Apprentissage, les Aquitains sensibilisés

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Agnès Grangé, Cyril Guy, Philippe Cotte, Angélique Cayrac, Célines Bourdes, Christian Aubart
Agnès Grangé, Cyril Guy, Philippe Cotte, Angélique Cayrac, Célines Bourdes, Christian Aubart (Crédits : Agence Appa)
La Tribune Bordeaux et la Chambre de commerce et d’industrie régionale (CCIR) d’Aquitaine ont organisé ce mercredi matin une Matinale intitulée " L’apprentissage, un pari gagnant pour l’entreprise dans une conjoncture difficile ?", au siège de la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique (BPACA), à Bordeaux.

Accueilli par le président du conseil d'administration de la BPACA, Bernard Dupouy, membre de la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux (CCIB) et dirigeant du groupe girondin Dupouy, Laurent Courbu, président de la CCI régionale d'Aquitaine, a évoqué la grande région. Il a rappelé (après avoir mis Midi-Pyrénées à la place de Limousin dans la nouvelle région : "Non ça c'était un autre scénario"), que la CCI Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes (ALPC) se construisait.

Ceci après que Bernard Dupouy ait rappelé que la BPACA (357 M€ de produit net bancaire en 2014 - plus de 1.900 salariés) était née en 2011 de la fusion de la Banque Populaire du Sud-Ouest, à Bordeaux, et de la Banque Populaire Centre Atlantique, à Limoges, et qu'elle rayonnait sur 11 départements. Une façon de démontrer que cette banque coopérative avait eu le nez creux puisque la nouvelle région administrative compte 12 départements (seul le Lot-et-Garonne manque à l'appel de la BPACA).

Du CAP au master

Animée par Mikaël Lozano, rédacteur en chef de La Tribune Bordeaux, cette Matinale regroupait Christian Aubart, PDG de la Manufacture Pyrénéenne, à Morlaàs (Béarn - Pyrénées-Atlantiques), Céline Bourdès, DRH du groupe Voltaire, à Bassussarry (Pays basque - Pyrénées-Atlantiques), Angélique Cayrac, chef de service Oref - études, Aquitaine Cap Métiers, à Bordeaux, Philippe Cotte, directeur industriel France du groupe autrichien Egger Panneaux et décors, à Rion-des-Landes, Cyril Guy, dirigeant de l'entreprise périgourdine du même nom, au Buisson-de-Cadouin (Dordogne), et Agnès Grangé, déléguée régionale du groupe La Poste en Aquitaine.

Angélique Cayrac a notamment rappelé que l'Aquitaine compte 18.000 élèves en centre de formation d'apprentis (CFA), qui dispensent 50 % de formations de niveau V, comme les CAP et BEP, mais au-delà de ça également des formations supérieures, avec par exemple 16 % de BTS ou 5 % de masters professionnels.

70 % d'embauchés

Angélique Cayrac a souligné que la plupart des entreprises embauchant des apprentis comptent moins de 10 salariés, que le taux de rupture des contrats d'apprentissage, à 21 % reste dans la moyenne nationale (contre pas plus de 5 % dans l'aéronautique).

"En 2013 -2014, on dénombre 8.800 employeurs en Aquitaine qui ont accueilli un apprenti, soit 3 % des entreprises de la région" a précisé Angélique Cayrac.

Un chiffre choc qui donne une idée du chemin qui reste à parcourir comme il a été ensuite été souligné par les intervenants, pour que l'apprentissage porte les fruits que l'on attend de lui. "L'insertion des apprentis est très bonne : 7 mois après leur formation, 60 % des apprentis ont un emploi. Ce taux monte à 70 % 11 mois après la formation, et 54 % des apprentis restent dans l'entreprise qui les a formés", a souligné l'intervenante. Face au peu d'enthousiasme manifesté par les entreprises à l'égard des apprentis, Agnès Grangé n'a pas eu de mal à faire valoir l'importance des formations opérées par Formaposte.

La Poste à l'avant-garde

"La Poste emploie environ 15.000 postiers en Aquitaine, et autour de 23.000 dans l'ensemble de la nouvelle grande région. Je suis présidente de Formaposte , un CFA qui utilise nos moyens et qui forme un peu moins de 600 apprentis, du CAP au Bac + 5. Nous essayons d'accompagner la politique de l'Etat. Nous formons en particulier 57 % de CAP, 13 % de BTS, 17 % de licence, 5 % de master. Les CAP correspondent aux postiers. Plus les qualifications sont basses et plus nous embauchons directement. Les CAP sont des postiers mais leur métier change et ils évoluent vers la logistique. Nous sommes le groupe qui recrute le plus, mais nos élèves en BTS banque sont souvent chassés par les banques" recadre Agnès Grangé.

Créé en 2010 par Brice Goguet, le groupe Voltaire, spécialisé dans la sellerie de luxe, s'est imposé à une vitesse fulgurante aux Etats-Unis sur le marché de la selle de cuir haut de gamme.

"Nous employons désormais 40 salariés en France, 12 aux Etats-Unis, tout en étant implantés au Maroc, pour un chiffre d'affaires de 3,2 M€ réalisé par la maison-mère. Sachant que nous vendons à 95 % à l''export, dont 80 % aux USA, où nous sommes devenus le numéro deux de la vente de selles d'équitation personnalisées. Nous recrutons des personnes, pas des postes. Je suis DRH mais ce statut n'existe pas chez nous, nous n'avons pas de service de ressources humaines, je suis valorisatrice de talents. En cinq ans nous avons formé et embauché cinq apprentis", éclaire Céline Bourdès.

Contraction de l'effectif

Cette entreprise au savoir-faire très pointu est en relation avec des CFA qui lui envoient les CV des meilleurs élèves, mais aussi des maîtres selliers qui viennent sur place analyser les méthodes de fonctionnement de l'entreprise. Le Périgourdin Cyril Guy a démarré un parcours désormais assez traditionnel à sa sortie de la classe de 3e (CAP, BEP, bac pro, BTS) avant de rejoindre l'entreprise paternelle dans le bâtiment, qu'il a reprise en 2000 avec son frère. Cette entreprise de gros œuvre du Bâtiment a beaucoup souffert.

"Nous avons eu jusqu'à 72 salariés pour 6,5 M€ de chiffre d'affaires et la crise nous a conduit à diviser notre effectif par deux, comme notre chiffre d'affaires, pour pouvoir espérer survivre" a-t-il lancé pour rappeler le contexte.

Des dirigeants venus de l'apprentissage

Cyril Guy est également président de la Commission régionale formation de la Fédération française du bâtiment (FFB) de la Dordogne et il a précisé que la FFB venait de développer avec les CFA une charte pour l'emploi des apprentis qui sera signée d'ici un mois ou un mois et demi et applicable dans les cinq départements d'Aquitaine. Le groupe Egger France, qui dispose de deux sites en France, dont celui de Rion-des-Landes, réalise 300 M€ de chiffre d'affaires (dont la moitié dans les Landes) avec 450 salariés.

"Notre usine fonctionne 7 jours sur 7, 365 jours par an, d'où l'importance pour nous de la maintenance mécanique. Pour trouver les 40 apprentis au total dont nous avons besoin, nous avons créé nos propres formations. L'idée étant de recruter 100 % des jeunes gens formés pour faire face aux départs à la retraite. Qu'il y ait des différences culturelles sur la question de l'apprentissage entre la France d'un côté, l'Autriche et l'Allemagne de l'autre, oui c'est très clair. Tous les dirigeants d'Egger viennent de l'apprentissage. Alors qu'en France ils sortent de la filière des ingénieurs" résume avec acuité Philippe Cotte.

L'entreprise, centre de recyclage

A la tête de la Manufacture pyrénéenne, fondée en 1953 avant d'être reprise en 2001, consacrée à la fabrication de tissus, "du fil au produit fini", et labellisée Entreprise du patrimoine vivant (EPV), Christian Aubart souligne qu'à la sortie de l'Ecole d'ingénierie et d'innovation textile de Roubaix il y a deux fois plus de postes à pourvoir que de candidatures.

"Les ingénieurs formés au textile partent voir ailleurs. Tandis que la plupart de nos apprenties, en majorité des jeunes femmes, veulent devenir stylistes. Ce qui a provoqué des ruptures de contrats d'apprentissage dans mon entreprise" résume Christian Aubart, qui reconnait que s'il faut être très clair sur les enjeux, il faut savoir aussi "faire rêver un minimum les apprentis".

Quand Céline Bourdès souligne que l'apprenti n'est pas là "pour faire les basses besognes", Philippe Cotte insiste sur le fait "qu'il faut être conscient des moyens à mettre en œuvre pour bien former les apprentis". Dans un système éducatif marqué par l'impitoyable sélection des cerveaux les mieux préparés à l'abstraction, l'apprentissage continue à faire figure de voie de garage. D'où un déficit d'image qui a tendance à taper sur les nerfs de Cyril Guy.

"Si l'entreprise doit rester le centre de recyclage de l'Education nationale on va pas y arriver. Il faut que les apprentis aient envie" observe-t-il.

Le fait est connu depuis plusieurs siècles : les Français ne sont ni des Allemands ni des Autrichiens. Reste à trouver la bonne recette pour vraiment acclimater l'apprentissage dans l'Hexagone.

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