Magna, le repreneur de GFT Blanquefort, ne veut pas s'engager auprès des 780 salariés

Futur repreneur de l'usine GFT de Blanquefort, le groupe canadien Magna a refusé de faire le moindre geste pour rassurer les salariés du site sur leur avenir. Le dossier de cette reprise est examiné à Bruxelles où aucun représentant français ne va se pencher sur ce dossier industriel européen, qui représente 780 emplois à Bordeaux Métropole.

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La MX65, qui n'est pas fabriquée qu'en France, équipe de nombreuses petites berlines.
La MX65, qui n'est pas fabriquée qu'en France, équipe de nombreuses petites berlines. (Crédits : Pascal Rossignol)

Un CSE (comité social et économique) extraordinaire s'est tenu ce lundi 7 décembre à l'usine Getrag Ford Transmissions (GFT), à Blanquefort (Gironde). Le site, qui emploie 780 salariés à durée indéterminée, fabrique des boîtes de vitesses manuelles MX65. Ce CSE a marqué le début de la procédure d'information-consultation des salariés de GFT sur la notification à la Commission européenne du projet d'acquisition de l'usine de Blanquefort par Magna.

Lire aussi : Getrag Ford Transmissions (GFT) : l'intersyndicale en appelle à la Commission européenne

En clair, GFT Blanquefort appartient à une coentreprise commune aux groupes Ford (125,5 milliards de dollars de CA en 2019) et Magna, équipementier automobile canadien (39,4 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2019 et près de 170.000 salariés), qui va cesser d'exister dans les prochaines semaines. C'est ainsi que le 6 février 2021 l'actuelle usine GFT Blanquefort sera revendue au groupe Magna qui en deviendra l'unique propriétaire. A cette occasion GFT disparaîtra et sera remplacée par une toute nouvelle société, qui va poursuivre la production en Gironde de boîtes de vitesses MX65 pour Ford, au moins jusqu'à 2023.

Pouvoir analyser la totalité des documents de vente

C'est dans ce cadre que l'intersyndicale des salariés de GFT Blanquefort s'est adressée à la direction de la concurrence de la Commission européenne. Objectif : convaincre la Commission européenne d'obliger les acteurs de cette transaction (Ford et Magna) d'inclure dans le contrat de vente de l'usine girondine à Magna une clause de protection des garanties sociales déjà existantes dans l'usine, qui est un établissement secondaire.

"La direction de GFT vient de nous informer que le dossier a bien été déposé à la Commission européenne. Nous avons demandé à avoir connaissance de la totalité du dossier concernant la vente de GFT à Magna, qu'il s'agisse par exemple du détail de l'accord de vente final ou bien du bilan comptable. C'est ainsi que nous avons nommé un expert pour nous seconder dans cette tâche, le cabinet Secafi", éclaire dans un premier temps Vincent Teyssonneau, salarié (CGT) à GFT Blanquefort.

Le double refus de Magna aux demandes des salariés

Ce dernier, comme ses collègues, n'est pas vraiment convaincu que la direction de la concurrence de la Commission européenne aille faire du zèle sur ce dossier en exigeant l'ajout d'une clause de protection des garanties sociales. Surtout après le double refus de Magna.

"Nous avons demandé à Magna à ce que ces garanties sociales dont nous bénéficions à GFT, qui portent sur le maintien des accords collectifs, comme la participation ou l'intéressement, soient jointes au contrat de vente de l'usine. Mais Magna s'y est opposé. Ensuite nous avons demandé au groupe canadien la signature d'un contrat de transition en interne.

C'est un peu la même chose, mais pour une durée déterminée de trois ans. L'avantage c'est que ce type d'accord à durée déterminée ne peut pas être rediscuté une fois qu'il a été acté. Mais là aussi, Magna a refusé", rembobine avec un peu de lassitude Vincent Teyssonneau.

Les salariés en appellent aux élus pour peser à Bruxelles

La carte européenne est donc la dernière à jouer pour l'intersyndicale avant que la vente ne soit définitivement validée. Et même sur ce terrain européen, dont ils espéraient quand même un petit quelque chose, les salariés viennent d'avoir une mauvaise surprise.

"Les représentants de trois pays ont été mobilisés à Bruxelles pour traiter de ce dossier GFT, la coentreprise ayant des usines en Allemagne, en Autriche et en Angleterre. Ces trois pays représentés sont l'Allemagne, l'Autriche et la Roumanie ! Un pays où GFT n'a aucune usine ! Pas un seul représentant de la France n'est sur le coup. C'est pourquoi nous avons envoyé ce lundi 7 décembre au soir un courrier aux représentants de l'Etat, à commencer par le ministère de l'Economie et des Finances, aux élus, qu'il s'agisse d'Alain Rousset, que nous avons contacté ce mardi 8 décembre, pour la région Nouvelle-Aquitaine, Jean-Luc Gleyze, pour le Département de Gironde ou encore Véronique Ferreira, maire de Blanquefort. Nous voulons que notre gouvernement soit représenté dans cette prise de décision cruciale !", martèle Vincent Teyssonneau.

Lire aussi : GFT Blanquefort : l'intersyndicale déclenche un droit d'alerte

GFT mal noté par la direction de Magna

Les deux refus de Magna ne risquent pas de passer inaperçus. La direction du groupe canadien, à Aurora (banlieue de Toronto), avait déjà prévenu qu'elle fermerait l'usine de Blanquefort si cette dernière ne finissait pas par devenir rentable, ce qu'elle n'était pas en 2019. Au point que dans son rapport financier daté de la même année, le groupe d'Aurora mentionnait à ses actionnaires une dépréciation d'actifs d'un montant de 59 millions de dollars au titre de sa participation dans le capital de Getrag Ford Transmissions.

La crise du Covid-19 ne risque pas de venir améliorer les performances financières de GFT en 2020 et le cauchemar de voir Magna mettre fin à l'activité de l'usine pour le compte de Ford semble prendre de plus en plus d'épaisseur. D'autant que la production actuelle s'arrêtera fin 2023, qu'il faut deux ans pour lancer un nouveau projet industriel et qu'actuellement Magna n'a rien annoncé de tel pour la future société qui remplacera GFT.

Lire aussi : A Blanquefort, GFT a vécu : Ford se sépare de Magna et les salariés s'inquiètent

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