Santé au travail : "La démographie médicale va poser problème"

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L'AHI 33 emploie 89 médecins du travail
L'AHI 33 emploie 89 médecins du travail (Crédits : Reuters)
Suivant 270.000 salariés en Gironde, l'AHI 33, service de santé au travail en Gironde, fête cette année ses 70 ans. L'association constate une dégradation globale des conditions d'exercice dans les entreprises depuis quelques années. Son directeur général, Daniel Rindel, s'inquiète également de la démographie médicale.

Quel est le rôle de l'AHI 33 ?

"Notre périmètre est la santé au travail, qui s'applique à tous les salariés dans toutes les entreprises. Pour s'occuper de cette question, l'entreprise peut embaucher un médecin ou s'appuyer sur une association loi 1901 agréée par la Direccte, qui assure donc des services inter-entreprises. Notre association, l'AHI 33, s'appuie sur près de 230 salariés, dont 89 médecins du travail, pour accompagner les entreprises dans la prévention des risques professionnels. Nous suivons 27.000 entreprises adhérentes, qui emploient 270.000 salariés, en couvrant grâce à nos 38 centres de visites une très large part de la Gironde, à l'exception des zones de Libourne et Blaye. La santé au travail ne se limite plus à la seule visite médicale. La prévention a été renforcée par la mise en place de véritables équipes pluridisciplinaires."

Qui sont vos adhérents ?

"Pour 83 %, ce sont des entreprises de moins de 10 salariés. Mais certains sont aussi de très gros acteurs économiques : les sociétés employant plus de 200 personnes représentent à elles seules 17 % des salariés que nous suivons. Nous couvrons quasiment tous les secteurs d'activité, même le BTP pour qui il existe beaucoup d'autres services de santé au travail spécifiques, sauf le secteur agricole et la fonction publique. Notre budget annuel est de 19 M€, exclusivement grâce aux cotisations de nos adhérents."

Comment intervenez-vous auprès des entreprises ?

"Les risques professionnels sont multiples et varient selon les secteurs d'activité ou les postes de travail. Les conséquences peuvent être plus ou moins graves : pathologies du dos, cancers, stress, allergies, douleurs articulaires... L'AHI 33 adapte le suivi médical des salariés et ses actions de prévention proposées dans les entreprises à chaque situation, qu'il s'agisse d'un grand groupe ou d'une petite société dont les moyens sont plus faibles. Nos interventions sur les thèmes de l'ergonomie et de la toxicologie sont nombreuses."

Vous tirez la sonnette d'alarme et avertissez : nous allons droit vers une pénurie de médecins du travail...

"La situation démographique médicale est effectivement un véritable problème. Le nombre de médecins du travail est en baisse et cette tendance va s'accentuer de manière très grave dans les prochaines années. Bordeaux est une ville dynamique, universitaire, qui attire. Mais pour d'autres zones, nous allons au-devant de difficultés majeures. L'AHI 33 a été à la pointe avec la participation des infirmières au suivi médical des salariés, que nous avons expérimentée dès 2005 / 2006 avant que le dispositif soit généralisé à l'ensemble des services de santé au travail de France par la réforme de 2012.
Pour maintenir une qualité de prestations constante, l'AHI 33 dispose de 21 équipes de santé au travail. Ces équipes comprennent des infirmières, des psychologues, des ergonomes, des techniciens en hygiène et sécurité, des métrologues, des assistantes en santé au travail... Mais malgré nos efforts, nous avons des difficultés à répondre à la demande alors que le nombre de nos adhérents est en hausse de 2,5 % par an."

Quelles évolutions récentes constatez-vous ?

"Le plus grand problème réside dans la situation économique qui pèse sur les entreprises. Ces dernières ont évolué dans leur organisation, les salariés ont vu leurs latitudes décisionnelles se réduire et leur charge de travail augmenter, créant des situations de tension. Le corollaire, c'est l'essor de la problématique de l'inaptitude au poste de travail."

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