles décisions financières prendre ?

Nous vous invitons à lire notre analyse. Nos conclusions sont que l'unique façon de tenter d'enrayer la pandémie est le confinement avec des conséquences économiques fortes à court terme. Les marchés ne repartiront pas à la hausse au mieux avant un ou deux mois et une chute supplémentaire est probable. La prudence s'impose plus que jamais. Notre gestion est actuellement défensive. Et il y aura des opportunités plus tard !

Les scenarii possibles

L'épidémie se propage désormais partout alors qu'elle ralentit nettement en Chine où le rythme de nouvelles infections est tombé de 5.000 par jour à environ 400 grâce au confinement. Il y a beaucoup de débats autour du Coronavirus mais il y a aussi des certitudes : il est fortement contagieux (avec un taux de contagion R 0 compris entre 2 et 3 et la seule façon actuelle d'endiguer sa propagation est de le confiner. C'est pourquoi les mesures chinoises (isolement des zones fortement touchées, confinement des populations, arrêt des regroupements et donc de très nombreuses activités sociales ou économiques, travail à domicile) se sont révélées efficaces au prix d'une mise à l'arrêt du pays puis d'une activité très ralentie qui dure depuis déjà six semaines. Rappelons que le système scolaire et universitaire reste fermé jusqu'à fin mars, que seulement 30 % des PME ont réouvert (avec des effectifs réduits) et que si 38 des 42 magasins d'Hermès et la totalité des Starbucks sont désormais ouverts en Chine, tous les employés y travaillent masqués et la fréquentation est très faible. Il en va de même dans les usines qui ont réouvert mais avec un rythme réduit. A Singapour, les mesures prises sont similaires avec les mêmes améliorations sanitaires et au prix aussi d'une sensible dégradation de l'activité.

L'épidémie court désormais en Corée du Sud et partout en Europe. Il y a plus de 2.500 cas diagnostiqués en Italie et plus de 200 en France. Surtout, le nombre de cas supplémentaires encore non diagnostiqués et cependant contagieux est probablement important. Il semble possible et même probable que tôt ou tard des mesures de confinement seront assez largement prises en Europe. Cela a déjà commencé en Italie du Nord. Evidemment, la nature des régimes politiques démocratiques européens et sud coréens rend des mesures fortement contraignantes moins aisées à prendre que pour des régimes autoritaires. La question est donc moins de savoir si des mesures de confinement seront prises que le rythme auquel elles seront décidées et l'ampleur qu'elles auront. En schématisant il nous semble que plus elles seront prises tôt, plus elles seront efficaces et moins les dégâts économiques seront sévères et durables.

L'impact économique

A la relecture des analyses économiques et des déclarations des grandes sociétés faites au début du mois de février, on a envie de sourire L'idée générale était que la crise serait seulement chinoise, quelle serait courte, peu impactante et compensée par une embellie suivante Le consensus était alors une croissance du PIB chinois diminué mais au pire de 4 au premier trimestre et de 5 à 5 5 sur l'année Après déjà trois semaines d'arrêt total et trois semaines d'arrêt partiel de l'activité en Chine, l'économie a déjà été amputée de presque  deux pourcents de PIB annuel (selon Bloomberg) Et le pays tourne toujours au ralenti Les autorités chinoises font probablement le même constat puisque l'inévitable grand plan de relance fiscale et monétaire n'est pas encore lancé et ne le sera que lorsque consommateurs et entrepreneurs seront susceptibles d'en faire usage De plus, les chaines d'approvisionnement de nombreuses entreprises occidentales sont durement touchées et ne reviennent que très progressivement à la normale.

Mais la grande question n'est pas là. Si le confinement est la meilleure option - l'autre étant d'accepter l'extension et les pertes humaines - alors une partie de l'Europe (et peut-être des Etats-Unis) pourrait être soumise à une fermeture temporaire au moins partielle de son économie. Moody's a annoncé vendredi soir que le risque de pandémie et de récession était passé à 40 %. Le rythme de l'extension de la contagion va donner des indications. Si le nombre de malades se met à croître rapidement dans plusieurs zones en Europe, le confinement et la mise à l'arrêt de ces zones seront inévitables et peut-être étendus à d'autres de façon préventive. Le coût serait probablement une récession économique mondiale - surtout si les Etats-Unis procèdent de la même façon - mais courte, suivie d'une reprise nette. Le pire serait un jeu de mesures trop molles qui laisserait courir l'épidémie jusqu'au point de devoir prendre des mesures encore plus radicales. Le coût économique serait alors encore plus grand.

Gardons en tête que cette crise se produit à un moment de croissance mondiale déjà affaiblie par les tensions commerciales récentes. Les derniers chiffres économiques américains et européens étaient d'ailleurs relativement décevants. Les armes monétaires sont émoussées, en particulier en Europe. Il reste toutefois la possibilité d'une relance budgétaire. Mais ça, c'est pour après ! Aucune baisse de taux d'intérêt ni aucun cadeau fiscal ne va ramener dans les magasins des clients troublés et confinés, ni faire investir des entrepreneurs dont l'activité serait au ralenti.

Et sur les marchés ?

Les marchés boursiers occidentaux ont baissé d'environ 10 % à 13 % depuis le plus haut dans un contexte de vulnérabilité. Le marché américain se traitait sur des multiples plutôt élevés et les valeurs de croissance de tous pays connaissaient un début de bulle (avec des multiples bien supérieurs à leur moyenne historique). L'engagement en actions (cotées ou non cotées) des investisseurs américains - mais pas les européens - avait retrouvé le plus haut historique atteint à la fin des années 90. Ils sont donc susceptibles de vendre pour réduire leurs risques. Les spreads de crédit obligataire étaient aussi très bas.

Nous voyons deux possibles scenarii : le premier scenario est une correction violente mais classique suivie d'une reprise de la tendance haussière, le second est un effondrement des marchés. Si c'est seulement une correction violente, elle prendrait la forme habituelle (1994, 1998, 2011, 2015, 2016, 2018) et nous amènerait environ 20% en dessous des plus hauts avec une chute en deux temps, la première et la plus violente étant déjà faite pour l'essentiel, la seconde ouvrant ensuite la voie à la reprise. Ce scenario correspondrait à des mesures de confinement larges mais pas totales prises rapidement en Europe et peut être aux Etats-Unis, mesures suivies - espérons-le - d'ici quelques semaines d'une décrue de la progression des contaminés (comme en Chine).

L'autre scenario boursier est celui d'un effondrement complet dans le cas de mesures de confinement insuffisantes et trop tardives qui conduiraient à une pandémie. Une récession mondiale serait inévitable. Que s'ensuivrait-il ? Difficile à dire aujourd'hui. Peut-être qu'à la fin des fins, le monde s'habituerait à l'idée d'une large contamination et des pertes humaines associées...le taux de mortalité n'est après tout que de 1 ou 2%. Il conviendra de s'interroger alors. Tout va se jouer dans les semaines à venir. Nous ne sommes plus aujourd'hui des analystes économiques ou financiers mais des observateurs de la gestion d'une crise sanitaire majeure. Si des mesures fortes sont prises, leur toxicité économique et financière pourrait n'être que de court terme. A défaut, le prix de la passivité sera prohibitif.

Nos décisions de gestion

Il est opportun d'être prudent et donc peu investi en actions. Il y a certes une possibilité pour que ce soit une vive correction boursière suivie d'une reprise mais nous sommes dans un épais brouillard. Et comme la solution viendrait de mesures sanitaires fortes mais économiquement toxiques à court terme, il n'est pas utile de se précipiter pour acheter des actions ou du crédit obligataire. Enfin, si ce n'est qu'un choc boursier temporaire, le chemin est assez balisé : épuisement de la première jambe de baisse, rebond, deuxième jambe de baisse moins sévère et enfin...reprise de la hausse. Nous avons donc au moins quatre à six semaines devant nous pour nous faire une opinion sur la suffisance de la réponse à la crise sanitaire en Europe et ailleurs. Donc prudence et patience.

Pour la prudence, Alienor Capital est passé pour ses clients d'une position modérément investie en actions à une situation de faible investissement dès le lundi 24 février. Les portefeuilles de crédit obligataire ont aussi été nettement allégés. Dans l'incertitude, les positions en devises sont presque inexistantes.

Pour la patience, nous ne prendrons pas de décision de réinvestissement durable en actions avant plusieurs semaines et surtout avant d'y voir plus clair sur le scenario : crise temporaire ou durable.

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Commentaires
a écrit le 04/03/2020 à 17:44 :
en conclusion vous ne savez rien .
Prudence et patience serait le conseil de n'importe quel petit boursicoteur

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