Qualité de l’air : les erreurs de diagnostic des Aquitains

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Les 10 stations de mesures de la qualité de l'air d'Airaq placées à Bordeaux mettent en avant que les particules fines sont majoritairement émises par les seules habitations via le chauffage... et notamment les feux de cheminée en hiver.
Les 10 stations de mesures de la qualité de l'air d'Airaq placées à Bordeaux mettent en avant que les particules fines sont majoritairement émises par les seules habitations via le chauffage... et notamment les feux de cheminée en hiver. (Crédits : Pascal Rabiller)
A la veille de la journée nationale de la qualité de l’air, l’organisme Airaq, en charge de la surveillance de l’air en Aquitaine, a réalisé un sondage sur l’intérêt des Aquitains pour le thème. Ils sont très majoritairement préoccupés par l’impact de l’air sur leur santé… mais se trompent largement sur les sujets dont ils doivent se méfier.

Réalisé il y a quelques semaines par Ipsos auprès de 800 Aquitains, à la demande d'Airaq, association en charge du contrôle de la qualité de l'air de la région, le sondage "L'air : ce qu'en pensent les Aquitains !" a été révélé ce matin, à la veille de la 1re journée nationale de la qualité de l'air.
Ce sondage laisse apparaître de vrais paradoxes quant aux craintes et attentes des Aquitains en matière de qualité de l'air et ses conséquences sur la santé... Il révèle aussi de vraies erreurs quant au diagnostic sur les origines même de la pollution de l'air.

La pollution ? C'est les autres, et c'est ailleurs

- Première erreur : si 78 % des Aquitains se disent préoccupés par la pollution de l'air (82 % dans les grandes agglomérations), ils estiment que l'origine de la pollution est, dans l'ordre, liée aux gaz d'échappement (65 %), aux pesticides (65 %) et aux rejets des usines (60 %). En vérité, alors que les mêmes sondés expliquent que les activités industrielles, la circulation routière et les pratiques agricoles sont donc les sources majeures de pollution, il apparait, en Aquitaine, que les particules fines cancérigènes sont émises à 48 % par les seules habitations, et notamment par le chauffage.
Pire,"l'innocent" feu de cheminée tant apprécié l'hiver est responsable, certains jours de grand froid, comme le responsable de 70 % des particules mesurées dans l'air... mais il est clair qu'il nous semble plus confortable de penser que la pollution c'est les autres... D'ailleurs, 29 % seulement des personnes interrogées pensent que c'est au niveau local ou régional que l'on peut traiter des enjeux de la qualité de l'air.

- Premier paradoxe : si les Aquitains se disent majoritairement prêts à s'engager pour l'air et adoptent des éco-gestes quotidiens, ils ne sont que 20 % à pratiquer le covoiturage, 30 % à utiliser la marche ou le vélo pour se déplacer... mais ils sont 20 % à déclarer brûler leurs déchets verts dans le jardin... alors que c'est totalement interdit et que l'élimination par ce moyen prohibé de 50 kg de déchets verts équivaut à rouler 18.000 kilomètres avec un véhicule essence récente !

- Seconde erreur : les personnes interrogées dressent un portrait de l'évolution de la qualité de l'air qui est beaucoup plus pessimiste que les conclusions des études. L'association Airaq, qui dispose de 30 stations et donc 100 analyseurs capables de fournir 10.000 données chaque jour, depuis des points stratégiques de la région, est formelle : si les enjeux persistent, en 10 ans, la situation s'est nettement améliorée en Aquitaine avec une recul de -76 % de dioxyde de souffre (SO2), -29 % et -16 % de particules en suspension PM2.5 et PM 10 et un recul de -20 % de dioxyde d'azote (NO2).
Mieux, alors qu'elles estiment que la qualité de l'air baisse en Aquitaine, 9 personnes sur 10 pensent que l'air dans leur commune est de bonne qualité... Pour 1 Aquitain sur 3, les pics de pollution sont rares, voire inexistants... oubliant au passage les 20 jours de pics de pollution répertoriés en moyenne chaque année par Airaq.

- Second paradoxe : Alors que les Aquitains se disent, à 73 %, mal ou très mal informés et souhaitent davantage d'informations sur la qualité de l'air... ils ne sont que 12 % à avoir une démarche proactive de recherche de l'information en question.
En clair Airaq a pour mission de mettre à disposition des autorités des données et mesures qui leur permettent d'alerter sur les seuils et procédures d'alerte ou d'information ou encore de participer, par ces études et relevés, à la mise en œuvre de politiques de lutte contre la pollution de l'air, l'association. Mais l'association a aussi pour mission de sensibiliser, d'informer la population, avec l'aide des médias. Il apparaît clairement à Airaq, au travers des résultats du sondage, que cette mission-là doit être renforcée. A quand un bulletin de l'air comme on dispose d'un bulletin météo ?


  • POLLUTION DE L'AIR: LES ENJEUX FRANÇAIS EN 4 CHIFFRES

- 100 : En milliards d'euros par an, c'est l'impact économique (dépenses de santé, absentéisme, baisse des rendements agricoles...) de la pollution atmosphérique.
- 30 : En pourcentage, la population française concernée par une allergie respiratoire
- 5 : En nombre de mois, l'espérance de vie perdue pour un Bordelais
- 42.000 : C'est le nombre de morts prématurées en France dues à l'exposition aux particules fines

  • BORDEAUX "VILLE RESPIRABLE EN 5 ANS" ?

Aux côtés du directeur d'Airaq, Patrick Bourquin, partisan d'une suppression pure et simple des moteurs thermiques à explosion (essence comme diesel) en ville, Anne Walryck, vice-présidente de l'association et vice-présidente de Bordeaux Métropole, conseillère municipale de Bordeaux, a, elle, parlé de réduction de la circulation en centre-ville.

"Socialement, l'impact d'une interdiction serait énorme. Interdire non, favoriser les véhicules propres oui. C'est ce que nous faisons depuis plusieurs années, avec une pastille verte qui permet aux véhicules propres ou hybrides de pouvoir circuler et stationner plus facilement. Par ailleurs, nous avons positionné des bornes de recharge électrique, développé de nombreux secteurs d'interdiction de circulation pour les véhicules, et nous développons aussi des zones 30, des zones 20, qui ont un impact certain sur la pollution émise par les véhicules."

Mais l'édile annonce une politique encore plus volontariste dans les mois qui viennent. "Le prochain PLU 3.1 mettra en place des mesures plus fortes sur le plan du stationnement et de la circulation avec des zones de vitesse réduite à 20 ou 30 plus nombreuses."
La métropole est également candidate à l'appel à projets "villes respirables en 5 ans", dont la réponse est attendue demain 25 septembre du ministère du Développement durable. Cet appel à projets vise à faire émerger des villes laboratoires volontaires pour mettre en place des mesures permettant de garantir un air sain aux populations d'ici cinq ans.
En attendant la réponse de l'appel à projets et les mesures qui l'accompagneront, les Bordelais peuvent commencer à se préparer à l'éco-pastille.
La ville de Bordeaux est en effet volontaire pour ce système qui permettra, dès le 1er janvier 2016, en fonction de la couleur de la pastille, d'identifier l'impact sur la qualité de l'air de chaque véhicule.
En fonction de la couleur attribué au véhicule, des conditions particulières de stationnement et de circulation lui seront appliquées.

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Commentaires
a écrit le 24/09/2015 à 18:52 :
Pourquoi ne pas évoquer du tout la "qualité de l'air intérieur", dans les habitations, les crèches, les écoles ?
Pourquoi ne rien dire sur les produits qui polluent cet "air intérieur"?

Pourquoi ne pas parler du GPL pour les véhicules ?

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