Where you love veut rendre la recherche immobilière moins pénible

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L'équipe de la startup bordelaise Knock, rebaptisée Where you love
L'équipe de la startup bordelaise Knock, rebaptisée Where you love (Crédits : Where you love / DR)
Anciennement baptisée Knock, la startup bordelaise Where you love vient de changer de nom et s'étoffe. Positionnée sur le complexe marché de la recherche immobilière, elle mise sur des offres mieux ciblées pour l'internaute car appuyées sur tous les paramètres qui influeront son choix : points d'intérêt autour du bien, temps de transports, etc. Sa nouvelle brique technologique vise à aider les porteurs d'un projet immobilier à se positionner plus rapidement sur des offres dans les marchés en tension.

Jules Romains et Omar Sy l'auront conduit à changer de nom. La startup bordelaise Knock vient de se rebaptiser en "Where you love", la faute à l'écrivain français auteur de la pièce "Knock où le triomphe de la médecine" et au célèbre acteur qui incarne le rôle-titre dans le film sorti en 2017. "Face à la popularité d'Omar Sy, c'était compliqué d'émerger dans les moteurs de recherche, sourit Alexandre Bonhomme, CEO cofondateur de la jeune pousse. Nous nous sommes aussi aperçus que les gens avaient du mal à orthographier correctement notre nom. Le dernier point est qu'une société américaine porte le même nom que nous et est aussi active dans l'immobilier. A terme ça aurait pu poser problème." Cette conjonction de trois facteurs a donc poussé Knock à adopter une nouvelle identité sans pour autant toucher à son ambition : "Rendre la recherche immobilière moins pénible."

Etudiant à Kedge Business School et stagiaire consultant en transformation numérique, Alexandre Bonhomme rencontre ceux qui vont devenir ses associés au sein de la société Bee my bees. Il profite ensuite d'une année de césure pour s'engager à fond dans ce qui va devenir Knock. A l'été 2017 sort une première version beta du site, conduisant à la création officielle de la startup en octobre après avoir réuni 200.000 € et avant d'aller faire un saut au CES Las Vegas afin de prendre le pouls de la concurrence. Une version plus complète est depuis sortie.

Après les rencontres et l'emploi, place au "matching" dans l'immobilier

Knock cherche avant tout à faciliter la recherche immobilière, souvent fastidieuse pour l'internaute qui cherche à trouver une location ou à acheter un bien. Loin des standards poussés par Le Bon Coin ou Seloger.com, qui misent sur la masse d'offres, la startup bordelaise mise sur la personnalisation et la parfaite adéquation entre les aspirations de l'internaute et les biens qu'elle lui propose, pour lui éviter de perdre du temps. En arrivant sur le site, un questionnaire doit être rempli, d'une durée de 3 à 5 minutes. Ce dernier permet de cibler très précisément les attentes de l'internaute, autour de plusieurs critères dont les caractéristiques du bien recherché, bien sûr, mais aussi toute une série de paramètres complémentaires qui influeront sur le choix, limitant de fait les visites inutiles. Par exemple :

  • Points d'intérêts autour du bien
  • Distance maximale entre le bien et le travail de l'acquéreur ainsi que celui de son conjoint
  • Modes de transports à proximité et possibilités de stationnement
  • Ecoles et temps de trajet pour s'y rendre
  • Présence de bars, restaurants, supermarchés, petits commerces... aux alentours
  • Quartier bruyant ou pas et confort de vie global
  • Fibre et qualité du réseau télécom
  • Accessibilité handicap

L'algorithme demande ensuite à l'internaute s'il préfère favoriser le prix ou l'emplacement avantageux et fait ensuite ses calculs, grâce notamment aux informations d'Open Street Map et Google Maps, pour ne faire remonter que les annonces qui sont en ligne avec les attentes. Il va par exemple repérer sur Internet la présence de bars à proximité et le nombre d'événements qu'ils organisent, pour évaluer parmi d'autres critères le dynamisme d'un quartier.

Where you love

Where you love s'appuie sur les offres transmises par les agents immobiliers indépendants, agences franchisées et promoteurs partenaires (de 5 € à 30 € l'abonnement par mois selon les cas, 50 € par prospect apporté pour les promoteurs). Pour les professionnels, la startup "nettoie le terrain" en quelque sorte : elle écarte les curieux et fait en sorte d'amener les locataires ou acquéreurs potentiels vers des offres qui correspondent réellement à leurs diverses attentes.

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Paradoxalement, Where you love se revendique plus comme une société de technologie que comme un acteur de l'immobilier. La plupart des membres de son équipe (10 personnes, stagiaires inclus) sont des profils techniques autour d'un doctorant en deep learning. L'ex-Knock n'est pas tombée dans le piège de nombre de startups qui poussent la R&D très loin sans sortir de MVP, minimum viable product, en optant pour une solution duale à deux algorithmes : un en production et l'autre en R&D. Le premier, grâce à TensorFlow, l'outil open source d'apprentissage automatique développé par Google, fait tourner le site au quotidien ; le second est un projet au long cours associant machine learning et deep learning. Le premier est alimenté par le second dès que de nouvelles briques sont prêtes.

Des mails automatiques pour être au sommet de la pile des dossiers

Après s'être attaquée aux questions d'expérience utilisateurs dans la recherche immobilière, Where you love vise maintenant à répondre à un second enjeu, qui correspond aussi à la diversification de son modèle économique : la tension immobilière constatée dans certaines villes. Bordeaux et son agglomération en sont un exemple parfait : la demande est forte et les dossiers qui s'empilent sur les bureaux des agents très nombreux, alors que les biens sont rares et partent très vite. La seconde partie de Where you love, officialisée aujourd'hui, se positionne sur ce créneau : moyennant un abonnement de 9,99 € à la semaine et sans engagement, réglé par l'internaute, la machine envoie automatiquement un mail à l'agent concerné pour solliciter un rendez-vous dès qu'un nouveau bien dépasse un certain taux de correspondance à la demande paramétrée en amont. Le mail comprend également les pièces justificatives nécessaires, enregistrées au préalable sur la plateforme. L'automatisation du processus permet à l'internaute de voir son dossier sur le haut de la pile... et donc de maximiser ses chances.

Une logique inverse aux gros acteurs du secteur

Face à des rivaux de la stature de Seloger.com et Le Bon Coin sur le marché français, bien plus puissants et donc tout à fait capables de se positionner sur le segment de marché visé par Where you love, Alexandre Bonhomme ne s'affole pas :

"Ces deux acteurs gagnent de l'argent grâce à la diffusion d'annonces payantes et sur la publicité qui s'affichent sur leurs sites. Leur objectif commun n'est pas que l'internaute aille rapidement au bout de son processus d'achat ou de location, mais au contraire de lui faire passer un maximum de temps sur ces sites. Notre choix est différent : on ne vend pas des espaces publicitaires mais du service, quelque chose qui fait gagner du temps autant à la personne qui porte un projet immobilier qu'au professionnel. En optant pour cette stratégie, Seloger ou Le Bon Coin tueraient leur modèle économique."

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D'ailleurs, contrairement à toute une série de startups qui entendent chacune "ubériser" la profession d'agent immobilier voire la supprimer, Where you love mise plutôt sur les synergies. "Déjà, je ne veux pas mettre au chômage toute une partie de la population active française, sourit Alexandre Bonhomme. Faire s'effondrer une profession, tenir huit ans ou plus en levant et dépensant des millions pour devenir rentables et commencer à générer de la marge, ce n'est pas du tout notre stratégie." Le dirigeant voit l'horizon se dégager : après une dizaine d'années sans que la recherche immobilière ait vraiment évolué, la question de la notation et du matching semble mieux acceptée, notamment par les jeunes générations.

Sans aller jusque dans les extrêmes décryptés par la série Black Mirror par exemple dans son épisode Nosedive, où les citoyens sont notés - fiction devenant réalité en Chine par ailleurs -, les sites de rencontre puis ceux dédiés à l'emploi ont popularisé la question de l'affinité définie par une machine. Where you love veut maintenant surfer cette vague. La startup bordelaise, accompagnée pour ses premiers pas par la technopole Technowest et dorénavant hébergée à l'incubateur de Kedge Business School, bouclera d'ici novembre une levée de fonds d'un million d'euros. L'objectif est double : investir fortement dans le marketing pour changer d'échelle, et s'entourer d'investisseurs issus des univers de la technologie et de l'immobilier.

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