Christina Boixière, la tech au service des globetrotteuses

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Christina Boixière, fondatrice de La Voyageuse
Christina Boixière, fondatrice de La Voyageuse (Crédits : Agence Appa)
Sécuriser les voyageuses en solo et impulser de nouveaux comportements pour arpenter la planète, c'est le projet porté par Christina Boixière, Taïwanaise férue de nouvelles technologies qui a déjà posé sa valise aux quatre coins du monde. Lauréate du Global Startup Weekend Women à Bordeaux il y a quelques semaines, elle lance en avril la version bêta de sa plateforme La Voyageuse.

"J'ai rarement rencontré mes hébergeurs lors de séjours à l'étranger, il n'y avait pas vraiment de lien social. C'est justement ce lien un peu perdu dans la société que l'on souhaite recréer avec La Voyageuse", explique la fondatrice Christina Boixière. Une histoire qui commence en Thaïlande alors qu'elle n'a que 18 ans, lors de son premier voyage "en solo", comme elle aime à le préciser. Derrière des souvenirs grisants collectés dans plus de 30 pays à travers le monde, elle avoue avoir rencontré bon nombre de femmes envieuses de sa position mais effrayées à l'idée de se lancer seules dans l'aventure. Comme plusieurs de ses amis, Christina a déjà été confrontée au harcèlement et souhaite désormais "aider les femmes à réaliser leurs rêves de voyage".

Une idée qui continue de germer dans sa tête alors qu'elle suit à Londres un MBA Management des industries créatives. "J'ai ça dans le sang, mes deux parents sont entrepreneurs. Il y avait vraiment un créneau dans le marché et j'ai demandé aux gens de mon entourage leurs avis." À 34 ans, la jeune femme conçoit l'entrepreneuriat au féminin comme un avantage "car il n'y a pas beaucoup de femmes qui ont réussi dans ce domaine, et il en faut beaucoup plus. Afin qu'elles fassent le premier pas, qu'elles se mettent en action". Mais cela ne l'empêche pas de rester consciente des difficultés auxquelles sont confrontés les porteurs de projets, comme le sentiment de solitude et la difficulté à trouver les bonnes personnes pour monter son équipe. "Je choisissais les gens en fonction de leurs parcours professionnels, alors que le caractère et la personnalité comptent aussi beaucoup. Je suis très heureuse de dire que nous formons aujourd'hui une belle équipe, tous passionnés par le voyage en solo."

Passée par des startups à Birmingham et Londres, Christina Boixière endosse pour une multinationale spécialisée dans la vente d'ordinateurs le poste de directrice commerciale Europe. Forte de treize années d'expériences professionnelles, elle choisit Bordeaux pour fonder La Voyageuse, car "l'écosystème pour les startups y est vraiment très avancé". Et cette volonté d'entreprendre a été confortée par "deux superbes expériences que sont les Startup Weekend Bordeaux". L'occasion de challenger La Voyageuse et de recevoir des retours positifs qui l'ont poussé à développer son projet : "Nous sommes aujourd'hui incubés par Les Première, très connues dans les réseaux féminins".

Réinventer la place des voyageuses dans la société

La plateforme souhaite offrir à ses voyageuses et hébergeuses un véritable réseau de confiance :

"Il y aura des contrôles d'identité, des réseaux sociaux et des adresses postales mais aussi des appels téléphoniques avec les hébergeuses pour vérifier leurs intentions. Nous voulons être sûrs qu'il n'y est pas d'usurpation d'identité car les faux profils sont très communs sur les plateformes. Nous menons aussi des enquêtes de satisfaction."

C'est un véritable esprit de communauté sécurisée et féminine qui devrait se propager sur la plateforme, notamment grâce à un système d'ambassadrices localisées autour du globe. "C'est plus qu'une hébergeuse, c'est une amie que vous aurez rencontrée via la messagerie. Si elle vient vous attendre à l'aéroport, un lien sera déjà créé." Un système novateur et dans l'air du temps, car de plus en plus de femmes voyagent seules selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), pour un total qui aurait doublé entre 2014 et 2016. "Beaucoup de femmes sont en colère par rapport à leur place dans la société, j'ai reçu des mails de femmes qui m'avouaient avoir trouvé leur place en lisant le blog et les discussions de nos voyageuses", poursuit la dirigeante. Une situation qui a donné à Christina Boixière l'envie d'utiliser une grande part des bénéfices de la plateforme pour venir en aide aux associations soutenant l'égalité des genres. Elle revient ainsi sur la libération de la parole des femmes mais ne souhaite pas non plus créer un mur entre les deux sexes, expliquant la nécessité de concevoir une équipe mixte : "30% des membres de notre groupe Facebook sont d'ailleurs des hommes. Ils souhaitent aussi que leurs copines voyagent en sécurité, je sais que La Voyageuse colle vraiment bien avec tout ce qui se passe aujourd'hui dans la société."

Le voyage à portée de toutes

Lancée au mois d'avril, La Voyageuse va tester sur ses utilisatrices un panel de fonctionnalités qui permettront d'échanger avec des femmes du bout du monde pour organiser leurs voyages. On retrouvera diverses fonctionnalités telles que "hangout", "conseil " ou encore une messagerie. Sur une base de 119 € par an, les utilisatrices de la plateforme bénéficieront d'un abonnement premium qui leur ouvrira les portes de cette communauté. Une voyageuse pourra alors demander des hébergements sans limites.

Le modèle économique rendrait La Voyageuse rentable au-delà des 2.000 abonnements. Avec un marché en constante augmentation, la Chine est un enjeu majeur pour le développement de sa startup.

"Je parle la langue, j'ai vécu et travaillé à Taïwan et je connais le marché chinois. À Bordeaux, j'étais chargée de développer pour une entreprise des partenariats en Asie. Les Asiatiques rêvent de voyager en solo dans l'Hexagone, c'est pour cela que nous recherchons en priorité des hébergeurs sur le territoire français avant d'ouvrir notre marché vers l'Asie, les États-Unis et le Canada."

Dans un premier temps, la plateforme devrait être accessible en français puis en anglais et chinois car la France, l'Amérique du Nord et la Chine sont les trois principales destinations touristiques. Cependant, l'équipe de La Voyageuse envisage aussi de développer d'autres langues en fonction de destinations potentielles qui ouvriront. Et lorsqu'on expose à Christina la réticence que pourraient montrer certaines à devenir hébergeuses en France, elle se défend : "Beaucoup de monde me demande pourquoi les hébergeuses ont envie de l'être. J'ai commencé un jour à héberger quelqu'un chez moi, j'ai changé sa vie. Ma générosité l'a sorti de son désespoir. Aider, être généreux, faire découvrir ma culture et en découvrir une autre est une récompense qui n'a pas de prix." De quoi nouer de belles amitiés à l'autre bout du monde sans forcément avoir l'âme d'une aventurière.

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Commentaires
a écrit le 30/04/2019 à 11:30 :
En septembre sur les routes, pour une nouvelle vie,
je salue votre initiative et votre entreprise.
Je serai ravie de faire parti de l'aventure de "La voyageuse" très prochainement.
A très bientôt.
a écrit le 29/04/2019 à 12:28 :
voyager seule c'est un état d'esprit c'est pas parce qu'on va avoir un hébergement gratuit qu'on va plus voyager seule . J'ai toujours voyagé seule! je n'ai pas eu de pb dans les hébergements meme si j'ai fait du couch surfing ...par contre y'a des tas de pays où règne l'islamisme ou je n'ai plus envie d'aller car alors je ne me sens pas en sécurité en étant seule ........tel est le monde d'aujourd'hui..
Je pose la question pourquoi celle qui héberge n'a pas de dédommagement ?
a écrit le 17/03/2018 à 12:57 :
Bravo pour cette idée géniale!
A 63 ans je voyage seule et je confirme que la préoccupation majeure c'est la sécurité des hébergements.Pas particulièrement craintive, plutôt confiante en la nature humaine,cela dit grâce à LA VOYAGEUSE je serai complétement rassurée, elle répond exactement à mes attentes .
je serai bien sûre une hébergeuse, ravie de faire de belles rencontres.

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