French Tech : entre grands groupes et startups, les relations s'améliorent

 |   |  970  mots
Agnès Grangé, déléguée régionale du Groupe La Poste en Aquitaine, est membre du comité stratégique de pilotage de French Tech Bordeaux, plus spécifiquement en charge des relations entre les grands groupes et les startups.
Agnès Grangé, déléguée régionale du Groupe La Poste en Aquitaine, est membre du comité stratégique de pilotage de French Tech Bordeaux, plus spécifiquement en charge des relations entre les grands groupes et les startups. (Crédits : Agence Appa)
[Dossier spécial French Tech Bordeaux] Après s'être regardés, méfiants, en chiens de faïence, après une période compliquée où les gros et les petits ne marchaient pas du même pas, les relations semblent aller mieux entre les grands groupes et les startups. SNCF, La Poste, ERDF... les appels à projets portés par des structures aux reins solides se multiplient et offrent de belles opportunités aux jeunes pousses.

Agnès Grangé évoque rien moins qu'un "changement anthropologique et sociétal". Le numérique bouleverse nos vies, nos usages, nos entreprises. La déléguée régionale du Groupe La Poste en Aquitaine, membre du comité stratégique de pilotage de French Tech Bordeaux et plus spécifiquement en charge des relations entre les grands groupes et les startups, souligne à raison l'incroyable rapidité de ces changements et se félicite de certains changements de mentalité.

 "Oui, les grands groupes changent, affirme-t-elle. Plus ils sont gros et moins il leur est facile de s'adapter mais tous ont besoin de challenger leurs modèles. La collaboration avec des startups, plus petites, plus agiles, est bénéfique pour tout le monde. On pourrait même dire que ne pas travailler ensemble serait une erreur économique."

 >> Lire notre dossier spécial bilan de French Tech Bordeaux

Dans l'optique de défricher de nouvelles voies, ces rapprochements peuvent prendre plusieurs formes. Il y a ceux qui choisissent de fonder leur propre accélérateur de startups, comme Allianz, le Crédit agricole avec le Village by CA en cours de déploiement dans les métropoles françaises, ou La Poste avec son programme Start'in Post. La SNCF vient d'annoncer installer un accélérateur à Toulouse dédié aux objets connectés.

Un peu plus d'ouverture

Il y a aussi ceux qui lancent des appels à projet pour faire émerger des pépites. ERDF et ses directions régionales ont par exemple lancé un concours national. En Aquitaine et Midi-Pyrénées, on imagine ainsi le technicien 3.0, ses missions et ses outils.

Gilles Capy, directeur d'ERDF Sud-Ouest, présente l'appel à projet du technicien 3.0.

De son côté, le groupe La Poste a mis en place en mai dernier le programme "French IoT" de soutien à l'innovation dans l'Internet des objets associant startups et pôles de compétitivité. Très ouvert, ce programme est assez révélateur de l'état d'esprit qui commence à se diffuser. Concrètement, il vise à sélectionner et animer une communauté de 100 startups connectées au Hub numérique d'ici fin 2015 et à soutenir proactivement une quinzaine d'entre elles avec l'aide de l'une de ses branches ou d'autres grandes entreprises. Le groupe met à disposition sa plateforme universelle de référence de gestion d'objets et services connectés : le Hub numérique. Les participants à "French IoT" pourront ainsi tester leurs objets connectés, développer de nouveaux usages ou services et tester de nouveaux modèles économiques.

"La Poste est un tiers de confiance, il n'est donc pas illogique que le groupe s'investisse dans ce type d'initiatives, illustrer Agnès Grangé. Nous avons besoin de services développés ailleurs, de faire converger des compétences et de miser sur l'intelligence collective. Dans le cadre de "French Iot", si le projet nous intéresse directement car il fait partie de notre cœur de métier, ça a du sens de le flécher vers notre accélérateur. S'il n'est pas dans notre cœur de métier mais qu'un autre sponsor qui n'est pas La Poste le soutient, on va le pousser malgré tout et peut-être l'emmener vers une autre structure d'accompagnement."

De la preuve de concept
plutôt que du financement

"Contrairement à ce que l'on peut penser, ce qui manque, ce n'est pas du financement, c'est la première preuve de concept commercial, résume Philippe Bourdier, délégué innovation de Bpifrance Aquitaine. Les grands groupes sont à même d'apporter cette étape cruciale aux startups et dans ce cas de figure, l'effet de booster est largement supérieur à celui d'un crédit."

Attention toutefois à tout excès d'angélisme.

"Ça reste hétérogène, estime Mathieu Llorens, directeur général dl'ETI (entreprise de taille intermédiaire) AT Internet (mesures de l'audience et services associés - Mérignac). Il y a des groupes qui font de très bonnes choses comme La Poste et ERDF, des gens comme Orange qui ont une forte légitimité, d'autres qui prennent des initiatives comme Accor, et d'autres qui suivent la mode."

Du "Startup washing" ?

En somme, l'équivalent d'un "startup washing" sur le modèle du green washing ?

"Il y a beaucoup de com' mais il y a aussi des démarches sincères, estime de son côté Vincent Prêtet, fondateur de l'accélérateur de startups bordelais 33Entrepreneurs. La plupart des startups vont mourir, elles le savent. Les grands groupes aussi ; mais eux ne le savent pas ou ne l'ont pas bien intégré. Souvent, on constate que le top management a conscience de ces enjeux, s'intéresse aux startups, a envie de travailler avec elles. Mais le discours a du mal à descendre jusqu'en bas, là où se jouent les relations. L'enjeu, c'est que les bases des grands groupes et des banques suivent ce message qui arrive du sommet de la pyramide. Cela nécessite aussi des ressources internes importantes. Danone a ainsi fait l'expérience, puis a abandonné. Un accélérateur coûte entre 2 et 5 millions d'euros par an. Au début c'est pris sur le budget com', après..."

Selon Thomas Baudin, directeur délégué de la French Tech Bordeaux, les choses avancent toutefois dans le bon sens :

"Aujourd'hui, ceux qui vont entraîner le plus fort l'écosystème, ce sont les grands groupes, affirme-t-il. La mutation prendra du temps, mais il y a de leur part une vraie prise de conscience. Elle s'explique par le fait qu'ils intègrent les risques qui pèsent sur eux dans un monde où le numérique transforme tout, et, je le dis sans mièvrerie, parce que tous les acteurs comprennent qu'ils ont besoin les uns des autres. Maintenant, il faut que ces relations se transforment en business."

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :