Bouchons… de chiffres sur l’A65

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L’autoroute A 65 entre Langon et Pau
L’autoroute A 65 entre Langon et Pau (Crédits : Reuters)
Sepanso, LEA et ARLP ont réalisé, le 20 mai, une journée de comptage du trafic de l’autoroute A65 entre Langon et Pau. Ces associations, qui se sont toujours opposées à la création de l’autoroute, annoncent un trafic en baisse et prophétisent un naufrage financier. Le gestionnaire, A’Liénor, contre argumente avec ses résultats, sans nier les difficultés.

Ouverte en décembre 2010, l'autoroute A65 qui relie Pau (64) à Langon (33) fait l'objet, ces derniers jours, d'une bataille de chiffres entre associations opposantes et A'Liénor, société détenue à 65 % par Eiffage et 35 % par Sanef, gestionnaire de l'infrastructure.
Depuis la mise en service de l'infrastructure de 150 km, les associations Sepanso, Landes Environnement Attitude (LEA) et Alternative Régionale Langon Pau (ARLP) effectuent un comptage annuel sur 24 heures. Effectué le 20 mai, sur trois points de l'A65 dans les départements de la Gironde, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, le pointage 2014 laisse apparaître une baisse de trafic par rapport à 2013.

"Notre protocole est inchangé depuis quatre ans," explique Philippe Barbedienne, président de la Sepanso. "Nous réalisons le comptage entre fin mai et début juin. Toujours en semaine, jamais un week-end, entre le  lundi et le vendredi". Selon les trois associations, le trafic journalier moyen plafonne cette année à 5.242 véhicules, contre 5.436 en 2013. Un chiffre inférieur de 48 % à l'objectif affiché par le concessionnaire pour l'année 2014.

Le concessionnaire A'Liénor
surpris par la crise

Olivier de Guinaumont, Président d'A'Liénor, ne nie pas le retard de l'infrastructure en matière de trafic par rapport aux prévisions, mais "nos prévisions de trafic ont été calculées en 2006, bien avant la crise financière puis économique dont nous ne sommes pas encore sortis, rappelle-t-il. Depuis le début de la crise, en 2008, le trafic des poids lourd a baissé de 13 % sur l'ensemble des autoroutes. Autant dire que nous sommes, effectivement, dans ce contexte, en retard par rapport à notre hypothèse haute."

Pour autant et contestant la méthodologie de comptage des associations, A'Liénor annonce, pour le mois d'avril dernier, 11.100 transactions/jour aux péages de l'A65. "Depuis le début de l'année, 116 millions de kilomètres ont été parcourus sur cette autoroute. Nous, nous affichons une progression de 4 % sur les véhicules légers et de 70 % sur le trafic poids lourds…" Une croissance spectaculaire qui s'explique par l'interdiction de la majorité des poids lourds sur la nationale. "Certains acteurs politiques ou associatifs laissent d'ailleurs entendre que cette interdiction préfectorale est une sorte de magouille pour un sauvetage économique de l'A65… C'est totalement faux. L'interdiction était programmée, elle devait entrer en vigueur à l'ouverture de l'autoroute, finalement elle n'est intervenue que trois ans plus tard, le 18 novembre 2013."

Pas de péril financier
mais rentabilité retardée

Quid du naufrage financier prophétisé par les associations ? "La rentabilité d'une telle infrastructure ne s'apprécie pas sur 4 ans, mais sur 30 ans au moins. Je rappelle qu'A'Liénor dispose d'une concession sur 60 ans. Certes, nous perdons de l'argent, mais quand on dit que nous avons perdu 30 M€ en 2013, je rappelle que, dans cette somme, il y a, outre les dépenses d'entretien, la dépréciation de l'actif. Nous enregistrons près de 45 M€ de recettes," rappelle Olivier de Guinaumont. "Nous sommes en retard sur nos prévisions, c'est vrai, mais il ne faut pas dire que nous notre équilibre économique est menacé après quatre ans d'exploitation. Notre résultat net s'améliore au fil des ans. Et quand l'expert comptable et élu au Conseil régional Patrick du Fau de Lamothe dit que notre situation s'aggrave puisque notre résultat net affiche -35 M€ en 2013, contre -34M€ en 2012, il oublie, un peu vite pour un comptable, qu'entre temps nous avons perdu les exonérations de taxes et impôts dont nous bénéficions les premières années," poursuit le dirigeant. Ce dernier annonce, pour 2014, un résultat net négatif mais en amélioration à -29 M€. "Il faudra plus de temps que ce que nous imaginions au départ, parce que nous ne savions pas qu'une crise allait frapper l'Europe. Pour cette autoroute, dont l'utilité n'est plus à démontrer, nous serons dans nos objectifs initiaux, avec quatre ou cinq ans de décalage."

Quant aux associations, si elles reconnaissent que l'autoroute peut s'avérer efficace pour les périodes de vacances, notamment pour les périodes de sports d'hiver, elles estiment que pointer du doigt la faiblesse du trafic permet de relativiser toutes les études sur les retombées économiques annoncées avant la construction. "Nous attendons toujours les retombées économiques énormes annoncées par le rapport Poulit sur Pau et même sur Langon… Notre action doit servir pour éviter d'autres bêtises identiques à l'avenir, assure Philippe Barbedienne. Le président de la Sepanso regarde notamment dans la direction de la LGV entre Bordeaux et l'Espagne notamment.

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Commentaires
a écrit le 26/11/2017 à 22:46 :
L'Aliénor ; non seulement un gain de temps important pour les usagers, de dépenses et de fatigue et un désenclavement pour Pau, mais les opposants ont-ils décompté le nombre de vies épargnées sur les routes de Landes ?? Il faudrait un raccord Limoges-Périgeux-Langon. Les bases des premières départementales datent de sous Louis XV ! peut-être que l'on peut avoir des projets de développement d'infrastructure pas tout les 300 ans ! Alors si c'est rentable dans 4 ans au lieu de hier. Ca change pas grand chose pour les usagers et c'est amortis apparemment sur 60 ans... Vive Aliénor en Aquitaine !

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