Fabzat stoppe l'aventure

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(Crédits : DR)
La startup bordelaise Fabzat a été placée en liquidation judiciaire fin février. Un repreneur américain s'est positionné pour racheter la technologie et les logiciels de la société, spécialisée dans la fabrication via impression 3D de produits dérivés issus de l'univers des jeux vidéo. Son fondateur Florent Pitoun revient pour La Tribune sur l'histoire de l'entreprise et sur sa stratégie.

Créée il y a 5 ans à Bègles, à côté de Bordeaux, Fabzat proposait aux éditeurs de jeux vidéo un plugin permettant aux joueurs de commander directement des produits dérivés (des figurines notamment) en quelques clics, directement depuis le jeu en question. Figurines ensuite imprimées en 3D dans les ateliers de la startup puis expédiées partout dans le monde. Le 28 février dernier, l'aventure s'est arrêtée avec un placement en liquidation judiciaire. Derrière cet échec, "il y a principalement deux raisons", expose Florent Pitoun, fondateur de Fabzat :

"La première est que nous avons essayé de créer un marché, ce qui est toujours très compliqué. Notre modèle de distribution était axé sur le BtoB : les éditeurs de jeux devaient intégrer un plugin permettant la commande de figurines à la volée dans leur jeu. Mais les éditeurs manquent toujours de temps : soit ils n'intégraient pas le plugin avant la sortie du jeu par manque de temps précisément, soit c'était au dernier moment et le taux de conversion en ventes était trop faible. Une stratégie BtoC aurait été beaucoup plus coûteuse. La seconde raison, c'est qu'une levée de fonds de 3 à 5 millions d'euros nous aurait permis de faire une acquisition aux Etats-Unis et d'être présent sur ce marché immense mais il nous aurait fallu des indicateurs de progrès constants. Nos metrics n'étaient pas assez puissantes."

La joint-venture chinoise préservée

La liquidation est donc arrivée. Fabzat a failli trouver un repreneur entre temps mais "cette société, qui levait entre 25 et 30 millions de dollars, a manqué son tour de table. On a donc préféré déposer le bilan." Depuis un autre acteur s'est manifesté. Une entreprise américaine réalisant 40 millions de dollars de chiffre d'affaires qui était à la recherche d'un module lui permettant de fabriquer à la demande. Précisément ce que propose Fabzat. Les logiciels, le matériel et certains contrats de la startup béglaise devraient être repris. "A la fin nous étions 7 à Bordeaux : tout le monde a retrouvé quelque chose, souligne Florent Pitoun. La joint-venture que nous avons créée en Chine n'est pas affectée et continue sa vie."

Forcément, l'heure est au bilan. Sur l'étagère des fiertés, Florent Pitoun range "le fait d'être parti, il y a 5 ans, d'un néant technologique et logiciel et d'avoir réussi en 10 mois à bâtir une offre qui marchait bien. La fierté aussi d'avoir constitué une belle équipe. Et le lancement de notre joint-venture en Chine, qui a pris beaucoup de temps." Un pays qui ne cesse de surprendre le dirigeant :

"Quand je vais à Shenzen, j'ai l'impression de voir la prochaine Silicon Valley. Il y règne une effervescence considérable et j'y ai également trouvé un respect de la propriété intellectuelle dont certains en Europe feraient bien de s'inspirer. La population y a une vraie force de travail et de consommation. Un Chinois consomme autant qu'un Américain en matière de jeux vidéo alors que ses revenus sont deux à trois fois moindres."

Un regret ? "Se faire racheter par un éditeur de jeux vidéo aurait tué la valeur de Fabzat, qui justement proposait sa solution à de nombreux acteurs de l'industrie. Mais une reprise par un distributeur de l'univers du jeu vidéo aurait fait sens. Cela ne s'est pas fait car les distributeurs avaient leurs propres soucis à ce moment-là."