Great, le nouveau lobby des acteurs du tourisme pour préparer la reprise

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Elu président d'A La Francaise, en juin 2020, Pierre-Jean Romatet a fondé en 2010 l'entreprise d'oenotourisme Bordovino, devenue A La Française en 2018.
Elu président d'A La Francaise, en juin 2020, Pierre-Jean Romatet a fondé en 2010 l'entreprise d'oenotourisme Bordovino, devenue A La Française en 2018. (Crédits : GREAT)
UN AN DE CRISE - INTERVIEW. Face à l'activité réduite et le brouillard ambiant, plusieurs entrepreneurs touristiques ont lancé l'été dernier le Great, le Groupement des entreprises des activités du tourisme. Outre l'attention des pouvoirs publics sur ce secteur qui réunit 200.000 emplois, Great entend penser et préparer les conditions du redémarrage économique. Le dirigeant d'A la Française, entreprise d'oenotourisme basée à Bordeaux, Pierre-Jean Romatet a été élu président de Great et répond à La Tribune.

LA TRIBUNE - Pourquoi créer Great alors qu'il existe déjà plusieurs associations et organisations professionnelles dans le secteur du tourisme ?

PIERRE-JEAN ROMATET, président de Great et d'A La Française - Il existe déjà beaucoup de choses c'est vrai mais le constat qu'on a fait après le premier confinement, qui a énormément impacté les acteurs du tourisme, c'est que toutes les entreprises du secteur n'ont pas été entendues de la même manière. En réalité, il y a le transport, notamment aérien, et les hôteliers, via l'Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie), qui sont très organisés et très efficaces. Mais le maillon qui intervient après le transport et l'hébergement, celui des multiples activités touristiques n'est pas du tout représenté ni entendu alors même qu'il constitue la meilleure partie du voyage ! Les structures existantes sont soit des coquilles vides, soit des organisations trop spécialisées sur une activité spécifique pour peser dans les discussions avec les pouvoirs publics.

Quels sont les objectifs quantitatifs et qualitatifs de Great ?

L'ambition de Great est de représenter l'ensemble des activités du tourisme pour répondre à un besoin réel de ce secteur économique qui réunit 25.000 entreprises et 70.000 emplois en France. Ce sont très majoritairement des très petites entreprises de moins de dix salariés sur un marché atomisé tant sur le plan économique que géographique. Ces entreprises ont donc besoin d'être représentées et depuis six mois on reçoit d'ailleurs un très bon accueil des pouvoirs publics au Parlement comme au gouvernement. Nous avons déjà réuni plus de 100 entreprises adhérentes dans toute la France et représentant quelques centaines d'emplois, mais nous souhaitons évidemment grandir autant que possible y compris avec l'adhésion de gros acteurs touristiques.

Nous voulons mener des groupes de travail sur l'avenir du tourisme et accompagner nos membres sur les enjeux de formation professionnelle, d'évolution de la règlementation, de droit du travail et de statut des saisonniers, etc. Nous sommes une activité avec une forte saisonnalité, une importante clientèle internationale et une fragmentation et une intermédiation très forte dans nos canaux de distribution. Il y a donc beaucoup d'enjeux liés au numérique à aborder.

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Quels sont les enjeux prioritaires du secteur aujourd'hui, à la veille du printemps et d'une potentielle reprise ?

Nous portons deux messages. Le premier est conjoncturel et vise à sensibiliser les pouvoirs publics sur la réalité de la reprise de l'activité : il faudra que nous puissions anticiper le redémarrage de nos entreprises. Si ça repart dans six semaines, il faudra que nous soyons prévenus en amont pour gérer la réouverture, le recrutement, la formation des personnels, etc. Il y a une inertie relativement importante qu'il faut prendre en compte.

Le second message est plus structurel et touche à l'avenir de nos métiers. Nous souhaitons constituer un catalogue d'offres de nos membres pour les valoriser auprès de nos revendeurs, particulièrement en France, pour aller chercher la clientèle française tout au long de la saison 2021 et au-delà. Cela suppose d'adapter nos offres en termes de tarifs et de contenus pour aller vers des choses plus qualitatives mais aussi plus abordables. A plus long terme, c'est toute la chaîne de commercialisation qu'il faudra réexaminer pour tendre vers des circuits plus numérisés et désintermédiés en rétablissant un rapport de force avec les agences de voyages en ligne.

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Vous parlez du tourisme de demain. Avant la crise, plusieurs tendances se dessinaient telles que le slow tourism, le tourisme vert ou éco-responsable ou encore le recours croissant aux outils numériques, notamment la réalité virtuelle et augmentée, avec plus ou moins de succès. La crise a-t-elle confirmé ou infirmé ces pistes ?

En ce qui concerne le slow tourism et l'approche éco-responsable, oui ces tendances s'accélèrent. La clientèle, notamment française, est à la recherche d'expériences authentiques, de partage, d'humain. De ce point de vue, l'oenotourisme est pour moi un exemple parmi les plus aboutis du tourisme de demain parce qu'il propose déjà des activités fondées sur le partage, l'art de vivre, la pédagogie, le travail, le plein air, la nature et l'alimentation. Je souhaite que Great puisse approfondir ces sujets.

A l'inverse, je ne crois pas du tout aux solutions numériques. Si elles peuvent proposer des choses pendant la fermeture sanitaire, je suis absolument convaincu que quand ça repartira les gens chercheront avant tout le réel. Il y aura une envie irrépressible de voyages, de rencontres, de sensations. Bref, de découverte de vrais lieux avec de vrais gens ! De ce point de vue, le facteur humain est clef dans la réussite ou pas d'une excursion ou activité touristiques. D'autant plus que maintenant on n'a plus le droit à l'erreur avec les multiples notes et commentaires qui circulent sur internet.

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