Flying Whales : le plus grand dirigeable du monde volera en Nord Gironde en 2024

C'est donc à Laruscade, dans le nord de la Gironde, que l'entreprise Flying Whales installera sur 50 hectares son site de fabrication de dirigeables géants. Une annonce faite conjointement avec la Région Nouvelle-Aquitaine, actionnaire et partenaire stratégique du projet. Cette implantation industrielle de 75 M€ promet de 200 à 300 créations d'emplois à l'horizon 2025, un an après le 1er vol prévu en 2024. Origines, implantations, marchés et modèles économiques : retour sur ce programme aéronautique hors normes.

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Stéphane Bougon, PDG de Flying Whales, Alain Rousset, président du conseil régional, Jean-Paul Labeyrie, maire de Laruscade, Eric Happert, président de la communauté de communes Latitude Nord Gironde et Lydia Héraud, conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine.
Stéphane Bougon, PDG de Flying Whales, Alain Rousset, président du conseil régional, Jean-Paul Labeyrie, maire de Laruscade, Eric Happert, président de la communauté de communes Latitude Nord Gironde et Lydia Héraud, conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine. (Crédits : PC / La Tribune)

Comme en juin 2019 au Salon du Bourget, lors de l'annonce du choix de la Nouvelle-Aquitaine au détriment notamment d'Auvergne-Rhône-Alpes et de la Région Sud, Sébastien Bougon, président directeur général de Flying Whales (baleines volantes), et Alain Rousset, président du Conseil régional, étaient côte à côte ce lundi 20 juillet pour officialiser le site qui accueillera la première usine au monde de fabrication de dirigeables géants.

Lire aussi : Dirigeables : Flying Whales choisit la Nouvelle-Aquitaine pour implanter sa ligne d'assemblage

C'est donc dans le ciel de Laruscade, commune de 2.800 habitants au croisement du Blayais, du Libournais et de la Charente, que le premier dirigeable LCA60T (Large capacity airship 60 tons) volera en 2024. Il sera difficile de passer à côté tant l'aéronef sera imposant : 154 mètres de longueur pour 40 de haut et 60 de large ! Le tout propulsé grâce à un moteur hybride thermique et électrique mais volant tout simplement grâce à de l'hélium. Un projet conçu au départ pour répondre à une problématique de l'Office national des forêts (ONF) pour ramasser du bois dans des zones inaccessibles.

"C'est un projet de rupture qui permet d'entrer dans l'ère du transport durable de marchandises. Quand on nous l'a présenté en 2017 avec l'ONF, il manquait un support marché et un support technologique solide mais il était important de ne pas laisser partir ailleurs ce type de technologie d'avenir. C'est un acte majeur de notre volonté d'aménagement industriel du territoire", souligne Alain Rousset. Dès 2017, aux côtés de nombreux autres partenaires, la collectivité régionale a consenti une entrée au capital de dix millions d'euros, en plusieurs tranches. Soit sa plus importante participation au capital d'une entreprise privée à ce jour.

Un consortium d'une trentaine d'entreprises

Créée en 2012 à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, Flying Whales est en effet le fruit de cinq ans d'ingénierie et d'un consortium de plus de 30 entreprises et labos de l'industrie aéronautique, dont cinq partenaires majeurs : Onera, Epsilon Composite, Zodiac Aerospace, REEL et Tecalemit Aerospace. Deux d'entre eux sont implantés en Nouvelle-Aquitaine : Epsilon Composite pour la structure (Gaillan-en-Médoc - Gironde) et REEL pour le système de levage de charge (La Rochelle - Charente-Maritime). Flying Whales, qui emploie plus de 120 salariés, est encore au milieu du gué de ce programme aéronautique hors normes qui s'élève à au moins 450 M€ et est détenu notamment par la France (Etat, Bpifrance, ADP, Bouygues, Air Liquide, etc.), le Québec et la Chine.

"Mener à bien un projet aéronautique prend au moins dix ans. Entre 2013 et 2017, on s'est attaché à dérisquer ce projet et à travailler les études de marché. C'est en 2017 que le projet est réellement né, notamment avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine. [...] La construction de l'usine débutera au 2e semestre 2021 tandis que l'ingénierie du programme devrait s'achever en 2022. Ce qui permettra d'assembler la première machine en 2023 pour un 1er vol en 2024 suivi de 18 mois d'essais en vue d'une certification courant 2025", détaille Sébastien Bougon, le président directeur général de Flying Whales et tout premier initiateur du projet.

Deux hangars sur 50 hectares

Ce dirigeable capable de transporter 60 tonnes de marchandises avec un chargement et un déchargement en vol stationnaire sans emprise au sol "consommera 50 fois moins de carburant à la tonne qu'un avion ou hélicoptère équivalent".  A terme, une motorisation à l'hydrogène est envisagée. Pour assembler ces engins titanesques au rythme de deux dirigeables par an puis quatre et enfin dix à plus long terme, Flying Whales va acquérir un terrain de 50 hectares sur la commune de Laruscade porté par la Communauté de communes Latitude Nord Gironde (12 communes, 20.000 habitants).

"Il y aura deux hangars de 250 mètres de long et de 60 mètres de haut. Cette usine représente un investissement de l'ordre de 75 M€ et permettra de créer d'abord une centaine d'emplois à partir de 2023, puis 200 à 300 emplois à plus long terme. Ce sont des emplois qualifiés qu'il faudra former intégralement permettant donc de favoriser l'insertion sociale. C'est une industrie 4.0 très numérisée avec beaucoup de cobotique mais aussi beaucoup d'emplois", assure Sébastien Bougon, qui mentionne également une dimension de tourisme industriel : "Nous allons y construire le plus gros aéronef du monde, je vous laisse imaginer la curiosité que cela peut susciter." L'usine sera dessinée par le cabinet Goudchaux architectes & associés

Flying Whales

Une maquette de dirigeable LCA60T (crédits : Flying Whales)

Une aubaine pour ce territoire rural qui a raflé la mise aux trois autres candidatures girondines dans l'Entre-deux-mers, le Libournais et autour de Cestas. Une victoire grâce à son terrain compatible avec les exigences techniques de Flying Whales (suffisamment vaste, homogène et plat) et de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) mais aussi par sa proximité avec l'autoroute A10 et une desserte en TER. "Ce sera un étendard pour notre territoire, pour accueillir des entreprises et rééquilibrer l'emploi. C'est un projet qui combine une technologie habile, une empreinte énergétique faible et un fonctionnement original", salue Eric Happert, le président de l'intercommunalité qui a accueillera Flying Whales sur son parc d'activités économiques de 160 hectares.

D'autant que l'arrivée de ce nouvel acteur aéronautique en Gironde doit se lire dans la durée. "Nous sommes là pour longtemps, très longtemps et les sous-traitants que nous formons et certifions aujourd'hui nous les conserverons longtemps. Laruscade servira de modèle aux deux autres usines au Québec et en Chine et les fournisseurs locaux tels qu'Epsilon Composites approvisionneront aussi ces usines", promet le PDG de Flying Whales, qui salue la qualité des relations entretenues depuis plus d'un an avec le conseil régional et l'intercommunalité sur le choix du site.

Des marchés porteurs en France et ailleurs

Et si pour l'heure le transport de passagers n'est pas à l'ordre du jour, le consortium mené par Flying Whales assure s'appuyer sur plusieurs marchés porteurs. Ses dirigeables capables d'emporter jusqu'à 60 tonnes pourront déplacer du bois, des éoliennes ou des pylônes, effectuer des transports exceptionnels et ravitailler des territoires isolés ou des plateformes en mer. Mais, contrairement, à un avionneur classique, les dirigeables géants ne seront vendus qu'à un seul client : Flying Whales Services, une filiale de Flying Whales, dont l'équipe de sept personnes est installée à Bordeaux.

"Dans un premier temps, 100 % de nos appareils seront achetés par cette filiale, qui deviendra une entreprise à part entière en 2022. Elle se chargera ensuite d'opérer les appareils et de vendre des prestations de service à nos clients parmi lesquels figurent l'Office national des forêts (ONF) mais aussi des grosses entreprises du marché éolien tels que Siemens Gamesa et Vestas ou d'autres acteurs tels que RTE (Réseau transport électricité) et Bolloré Logistics", détaille Sébastien Bougon.

Dans un second temps, des possibilités de co-entreprises avec des Etats pourraient également voir le jour. "On voit arriver des marchés autour du désenclavement de certains territoires comme dans le grand nord canadien, l'archipel indonésien de plusieurs milliers d'îles ou certains pays africains. Dans certains cas, cela pourrait se traduire par de véritables réseaux de dirigeables dont les appareils seraient achetés par les Etats et opérés pas nous dans le cadre de coentreprises", précise le PDG.

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Commentaires 2
à écrit le 21/07/2020 à 9:20
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Il est évident que le rapport poids puissance est tout simplement inversé par rapport à ces gigantesques mais surtout ultra lourds porte containers et autres bateaux croisières propulsés par de toutes petites hélices, ce gros truc porté par l'hélium ...

à écrit le 21/07/2020 à 2:32
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Ce dirigeable aura pour but de ramasser du bois en zone difficile d'acces, ai-je bien lu ?

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