"L'écosystème numérique bordelais est assez équilibré"

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Willy Braun, membre du board de France Digitale
Willy Braun, membre du board de France Digitale (Crédits : France Digitale)
France Digitale, qui fédère acteurs de l'entreprenariat numérique, startups et investisseurs, est lancée dans un tour de France qui a fait étape à Bordeaux. L'occasion d'aborder avec son représentant Willy Braun l'extension du décret Montebourg à l'intelligence artificielle, au stockage des données... qui cristallise de nombreuses inquiétudes, et son ressenti sur l'écosystème bordelais.

Après Paris, Nice et Grenoble, France Digitale a fait étape à Bordeaux pour une nouvelle étape de son tour de France. Objectif : favoriser les rencontres entre startups et investisseurs et sonder les écosystèmes locaux pour faire émerger des problématiques communes. Cofondateur du fonds d'investissement Daphni, fonds de capital-risque qui investit dans des startups numériques à l'ambition internationale, Willy Braun a été le délégué général de France Digitale. Il en est toujours membre du board. De passage dans la capitale girondine, il répond à La Tribune.

Quel est votre regard sur l'écosystème bordelais ?

"De loin, on aurait tendance à se dire que l'écosystème a de vraies dominantes, comme la e-santé, mais quand on observe les levées de fonds réalisées, on se rend compte qu'il y a un peu de tout et que cet écosystème est assez équilibré. Si on regarde ce qui se passe à Nantes, Lilles, Toulouse, les montants levés à Bordeaux sont un peu inférieurs, avec un nombre d'opérations légèrement supérieur. L'enjeu est bien sûr d'attirer encore davantage de capitaux, pour créer plus de champions, depuis toutes les villes françaises, et France Digitale est très impliquée sur ce sujet."

La quasi-totalité du board de France Digitale est composée d'entrepreneurs parisiens. Comment éviter que l'association soit réduite à une "Ile-de-France Digitale" ?

"Mon opinion est que l'ancrage géographique est finalement assez peu important lorsque l'on parle de startups, il y a bien plus de points en commun entre des startups à Paris et en dehors de Paris qu'il n'y a de différences. Instaurer des « quotas » ne serait donc pas forcément utile, et pourrait être contre-productif, à trop se concentrer sur les différences et se battre sur les sujets qui ne sont pas les plus stratégiques et structurants, en particulier la croissance et l'internationalisation. Que l'on soit de Bordeaux ou de Paris, les problématiques sont globalement les mêmes. Et vous l'aurez remarqué, la co-présidente de France Digitale vient de Montpellier. Les tours de France que nous organisons servent également à donner la parole aux différents territoires."

Edouard Philippe a annoncé l'extension du décret Montebourg à de nouveaux secteurs : cela impliquerait un aval de Bercy pour que des investisseurs étrangers puissent prendre une participation dans des entreprises de l'intelligence artificielle, du spatial, du stockage des données et des semi-conducteurs. Sur le coup, France Digitale a vivement réagi. Avez-vous avancé ?

"Nous avons été reçus par les équipes du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et du secrétaire d'Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, et nous avons le sentiment d'avoir été écoutés. Que l'Etat ait un œil sur certains actifs stratégiques ne nous choque pas. Ce sont les modalités d'action et le périmètre concerné qui nous inquiètent, car tout est encore très flou. Sans compter le fait que les investissements internationaux dans les startups françaises sont cruciaux. Mais le gouvernement a très vite réagi."

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Vouloir réduire l'intelligence artificielle, par exemple, à un secteur a-t-il encore du sens alors qu'elle est aujourd'hui partout ?

"L'association France Digitale a justement été créée sur cette idée que le numérique n'est pas une filière à part entière. C'est un sujet qui reste toujours complexe et il arrive fréquemment de structurer son approche de politiques publiques sous forme de filières, alors qu'il ne le faudrait pas, lorsque l'on cherche à déterminer et préciser des périmètres."

Lors de sa visite à Bordeaux en décembre dernier, le secrétaire d'Etat au numérique Mounir Mahjoubi a rencontré plusieurs startups. Toutes lui ont fait part de leurs difficultés à travailler avec les grands groupes français dès qu'elles se placent sur de la co-vente. Quelle est votre position sur le sujet ?

"C'est un symptôme du fait que l'innovation drive encore beaucoup de peur chez ces grands groupes, et débouche à une recherche de limiter les menaces plutôt qu'à rechercher et investir sur des opportunités. Pour illustration, le baromètre French tech montre que les grandes entreprises ne dédient que 0,1% des budgets globaux aux startups plutôt qu'aux acteurs établis, présentant des solutions plus sûres. L'autre symptôme, c'est le très faible niveau de rachats de startups par les membres du CAC40, par rapport à ce qu'on peut constater aux Etats-Unis. Globalement, une chose a beaucoup changé, c'est la meilleure appréhension de l'écosystème startups par ces grands groupes. Les relations sont plus sérieuses. Le rapport de force n'est pas équilibré mais ça s'améliore."

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