La croissance du groupe Lectra légèrement freinée

Les commandes de nouveaux systèmes conçus et fabriqués par Lectra ont marqué le pas au premier trimestre. Cet effet de l’incertitude alimentée pour l’essentiel par la politique agressive des Etats-Unis ne mine pas pour autant la bonne santé de ce groupe coté, qui fabrique des robots de découpe haut-de-gamme de matériaux souples pour l’automobile, la mode ou encore l’ameublement.

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Un des robots de découpe de Lectra.
Un des robots de découpe de Lectra. (Crédits : DR)

Leader mondial de la découpe de matériaux souples, le groupe Lectra, qui a conservé son berceau girondin de Cestas, où sont concentrées recherche et développement, fabrication des machines ainsi que l'interface commerciale internationale, le siège ayant été déplacé à Paris, a bouclé un 1er trimestre 2019 marqué par l'intensification de la guerre commerciale que livre la république des Etats-Unis au reste du monde. C'est le point dur de la réalité vécue au jour le jour par Daniel Harari, PDG de Lectra, qui emploie 1.700 salariés, dont près de 700 à Cestas, pour un chiffre d'affaire annuel de 282,6 M€ et un résultat net représentant plus de 10 % de l'activité.

"Les taux de change ont positivement joué au cours de ce premier trimestre, avec une hausse de 8 % du dollar sur un an face à l'euro, soit une parité moyenne de 1,14$ pour 1€, tandis que le yuan s'est apprécié de 2 % par rapport à la monnaie européenne" recadre tout d'abord Daniel Harari.

Cette évolution des devises gonfle mécaniquement le chiffre d'affaires du groupe de +1,7 M€ (+3 %), en données réelles (c'est-à-dire constatées - NDLR) mais la direction de Lectra ne retient que les données comparables, c'est-à-dire traduites au cours de change de 2018. Ce qui montre une légère érosion de -3 % de l'activité à 67 M€. A 5,7 M€ le résultat net progresse de +6 % à données réelles.

Une trésorerie bien orientée

"Les changes jouent positivement. Mais notre marge opérationnelle est constante. Notre cash flow libre (trésorerie générée par l'activité de l'entreprise - NDLR) est en très forte progression à 9,8 M€, contre 2,5 M€ un an auparavant. Et notre trésorerie nette atteint un niveau excellent, à 113,5 M€, soit une hausse de plus de 10 M€ ! C'est le niveau de commandes de nouveaux systèmes de découpe qui est insatisfaisant, avec un recul de -5 % contre une hausse prévisionnelle de +10 %..." éclaire Daniel Harari.

Peu de mystères sur l'origine de cette baisse des commandes, qui se nourrit, comme le rappelle le patron de Lectra, de l'incertitude née de la guerre économique lancée par les Etats-Unis. Et alors que l'activité industrielle continue à bien se porter dans les pays de l'ex-Europe centrale membres de l'Union (Hongrie, République Tchèque...) les discours changent. "Nous vendons des lames pour la découpe dans cette région européenne et nous voyons bien que l'activité ne faiblit pas. Pourtant des rumeurs sur des baisses de commandes commencent à se diffuser en Europe de l'Est", évoque le PDG.

Le contexte international reste anxiogène

Contrairement aux ventes d'équipements, celles de logiciels se portent bien. Car elles représentent des investissements bien plus modestes. En interdisant aux derniers pays qui pouvaient encore le faire, comme l'Italie, la Grèce, la Turquie, la Chine ou le Japon d'acheter du pétrole à l'Iran, les Etats-Unis, qui sont devenus le premier pays producteur au monde, ont fait grimper le prix du baril d'un jour à l'autre. Ce qui n'est pas un bon signal pour la croissance économique, d'autant que ce nouveau coup de massue sur l'Iran va de pair avec le retour d'une menace sur la hausse des droits de douane entre les USA et l'Union européenne.

"Le prix du baril est remonté de +40 %. Et puis la guerre commerciale n'épargne pas la mode et la Chine, qui est l'un de nos grands marchés. Pour échapper à une hausse de 20 % des taxes douanières américaines, les Chinois vont construire leurs usines au Vietnam" précise Daniel Harari.

Ce contexte international est d'autant plus anxiogène que la question du Brexit n'est pas encore tranchée et que les élections européennes risquent de sanctionner la victoire de partis anti-européens populistes. Autant d'incertitudes qui vont peser sur les investisseurs.

Lectra toujours  porté par l'innovation

Ce qui n'empêche pas Daniel Harari de maintenir ses prévisions de croissance pour Lectra en 2019.

"Donald Trump applique à la politique internationale la règle qu'il a appris dans le milieu des affaires et qui consiste, pour gagner, à écraser ses adversaires. D'autre part il est soit très intelligent soit très bien conseillé puisqu'il adopte une stratégie dérivée de la théorie des jeux, qui consiste à être imprévisible : à tirer au hasard. C'est pourquoi nous avons déjà intégré dans notre feuille de route pluriannuelle qu'il y aurait des trimestres positifs ou négatifs" décortique le Polytechnicien Daniel Harari.

Le groupe développe une toute nouvelle offre mondiale en ameublement et mode, qui commence à se développer avec succès et consiste, pour schématiser, à proposer notamment la réalisation de vêtements sur-mesure au plus grand nombre, grâce aux nouvelles technologies intégrées dans ses robots ultra sophistiqués de découpe conçus pour l'usine 4.0. Parce que l'innovation est le nerf de la guerre de Lectra.

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