Europlasma a trouvé un chevalier blanc qui lui évite la liquidation

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Dans les entrailles d'Inertam où les déchets d'amiante sont vitrifiés et coulés comme du verre.
Dans les entrailles d'Inertam où les déchets d'amiante sont vitrifiés et coulés comme du verre. (Crédits : Agence Appa)
Le groupe landais Europlasma a évité l’effondrement grâce à l’arrivée d’un nouvel actionnaire : le fonds d’investissement luxembourgeois Zigi Capital SA. Ce dernier prévoit d’injecter 5,3 M€ dans les filiales du groupe d’ici fin 2019, en particulier dans Inertam. Mardi 3 septembre, l’assemblée générale extraordinaire d’Europlasma devra valider certaines dispositions prévues pour relancer le groupe.

Le groupe Europlasma, à Morcenx (Landes), spécialisé dans les technologies de dépollution utilisant les très hautes températures de la torche à plasma, semble une fois de plus renaître de ses cendres. Le groupe, qui avait frôlé la mise en cessation de paiement de ses filiales en avril 2014, n'a pu y échapper le 22 janvier 2019 jusqu'à se retrouver en redressement judiciaire le 25 janvier suivant. Ce coup-ci Europlasma a frôlé la liquidation.

Lire aussi : Le groupe Europlasma prend le chemin d'une vente à la découpe


Créé en 1992, le groupe landais reste une pépite au moins parce qu'il est le seul capable de neutraliser à titre définitif, c'est-à-dire d'inerter, les déchets d'amiante en les vitrifiant grâce à la torche à plasma. Des déchets qui peuvent ensuite être recyclés comme matériaux pour la construction de routes. Cet inertage des déchets d'amiante, assuré par la filiale Inertam, repose sur une méthode plus coûteuse que l'enfouissement en décharge classée. Ce qui fait que l'enfouissement de ces matériaux dangereux pour l'homme et la nature, dont l'innocuité sous terre n'est juridiquement garantie que pendant 30 ans, a la faveur de très nombreux opérateurs, y compris publics.

La CGT au secours des emplois

Si Europlasma a pu éviter sa mise en liquidation, le 25 janvier dernier le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan a prévenu que la liquidation était au bout du chemin en cas d'anicroche, donnant un premier rendez-vous en mai pour faire un point sur la période d'observation de six mois accordée dans le cadre du redressement judiciaire. Menace qui a provoqué un tollé à la CGT des Landes, qui a battu le tambour pour mobiliser salariés et responsables politiques locaux afin d'éviter la perte des 116 emplois du groupe, répartis à raison de 51 au sein d'Inertam, la filiale d'Europlasma chargée de la neutralisation définitive des déchets d'amiante, 13 chez Cho Power, unité de production d'électricité par gazéification de biomasse et de déchets, 31 chez Chopex et 21 dans les services administratifs centraux de Pessac (Gironde, Bordeaux Métropole).

Le 9 mai, trois projets de poursuite d'activité d'Europlasma étaient présentés au tribunal mais le 23 mai, l'administrateur judiciaire du groupe industriel landais ne recevait qu'un seul dossier sur son bureau : celui de la société d'investissement luxembourgeoise Zigi Capital SA. Une société codirigée à égalité par l'investisseur français Jérôme Garnache-Creuillot et Alexandre-Henri Lacarré, président de la société d'investissement A&A Development Group SA à Genève, cofondateur du fonds suisse Ivory Group, centré sur la recherche d'applications médicales du cannabis.

Ehgos : un fonds anglais dirigé depuis le Luxembourg

Convaincu par la solidité de cette proposition, qui restait néanmoins à consolider, le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan acceptait le 28 mai de poursuivre la période d'observation. Sous réserve d'obtenir une validation de tous les éléments clés nécessaires à la poursuite d'activité dans les semaines suivantes. Avant sa mise en redressement judiciaire, le groupe Europlasma se finançait en partie grâce aux interventions du fonds d'investissement spéculatif "European high growth opportunities securization" (Titrisation d'actifs européens à croissance élevée - NDLR, soit l'acronyme Ehgos), officiellement baptisé "Le Fonds", détenu par la société Alpha Blue Ocean basée à Londres mais dirigée depuis le Luxembourg par Pierre Vannineuse.

Le 24 juin le conseil d'administration d'Europlasma décidait de réactiver le programme de financement porté par "Le Fonds", consistant en l'exercice d'un quatrième bon d'émission de 200 obligations convertibles en actions simples Europlasma (Oca) pour un montant nominal total de 2 M€. Soit autant d'argent cash dégagé, sachant que ces obligations ont une période de maturité de 12 mois, au terme de laquelle l'argent avancé par "Le Fonds" devra être remboursé par Europlasma.

83,6 millions d'actions représentant 19,8 % du capital

Lors de cette même réunion il a été notamment décidé de nommer Jérôme Garnache-Creuillot PDG d'Europlasma, suite aux démissions du président Pierre Catlin et du directeur général, Jean-Eric Petit. Restait à Zigi Capital à prendre solidement pied au capital d'Europlasma, une sorte de monstre boursier sujet à d'extraordinaires convulsions spéculatives, qui se composait, au 31 juillet dernier, de plus de 376 millions d'actions en circulation sur le marché. Ce que s'est efforcé de faire Zigi Capital au travers de deux grandes opérations menées là aussi avec des obligations convertibles en actions avec bons de souscriptions en actions (Ocabsa). Le fonds d'investissement luxembourgeois a ainsi souscrit 200 Oca auxquelles étaient rattachées 40 millions de bons de souscription d'actions ordinaires Europlasma.

Ce qui a permis à Zigi Capital de prendre le contrôle de 20 millions d'actions nouvelles au titre de la conversion des obligations convertibles en actions et 17,1 millions d'actions supplémentaires au titre du paiement d'une indemnité contractuelle. Soit un total de 37,1 millions de titres représentant 10 % du capital d'Europlasma. Au cours de l'autre opération Zigi Capital a souscrit à 46,4 millions d'actions nouvelles dans le cadre d'une augmentation de capital de 4,6 M€ réalisée par voie de compensation avec une créance acquise par Zigi Capital auprès de certains créanciers obligataires d'Europlasma. A l'issue de cette augmentation de capital, Zigi Capital détenait ainsi 83,6 millions d'actions, représentant 19,8 % du capital social d'Europlasma. Ce qui permet à Zigi Capital de devenir l'actionnaire de référence d'Europlasma.

Cho Morcenx à l'arrêt en attendant d'en savoir plus

Le 1er août, Europlasma a recruté un directeur général adjoint, Olivier Pla, qui est un ex-cadre du groupe Areva devenu Orano (d'Uranus planète qui a donné son nom à l'uranium -NDLR) qui va avoir la lourde tâche de ramener le groupe Europlasma à l'équilibre financier d'ici trois ans. Le plan de redressement, qui prévoit près de 5,3 M€ d'investissement, en particulier sur Inertam, filiale qui a toujours généré l'essentiel du chiffre d'affaires du groupe, pour permettre à cette dernière de repartir début 2020 devrait se déclencher d'ici la fin de l'année 2019 et courir début 2020. Compte tenu des moyens financiers dont il dispose, le PDG d'Europlasma annonce la couleur : il ne sera pas possible d'atteindre la puissance de 10 MW électriques avec la centrale Cho Morcenx.

Cette dernière, qui doit produire de l'électricité par gazéification de déchets et biomasse, n'est pas encore au point et a englouti des millions d'euros pour sa mise au point, poussant le groupe au bord du gouffre. Zigi Capital annonce ainsi que l'unité Cho Morcenx sera maintenue à l'arrêt "afin de mener une réflexion pour déterminer les mesures à entreprendre en matière de reconfiguration et d'amélioration afin de disposer d'un outil de production économiquement viable" souligne le groupe, qui précise que cette analyse devrait se terminer à l'automne.

Le mouvement pourrait ensuite s'accélérer et la direction annonce que "les travaux de réaménagement seront entrepris rapidement" et que "le redémarrage de l'installation devrait intervenir en 2020". La direction d'Europlasma négocie par ailleurs la conclusion de contrats de partenariats avec des groupes industriels. Pour être parfaitement en place, les éléments de ce puzzle de la relance du groupe landais devront pour certains avoir été entérinés lors de l'assemblée général extraordinaire. Ce qui ne devrait pas poser de problème.

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Commentaires
a écrit le 29/08/2019 à 13:18 :
Ravi de lire cet article. maintenant avec a peine 5,3M euro ... dont la majorite pour Inertam ... pas beaucoup de marge de manoeuvre ! Courage et patience !!

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