BlueNav se prive de la vitrine du CES 2022 pour présenter ses moteurs nautiques hybrides

La startup arcachonnaise BlueNav expose à La Tribune les raisons pour lesquelles elle a décidé d'annuler sa présence au Consumer Electronics Show de Las Vegas qui débute ce 5 janvier. Une opportunité manquée pour trouver des investisseurs internationaux, dont l'entreprise qui travaille à l'hybridation des systèmes motorisés nautiques pourraient avoir besoin pour amorcer une levée de fonds.

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BlueNav développe notamment une turbine d'hydrogénération permettant de diminuer la consommation en énergie thermique des bateaux.
BlueNav développe notamment une turbine d'hydrogénération permettant de diminuer la consommation en énergie thermique des bateaux. (Crédits : Maxime Giraudeau)

Pour une startup qui n'a même pas deux ans, s'envoler pour le Consumer Electronics Show de Las Vegas, grande messe internationale de l'innovation, c'est être soudainement propulsée en haut de l'affiche. Avec la possibilité de dénicher des investisseurs comme jamais. BlueNav, startup basée à Arcachon (Gironde) qui développe une motorisation électrique complétant les installations thermiques des embarcations maritimes, faisait pourtant partie des 23 représentants de Nouvelle-Aquitaine qui seront au CES du 5 au 8 janvier 2022. Avant de rétropédaler à cause du risque Covid.

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"On ne peut pas prendre le risque de se contaminer et de mettre en péril notre activité pour la nouvelle année qui s'ouvre, alors qu'on est submergé de boulot et que notre carnet de commande est plein." Une décision difficile à prendre "d'autant plus que nous avions une forte envie d'y aller, notamment pour trouver des investisseurs américains", explique Mathilde Gombeaud à La Tribune.

La présence à Las Vegas aurait constitué un fort risque de contamination au Covid-19 et à son variant Omicron selon l'équipe, qui préfère donc se concentrer sur sa dense activité déjà programmée.

Des moteurs hybrides pendant 20 ans ?

Et c'est finalement sans grand regret que la responsable d'équipe annonce le retrait de BlueNav, motivé aussi par le retrait des agents du conseil régional et par le faible engouement observé dans les salons nautiques d'Amsterdam et Paris à l'automne. Une décision franche mais qui pourrait retarder le développement de la jeune pousse qui table sur une levée de fonds de deux millions d'euros, idéalement pour le printemps prochain. Les financements recherchés doivent permettre d'embaucher ingénieurs et développeurs full stack tout en captant de nouvelles parts de marché auprès des chantiers navals et armateurs maritimes. Deux clients qui, en intégrant les moteurs électriques BlueNav à leur flotte, représentent 65% du marché de la startup.

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Si les moteurs électriques développés ne constituent pas une innovation technique en soi, ils n'ont pas non plus vocation à remplacer les moteurs thermiques. Du moins, pas encore. "Nous avons un peu la même stratégie que Toyota avec la Prius dans les années 1990", illustre Mathilde Gombeaud. "Le monde nautique a besoin d'une phase d'hybridation, qui pourrait durer une vingtaine d'années, pour faire passer la flotte des moteurs thermiques à l'intégration du tout électrique." Une transition pas évidente à mener, dans un univers marin très conservateur, où les bateaux ont une durée de vie de plus de 40 ans et dont les moteurs proviennent de l'industrie automobile. Sans compter qu'en mer l'autonomie des batteries électriques serait d'autant plus réduite par les aléas de la navigation (courants, houle, mauvais temps...).

"Tant que les coûts des batteries augmentent et que les performances stagnent, les bateaux resteront tous au thermique", tance Mathilde Gombeaud.

Entreprises de famille

C'est pour ces raisons que BlueNav, membre de la French Tech Bordeaux, a choisi de développer un système de motorisation complémentaire à l'équipement des embarcations. Grâce à des boîtiers apposés sous la coque et actionnés par des batteries, la startup est capable d'améliorer l'autonomie et la consommation des bateaux. Un système électrique qui ne remplace pas le thermique mais le complète, et comporte un logiciel de performance de navigation. "Le logiciel analyse le comportement de l'utilisateur et lui signale par un code couleur les économies qu'il pourrait réaliser en ayant recourt à la motorisation électrique", appuie la responsable d'équipe.

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La turbine s'adapte à différents types d'embarcations et n'intervient pas sur la motorisation thermique. (Crédits : BlueNav)

Les batteries utilisées sont fabriquées en France ou aux Pays-Bas et peuvent également provenir de la seconde main. BlueNav récupère en effet les blocs usagés des Renault Twizy. La startup, qui commercialise en BtoB, a convaincu plusieurs collectivités, dont Bordeaux Métropole ou la ville de Paris, d'équiper leur réseau de transport fluvial avec le dispositif d'Arcachon.

C'est d'ailleurs dans les anciens bâtiments des mareyeurs de la cité balnéaire que BlueNav et son équipe d'une vingtaine de salariés sont installés. Un lieu porteur de sens et qui permet surtout d'être adossé à l'entreprise E-nautic, fondée par Hervé Frouin, le père de Mathilde Gombeaud. En 2021, avec dix moteurs vendus à des particuliers et une quinzaine à des professionnels, la startup a sorti un chiffre d'affaires de 350.000 euros. L'équilibre économique pourrait être atteint en 2024 si 100 moteurs sont commercialisés chaque année d'ici là.

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Aux abords de l'ancienne criée d'Arcachon, on peut croiser davantage d'ingénieurs que de mareyeurs. (Crédits : Maxime Giraudeau)

Un défi ambitieux mais abordable dans un pays qui abrite le deuxième marché mondial de la plaisance. Il faudra pourtant engager une totale rupture d'usage chez les marins habitués aux motorisations actuelles et "comprendre qu'on ne navigue pas à l'électrique comme on le fait au thermique" cadre Mathilde Gombeaud. Pour diversifier cette transition, l'Arcachonnaise révèle aussi que son équipe travaille sur un sujet très actuel mais pas encore bien concret : l'hydrogène, et son application possible dans le monde marin. Nouvelles propulsions pour un marché tout juste ouvert.

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