Rentrée économique : le bilan sans concession du Medef Aquitaine

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Jean-François Clédel, président du Medef Gironde et du Medef Aquitaine, rencontrera les deux principaux candidats aux élections régionales, muni d'une feuille de route comprenant 6 priorités.
Jean-François Clédel, président du Medef Gironde et du Medef Aquitaine, rencontrera les deux principaux candidats aux élections régionales, muni d'une feuille de route comprenant 6 priorités. (Crédits : Agence Appa)
Noir, c’est noir. Le président du Medef de Gironde et d'Aquitaine Jean-François Clédel dresse un bilan de santé peu reluisant de l’économie française. La situation n’est selon lui pas différente en Aquitaine. En cause, les récentes réformes jugées trop timides, l’absence de réforme en profondeur du système français et les charges pesant sur les entreprises. Il se prononce par ailleurs pour une absorption de la CCI de Libourne par celle de Bordeaux.

Jacques Attali et Jean-François Clédel, même combat. Le célèbre économiste français part du postulat qu'une crise affecte l'économie tous les sept ans. Le patron du Medef Gironde (et Aquitaine) est plutôt du même avis, énumérant les accidents survenus ces trois dernières décennies. Pour Jean-François Clédel, "nous sommes à nouveau en crise". Dans le détail :

"La croissance chinoise ralentit, le commerce mondial est en baisse, le concept des Brics (acronyme regroupant les puissances en émergence que sont le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, NDLR) a volé en éclat. Le scandale de Wolkswagen risque d'affecter l'économie allemande, moteur de l'Europe et déjà plus touchée que la France par le ralentissement chinois. A cela il faut rajouter quelques bulles que sont l'explosion des dettes étudiantes américaines, la spéculation immobilière en Chine, qui menacent l'économie mondiale."

Et la France dans tout ça ?

"Elle est à la traine car elle n'a pas su se réformer en profondeur. On note un recul de l'investissement, une production industrielle en baisse, une hausse du chômage. Les prélèvements obligatoires pour les entreprises continuent à augmenter. Ils seront de 44,6 % cette année, à 44,9 % en 2014, mais à condition que le gouvernement tienne son cap, ce qu'il a du mal à faire. Le non-respect de ses engagements, avec le report d'un trimestre des allègements de charges promis, ruine le peu de confiance qui revenait et sera préjudiciable pour notre avenir."

Et l'Aquitaine dans tout ça ?

"La CCI conduit une enquête auprès de 1.300 chefs d'entreprise. Le solde d'opinion des dirigeants est négatif à - 12 % concernant leur activité au premier semestre. 25 % d'entre eux considèrent que leurs marges se sont dégradées et seulement 20 % prévoient d'investir au second semestre. Et l'on sait bien que sans investissement il n'y aura pas de reprise de l'emploi. Certains secteurs sont plus en difficultés comme le BTP, le transport. Pour l'industrie ce n'est pas brillant alors qu'on aurait pu s'attendre à mieux. Tout juste peut-on souligner un peu de renouvellement de parc des machines alors que leur taux d'occupation est inférieur à 80 %. Les chefs d'entreprise veulent essayer de préserver leur compétitivité."

Retour au niveau de charges de 2010

Jean-François Clédel s'est également montré critique sur l'objectif assigné du Pacte de responsabilité :

"Pour l'instant, on est loin des 40 Md€ de baisses de charges prévus à l'horizon 2017. Nous sommes aujourd'hui à - 15 Md€. Quand le Pacte de responsabilité aura atteint son objectif, nous serons revenus aux niveaux de charges de 2010. Rappelons que les entreprises françaises paient 130 Md€ de charges de plus que leurs homologues allemandes toutes proportions gardées."

Le président du Medef Aquitaine, par ailleurs patron de l'entreprise de taille intermédiaire (ETI) Ingeliance, voit quand même quelques notes de gris dans tout ce noir. Concernant la loi Macron, s'il regrette que le Conseil constitutionnel ait retoqué certains dispositifs, il se félicite toutefois d'avancées en matière de sécurisation de l'emploi ou d'aggravation des sanctions contre le travail illégal, jugeant également que "l'assouplissement du travail dominical et en soirée est un progrès" bien qu'insuffisant. Point noir soulevé : "La justice prud'homale va être complexifiée. La réforme n'améliorera pas la situation." Quant à la réforme Rebsamen sur le dialogue social, "elle ne pousse pas assez les réformes même si elle comprend quelques signe positifs de simplification, notamment pour les sociétés de moins de 300 salariés".

Le Medef fait sa réforme territoriale

A quelques mois de l'entrée en vigueur de la nouvelle carte régionale, entrainant au 1er janvier 2016 la fusion de l'Aquitaine, du Limousin et de Poitou-Charentes, Jean-François Clédel a également fait le point sur les conséquences de cette réforme territoriale.

"On pourrait se réjouir d'une telle réforme visant à réduire le millefeuille, mais je ne suis pas certain qu'elle atteigne son objectif. Elle n'ira pas vers la suppression de l'échelon départemental. On constate aussi l'explosion des taxes locales, que les collectivités justifient par la baisse des dotations de l'Etat alors même que ce dernier leur confie de nouvelles missions. Cette réforme ne porte pas en germe la réduction des dépenses publiques même si elle clarifie les compétences en consacrant les Régions comme l'échelon de dialogue pour l'économie et la formation."

Le Medef, lui, a choisi de "copier la nouvelle carte régionale. On ne peut pas demander à l'Etat de faire des efforts et ne pas en faire nous-mêmes." Autrement dit, un processus de rapprochement Aquitaine - Poitou-Charentes - Limousin a été engagé et la nouvelle structure sera opérationnelle en 2016. Le siège de la nouvelle entité sera installé à Bordeaux. Avec Jean-François Clédel à sa tête ? "Ce n'est pas mon objectif, après on verra. Mais j'ai d'autres ambitions en tête." Qu'il gardera officiellement pour lui cette fois-ci.

La CCI de Libourne absorbée ?

Il consent en revanche à indiquer que lui-même et son homologue de la CGPME Serge Marcillaud, tous deux élus à la CCI de région, ont signé un courrier commun réclamant que la CCI de Libourne rejoigne celle de Bordeaux, qui couvrirait ainsi toute la Gironde. "La décision ne nous incombe pas", prend garde de préciser Jean-François Clédel. Qui rappelle que la balle est désormais dans le camp des élus régionaux consulaires : "Depuis cet été et la loi NOTRe, les schémas directeurs des chambres régionales sont devenus prescriptifs et non plus consultatifs." Voilà qui ne devrait pas faire plaisir à Yves Ratel, président de la CCI de Libourne et farouche opposant à la disparition de la chambre consulaire libournaise...

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