Messagerie instantanée : les Bordelais de Done veulent brancher les entreprises

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Gilles Raymond est le PDG de l'application de messagerie instantanée Done, officiellement lancée ce 13 février 2020.
Gilles Raymond est le PDG de l'application de messagerie instantanée Done, officiellement lancée ce 13 février 2020. (Crédits : Done)
Communiquer, caler des réunions, partager des fichiers et lister des choses à faire. Simplifier et unifier ces quatre tâches chronophages au sein d'une unique application mobile, c'est le pari de Done qui est officiellement lancée ce 13 février. Imaginée à Bordeaux par les anciens de News Republic par le biais du design sprint, cette nouvelle application s'interface avec les multiples outils de gestion existants. Done vise 200 millions d'utilisateurs d'ici 2025 et a déjà levé 500.000 € auprès de business angels.

WhatsApp vient de l'annoncer ce 12 février : l'application de messagerie instantanée, créée en 2011 et rachetée par Facebook en 2014, a réuni plus de deux milliards d'utilisateurs l'an dernier. De quoi donner du grain à moudre à Gilles Raymond, ancien fondateur et dirigeant de l'agrégateur News Republic, qui est convaincu que la messagerie instantanée est promise à un brillant avenir, y compris dans le monde professionnel :

"La messagerie instantanée remplace petit à petit l'email dans le monde privé avec des outils comme WhatsApp, Viber, Wechat et Facebook messenger qui totalisent plus de 4,5 milliards d'utilisateurs dans le monde. Chez les moins de 25 ans, la bascule est quasi-généralisée parce que c'est plus réactif et plus interactif ! Ce qu'on constate dans le monde privé va se produire dans les entreprises et le cadre professionnel où les outils comme Slack et  Microsoft teams représentent seulement 40 millions d'utilisateurs."

Pour Gilles Raymond, désormais CEO de Done, il y a donc la place pour une application permettant d'interfacer les contacts téléphoniques, les calendriers, les partage de fichiers et les listes de tâche à effectuer. "Aujourd'hui, pour communiquer, caler des réunions, partager des fichiers et gérer une to-do list, on utilise au grand minimum dix logiciels différents qui, le plus souvent, ne se parlent pas. Nous proposons d'en utiliser qu'un seul sur le modèle d'une messagerie instantanée et sécurisée : Done. Notre critère différenciant c'est la simplicité, la rapidité", résume l'entrepreneur bordelais. Créée en 2018, la startup emploie 11 collaborateurs dont neuf sont installés à Bordeaux pour assurer tout le volet technique. S'y ajoutent deux profils commerciaux en Californie et au Mexique.

Captures d'écran Done

Captures d'écran de l'application Done (crédits : Done)

Business angels et design sprint

A l'instar de Whatsapp, Done fonctionne de pair à pair et ne stocke aucune donnée. Les conversations seront bientôt cryptées tout comme les sauvegardes et historiques de conversation. Développée pendant plus d'un an, Done s'est appuyée sur des soutiens financiers qualifiés et une méthode de conception originale. Côté financier, la jeune pousse a été soutenue par Bpifrance et le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine avant de lever 500.000 € auprès d'une poignée de business angels. Il s'agit notamment d'Eric Tholomé (senior director et product management chez Google, en Suisse), de Benjamin Orthlieb (directeur du développement corporate chez LinkedIn en Californie), d'Alexis Yazdiz, (PDG de l'éditeur français de jeux-vidéo Voodoo) et Thierry Vandewalle (associé au sein du fonds d'investissement français Isai).

Côté conception, l'équipe de Done, dont le noyau dur est constituée d'anciens de News Republic, a expérimenté une approche originale popularisée par un ancien designer américain de Google, Jake Knapp : le design sprint. L'idée est de passer en seulement cinq d'une problématique au test utilisateur d'un prototype.

"On a fait ça du lundi au vendredi avec l'équipe en 2018 en partant du concept de Done et des problèmes que nous souhaitions résoudre. On s'est appuyés sur des cas d'usage, des profils utilisateurs, la programmation d'un prototype et quelques bêta testeurs correspondant à nos cibles commerciales identifiées. En cinq jours, on avait un produit en ayant identifié nos fonctions clef et en en ayant rejeté d'autres. Cela a été un grand pas en avant", se souvient Gilles Raymond.

200 millions d'utilisateurs dans le viseur

Lancée officiellement ce 13 février sur iOS, Android et desktop sur un modèle totalement gratuit, Done devrait à nouveau lever des fonds pour grandir mi-2020 avant de déployer des fonctionnalités payantes à destination des entreprises, notamment un rôle d'administrateur des conversations. C'est ensuite ce modèle freemium qui est envisagé sans rentabilité à court terme. Soulignant la difficulté de l'exercice, Gilles Raymond espère atteindre 200 millions d'utilisateurs d'ici trois à cinq ans, en commençant en 2020 par les marchés français, américain et mexicain.

A Bordeaux, l'équipe devrait s'étoffer dans les prochains mois avec quatre recrutements prévus sur des profils d'ingénieurs et de développeurs. Mais plus largement, le dirigeant de Done est ouvert à des profils partout dans le monde : "Si on trouve un bon profil international de développeur, de designer ou de marketing installé à l'étranger, on aura aucun soucis à travailler à distance, notamment en utilisant Done", glisse Gilles Raymond.

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Où en est News Republic ?

Créée en 2008 à Bordeaux, la société News Republic propose des applications permettant d'agréger des milliers d'articles de presse en fonction des centres d'intérêt des internautes. L'entreprise a employé jusqu'à une trentaine de personnes à Bordeaux et a été rachetée par le groupe chinois Cheetah Mobile pour 57 M$ en 2016. S'en est suivie une déconvenue pour les équipes bordelaises avec une réorientation de l'activité vers les marchés américain et asiatique plus rémunérateurs. Résultat, en 2017, News Republic annonçait le licenciement de 26 de ses 29 salariés de son bureau bordelais et le départ de Gilles Raymond. Mais l'histoire ne s'est pas complètement arrêtée. News Republic fonctionne encore et compte toujours une poignée de salariés à Bordeaux. L'entreprise a entre-temps été revendue par Cheetah Mobile à un autre groupe chinois, ByteDance, pour 87 M$ fin 2017. ByteDance détient notamment le réseau social à succès TikTok.

Lire aussi : Dr. TikTok et Mr. Douyin : la stratégie de ByteDance pour calmer le régulateur américain

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