Lectra : "Le 3e trimestre est un peu mieux que le moins mauvais des scénarios prévus"

Leader mondial de la découpe de matériaux souples (tissus, cuir, etc.), le groupe Lectra affronte l'incertitude pandémique. Touché par la baisse d'activité des marchés, Lectra n'a pas échappé aux lois de l'apesanteur et perdu du chiffre d'affaires et du bénéfice, ce qui n'empêche pas son PDG, Daniel Harari, de se voir sortir gagnant de cette crise. (Réactualisé 03/11/2020)
A partir de la matière, déposée au premier plan, le système développé par Lectra génère l'image de synthèse 3D de la jupe qui va être réalisée.
A partir de la matière, déposée au premier plan, le système développé par Lectra génère l'image de synthèse 3D de la jupe qui va être réalisée. (Crédits : Agence Appa/Eric Barrière)

Lectra, qui emploie près de 1.800 salariés, a été rattrapé au cours des trois premiers trimestres 2020 par la pandémie de coronavirus, qui a massivement affecté son activité. Coup de grisou qui n'a pas empêché le groupe, dont le siège social se trouve à Paris, la recherche et développement, le show-room international et l'unité de production à Cestas (Gironde/près de Bordeaux Métropole), où travaillent 700 salariés, de rebondir.

Lire aussi : Covid-19 : Lectra poursuit son activité sans chômage partiel et sans licenciements

Si par rapport à la même période en 2019 le chiffre d'affaires (-15 % à 56,5 millions d'euros) et le résultat net (-24 % à 6,6 millions d'euros) de Lectra s'inscrivent en recul au 3e trimestre, le groupe reste très nettement bénéficiaire, avec un bénéfice net supérieur à 10 % du chiffre d'affaires. Cette sombre année 2020 ne ressemble à aucune autre et Daniel Harari, PDG de Lectra, et Jérôme Viala, directeur général adjoint, ont livré ce jeudi 29 octobre une analyse approfondie de la situation de Lectra.

390.000 masques et 15.000 blouses fabriqués bénévolement

Après avoir rappelé que dès le début de la pandémie le groupe avait d'abord pensé à mettre ses salariés en sécurité et à généraliser le télétravail, Daniel Harari a souligné que Lectra ne s'était jamais arrêté de fonctionner et que la continuité des services avait été assurée.

"Nous pouvons travailler à distance grâce au mode Saas, à l'informatique en tant que service, qui nous permet de passer par le cloud, ce qui ne pose pas le moindre problème. Quand il le fallait, nous avons accompagné nos clients qui ont encore leur propre informatique. Le marketing présentiel a été remplacé par les supports digitaux. Notre groupe a une structure financière solide. Lectra a refusé toute activité partielle et n'a demandé aucun prêt garanti par l'Etat. Les salariés du groupe ont par ailleurs participé à des actions bénévoles en direction des soignants et des plus nécessiteux, avec la fabrication de 390.000 masques et de 15.000 blouses", a retracé le PDG, avant d'entrer dans les détails chiffrés.

Au 1e semestre 2020, le chiffre d'affaires du groupe ainsi reculé de 17 %, à 114 millions d'euros. Sachant que cette baisse a été marquée par un pic dépressif de -28 % qui s'est concentré "sur les 15 derniers jours du mois de mars" comme l'a souligné Daniel Harari.

 La mode à -15 % sur les trois premiers trimestres

Ce coup de chaud a laissé des traces tout en perdant de son acuité. Ainsi le recul de l'activité n'était plus que de -15 % au 3e trimestre par rapport à la même période en 2019 (sur un an), à 56,5 millions d'euros. Consolidée sur les neuf premiers mois de l'année, l'activité de Lectra affiche une baisse de -16 %, à 170,6 millions d'euros, sur un an. Le groupe opère sur trois marchés : la mode, l'automobile et l'ameublement. Comme l'explique le PDG, dans la mode beaucoup d'entreprises, par manque de cash pour financer les stocks, avec des fonds de roulement plus longs, ont subi des dépôts de bilan.

Ce qui n'empêche pas que d'autres aient réussies à tirer leur épingle du jeu, a tempéré Daniel Harari. Au final, la mode a été sérieusement touchée par les effets de la pandémie, avec un recul d'activité cumulé de -15 %, dont -21 % dans le luxe. La mode reste le marché de référence de Lectra, qui joue en grande partie son avenir sur ce terrain, avec le développement de sa nouvelle offre 4.0 « Fashion on demand » (mode à la demande -NDLR), qui permet de personnaliser n'importe quel type de vêtement, pour un prix inférieur au sur-mesure mais encore supérieur au prêt-à-porter classique.

Lire aussi : Textile : comment le groupe Lectra construit son offre de mode à la demande

 La part de l'informatique dématérialisée progresse

"Avec la crise du Covid-19 beaucoup d'entreprises de la mode passent à la digitalisation parce qu'il est possible de travailler et de vendre à distance. La production à la demande entraine une réduction des stocks et minimise les besoins en trésorerie", a décortiqué Daniel Harari.

L'automobile, secteur pour lequel Lectra assure la découpe des airbags, a été fortement touché tout en revenant à un niveau de production représentant environ 85 % de son activité d'avant le confinement a poursuivi le PDG. La bonne surprise est venue de l'ameublement où Lectra assure la découpe des tissus de couverture, aussi bien des fauteuils que des meubles. Ce secteur qui n'allait pas très bien avant la pandémie a fait le plein d'énergie grâce au confinement et remonté la pente.

Plus globalement le groupe Lectra valide sa stratégie de déplacement progressif de son offre dans le secteur de l'informatique dématérialisée, en nuage (cloud), via l'utilisation de logiciels comme service sur abonnement (Saas : software as a service).

Les contrats récurrents en hausse de 4 %

Etroitement liées à la montée en puissance de l'usine 4.0 à Lectra, avec l'offre « Fashion on demand », les ventes de logiciels en mode Saas ont progressé de 56 % au cours des neuf premiers mois de 2020 sur un an, à 1,8 million d'euros. Ce montant encore modeste, qui progresse de façon constante, a connu une forte accélération de +75 % au 3e trimestre (soit 800.000 euros).

"Le 3e trimestre est un peu mieux que le moins mauvais des scénarios que nous avions prévu" illustre Daniel Harari.

Une des bonnes nouvelles pour Lectra c'est que la part dans le chiffre d'affaires des contrats récurrents, qui sécurisent l'activité, a continué de progresser pendant les neuf premiers mois de 2020, de +4 % à 74,5 millions d'euros. Si le groupe accuse une baisse de 48 % de son résultat net à l'issue des trois premiers trimestres 2020, ce dernier reste positif, à 11 millions d'euros (6,4 % du chiffre d'affaires).

Nette amélioration du volume des commandes

La seconde période de confinement qui s'ouvre amène de nouvelles incertitudes et dans ce contexte Daniel Harari, qui entend bien sortir gagnant de cette crise, a rappelé que le groupe Lectra n'est pas endetté et qu'il dispose d'une trésorerie nette de près de 120 millions d'euros. Tout en disposant d'un matelas de capitaux propres qui s'élève à 183 millions d'euros.

Lire aussi : Le groupe Lectra maintient sa croissance dans un marché international chahuté

"Compte tenu de la solidité de sa situation financière, de sa capacité de résilience et de ses perspectives à moyen terme, le groupe a décidé de ne pas mettre en œuvre de mesure d'activité partielle et de ne solliciter aucune aide du gouvernement français, souligne le PDG. Une nette amélioration du volume des commandes, du chiffre d'affaires et du résultat opérationnel pourrait se confirmer au quatrième trimestre, poursuit-il. Cette tendance reste toutefois soumise aux incertitudes liées à l'évolution de la pandémie".

Lectra, qui structure sa croissance en s'appuyant sur une feuille de route pluriannuelle, ne va pas s'arrêter d'essayer d'y voir plus clair.

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