French Tech Bordeaux, le bilan de 8 mois de labellisation

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La 2e vague de labellisation a distingué 8 nouveaux territoires French Tech.
La 2e vague de labellisation a distingué 8 nouveaux territoires French Tech. (Crédits : Rémi Benoit)
L'Etat vient de publier une seconde vague de villes labellisées French Tech. C'est donc l'occasion de faire le point, huit mois après la labellisation de la métropole bordelaise. La Tribune - Objectif Aquitaine va décrypter les récents mouvements de fond qui impactent l'économie à travers une série d'articles. Premier volet de notre série avec un premier bilan et l'interview du directeur délégué de la French Tech Bordeaux Métropole, Thomas Baudin.

C'était le 12 novembre 2014. Huit mois de labellisation plus tard, quel bilan tirer pour la French Tech Bordeaux ? De l'intérieur, les commentaires sont plutôt positifs. "Dans un univers en plein bouleversement, le mouvement prouve sa pertinence en fédérant une communauté, en poussant la mise en réseau", résume son directeur délégué dans la métropole bordelaise, Thomas Baudin, dans une interview exclusive.

>> Lire l'interview de Thomas Baudin

"French Tech est avant tout là pour être un catalyseur d'initiatives et pour rassembler les énergies. En règle générale, les choses peuvent facilement s'essouffler mais nous constatons ici une véritable dynamique qui devrait perdurer avec l'émergence de nouveaux projets comme les accélérateurs et la Cité numérique", appuie Jérôme Le Feuvre, directeur général de la startup bordelaise News republic (application agrégeant des articles de presse en fonction des centres d'intérêt des internautes).

Déléguée régionale du groupe La Poste à Bordeaux, membre comme Jérôme Le Feuvre du comité stratégique (lire en fin d'article) qui pilote French Tech Bordeaux, Agnès Grangé se dit également satisfaite du travail accompli :

"Le principal bénéfice, c'est d'avoir montré que Bordeaux est une place qui compte dans le numérique. J'ai ressenti un changement : l'écosystème s'est révélé au plan local comme au plan national, les gens se disent que ça bouge sur ce front à Bordeaux."

Vu de l'extérieur, le verdict semble aussi positif :

"Je ne sais pas s'il y a eu un avant et un après labellisation, argumente Philippe Bourdier, délégué innovation à Bpifrance Aquitaine. Cela fait environ deux ans que l'on note une évolution notable du dynamisme de l'économie numérique dans la métropole bordelaise. Je pense que cette labellisation a surtout servi à mettre en lumière un écosystème bien plus riche que beaucoup le pensaient et permis à des gens qui ne parlaient pas publiquement de communiquer ensemble. Les projecteurs se sont braqués sur des projets non technologiques, relevant de l'innovation d'usage par exemple, ce qui est une très bonne chose.
L'autre élément que je trouve bluffant, c'est que pour une fois une dynamique s'est enclenchée alors que les pouvoirs publics ont laissé la main aux entrepreneurs. Ceci montre que des initiatives sont possibles sans injecter des milliards d'euros."

Démonstration French tech à Bordeaux en avril à la CCI

Les manifestations de la French Tech Bordeaux ont systématiquement fait le plein (archives Agence Appa)

Nombreuses initiatives

Les huit mois précédents ont été marqués par des actions très diverses : lancement de la commercialisation de la Cité numérique à Bègles, bâtiment destiné à devenir un véritable totem ; émergence de deux accélérateurs, 33 Entrepreneurs et Héméra (en cours de création) ; premiers pas de la newsletter de La French Tech Bordeaux recensant l'actualité de ses membres et les informations qui leur sont utiles (appels à projets, etc)...

French Tech n'a pas vocation à irriguer le tissu économique d'argent frais. Le volet financier n'est toutefois pas absent, avec notamment les bourses French Tech. En 2014 et 2015, "un total de 776.600 € a été attribué à 35 projets pour un montant moyen de 22.100 € par dossier", annonçait récemment Bordeaux Métropole, qui porte le dossier French Tech au plan local. Le financement des entreprises et la structuration de la filière sont plus à chercher du côté du Conseil régional, qui mobilise près de 6,7 millions d'euros par an à destination du numérique, qui est également le plus gros financeur du cluster Digital Aquitaine et qui vient de clore son appel à manifestation d'intérêt sur le numérique.

>> Lire : French Tech, quid du financement ?

Thomas Baudin et son équipe ont dans leurs cartons plusieurs projets, avec notamment la constitution en cours d'une base de données sur les startups de la métropole bordelaise, ouverte à tous ceux qui souhaitent la consulter.

"Après la labellisation, nous sommes maintenant dans le temps de l'action, résumait Virginie Calmels, adjointe au maire de Bordeaux en charge de l'Economie, de l'Emploi et de la Croissance durable, conseillère métropolitaine, juste avant la 2e édition des Rencontres des entrepreneurs. Nous poursuivons sur nos 5 axes : l'amélioration de la visibilité de l'écosystème, la mise en place d'accélérateurs de startups privés, un accès plus aisé aux marchés publics, la formation et l'attraction vers notre territoire de talents, et le rayonnement international."

Pour Agnès Grangé, "il faut maintenant que l'on apprenne comment co-construire des projets, comment créer ensemble du business, du développement économique, des emplois, comment industrialiser tout cela."

Des écueils à éviter

De son poste privilégié d'observateur à Bpifrance, Philippe Bourdier voit deux écueils se profiler :

"Pour le moment, le mouvement est un peu "cornaqué" par le numérique alors qu'il est plus global que cela. La deuxième étape consiste maintenant à agglomérer d'autres filières comme le laser. Le second écueil n'est pas forcément spécifique à l'Aquitaine : la région accueille de nombreuses startups nées à Paris et qui, noyées dans la masse, viennent chercher ici un regard différent, des partenaires accessibles. Mais il faut aussi réussir à attirer dans nos filets des entreprises plus structurées."

Ce dernier point est crucial.

"Nous constatons que Bordeaux n'est pas encore assez identifiée comme une capitale européenne du numérique, estime Jérôme Le Feuvre de News republic. Il y a sans doute une carte à jouer en capitalisant sur notre cadre de vie, une donnée qui fut un des fondements de la naissance de l'écosystème numérique en Californie, sur la qualification importante de nos employés grâce à des formations de très bon niveau, et sur une meilleure connexion au reste du monde en termes de transports. Il est important que Bordeaux attire des créateurs d'entreprise mais aussi se donne les moyens d'accompagner des champions européens ou mondiaux des nouvelles technologies, qu'ils soient nés ici ou qu'ils viennent s'y installer pour se développer."

Dans notre région 4 foyers sur 5 possèdent un ordinateur et 79% des Internautes se connectent tous les jours à internet

Les développeurs sont des profils extrêmement prisés et les meilleurs font l'objet d'une vive bataille (archives Rémi Benoit / Objectif News).

A la pêche aux géants

Lui aussi membre du comité stratégique de French Tech Bordeaux, Mathieu Llorens, directeur général d'AT Internet (Mérignac, mesures d'audience et de performances des sites web), apporte un regard nuancé :

"Dans notre secteur, la plus grosse bataille, c'est celle des talents. Il ne faut pas s'emballer. Si demain une entreprise du numérique ouvre 600 postes à côté de chez moi, je ne serai pas ravi ! L'important, c'est l'université, les écoles, le but n'est pas que l'on devienne un sous-traitant d'Amazon ou d'un autre géant qui ne feront bosser personne du coin. Si de gros acteurs arrivent, ça renforcera l'attractivité de Bordeaux, ça créera de l'emploi mais ça génèrera aussi des tensions. Rappelons qu'il n'y a pas un endroit dans le monde où le développement coûte plus cher qu'en Californie."

PDG fondateur du groupe bordelais ConcoursMania, président de l'association Bordeaux Entrepreneurs, Julien Parrou est lui aussi très impliqué au sein de French Tech Bordeaux.

"Historiquement, la ville a attiré des cadres, puis des entrepreneurs qui en avaient assez de Paris, rappelle-t-il. Mais nous n'avons pas véritablement attiré de startups. Pour ce faire, il faut des éléments objectifs, qui sont le cadre de vie, le vivier de compétences... mais aussi un truc en plus, le financement. Le fait que des accélérateurs de startups se créent est donc une très bonne chose car il manque cette courroie entre les jeunes pousses et les investisseurs."

Pour Julien Parrou, vouloir pêcher de très gros poissons est illusoire :

"Aller chercher des boîtes de 300 personnes, ça n'arrivera jamais. Mais nous pouvons attirer de petites divisions de géants. Des équipes restreintes qui progressivement, pourront grandir et qui nourriront l'écosystème local. Leur développement se fera naturellement."

Reste maintenant à faire en sorte que la dynamique enclenchée poursuive sur les mêmes rails.

"Au regard des moyens accordés, la direction et les initiatives prises sont les bonnes, résume Mathieu Llorens. Il n'y a eu ni énergie, ni temps perdu, ce qui est important pour des chefs d'entreprise bénévoles. La fin d'année doit voir venir des réalisations concrètes. Avec la base de données sur les startups et le projet d'un nouvel événement fédérateur, ça devrait être le cas."

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Quelle gouvernance pour French Tech Bordeaux ?
Elle est assurée par plusieurs types d'acteurs
- Agnès Grangé, déléguée régionale du groupe La Poste, qui a coordonné la candidature au label
- des membres des institutions : Virginie Calmels représentant Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, Alain Rousset, président du Conseil régional d'Aquitaine, et Pierre Goguet, président de la CCI de Bordeaux.
- un collège de cinq entrepreneurs : Christophe Charle, fondateur de Cdiscount, PDG fondateur de MyDesign ; Mathieu Llorens, DG de AT Internet ; Julien Parrou, PDG fondateur du groupe Concoursmania ; François Goube, fondateur de JobiJoba , PDG fondateur de Cogniteev, et Jérôme Le Feuvre, DG de News republic.
En qualité de directeur délégué, Thomas Baudin est chargé de fédérer les acteurs, de faire le lien et d'impulser de nouvelles initiatives.

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