En Nouvelle-Aquitaine, l'emploi aérospatial à la recherche d'un second souffle

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L'IXV de Thales Alena au Haillan à l'époque du groupe Herakles (Safran). Ce véhicule expérimental intermédiaire (de rentrée dans l'atmosphère) illustre le poids de la R&D (faible pourvoyeuse d'emplois) dans le spatial néo-aquitain.
L'IXV de Thales Alena au Haillan à l'époque du groupe Herakles (Safran). Ce véhicule expérimental intermédiaire (de rentrée dans l'atmosphère) illustre le poids de la R&D (faible pourvoyeuse d'emplois) dans le spatial néo-aquitain. (Crédits : Agence Appa)
L'activité du secteur aérospatial ne profite pas de la même manière aux régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. En termes d'emploi ce secteur pèse à peu près trois fois plus lourd en Occitanie qu'en Nouvelle-Aquitaine, où les créations ont marqué le pas en 2017.

Le bilan sur l'activité 2017 de la filière aérospatiale du Grand Sud-Ouest (Nouvelle-Aquitaine et Occitanie), a été dévoilé ce mercredi matin par l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), simultanément à Bordeaux, Limoges, Poitiers et Toulouse. Florence Le Hellay, la directrice régionale de l'Insee Nouvelle-Aquitaine, avait fait le voyage à Bordeaux depuis Poitiers, où se trouve le siège de l'institut depuis la fusion des trois régions Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes. De même que Yann Barbaux, président d'Aerospace Valley, qui a fait quant à lui le voyage à Bordeaux depuis Toulouse, où se trouve le siège de cet important pôle de compétitivité national, dont la présidence tourne régulièrement entre les deux régions.

Réalisée tous les ans, cette analyse de la filière aérospatiale des régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie cible essentiellement l'ensemble de acteurs de la chaîne d'approvisionnement que sont les sous-traitants, prestataires et fournisseurs des grands donneurs d'ordres, soit 1.113 entreprises à fin 2017. Cette filière, qui représente un total de 146.000 salariés dans les deux régions, a gagné 3.900 emplois en 2017, soit une hausse de +2,7 % après celle de +2,3 % enregistrée en 2016. Son chiffre d'affaires consolidé avec les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie connaît une hausse nettement supérieure à cette tendance de +5,2 %, à 13,9 Md€. Sachant que dans cet ensemble l'Occitanie pèse 10,8 Md€ (+5,5 %) et la Nouvelle-Aquitaine 3 Md€ (+4,4 %), et que cette hausse d'activité a été de +4,7 % dans l'aéronautique et +18,5 % dans le spatial, essentiellement grâce aux satellites fabriqués à Toulouse.

Une courbe de l'emploi très proche de 0 % dans la région

L'évolution de l'emploi est encore plus différenciée entre les deux régions. Et la dispersion de tendance est significative même en tenant compte du fort dénivelé qui existe entre Occitanie, où la filière emploie 107.300 personnes, et Nouvelle-Aquitaine, où travaillent 38.300 salariés. Sur les 3.900 emplois créés en 2017 dans l'ensemble de la filière (dont 3.200 dans la chaîne d'approvisionnement), les compteurs de l'Insee en pointent ainsi 3.400 en Occitanie et 500 en Nouvelle-Aquitaine, soit une hausse de respectivement +2,3 % et +0,3 % des effectifs ! Ramenée à l'échelle de chacune des deux régions, l'évolution de l'emploi dans la filière est plus nettement positive, avec +3,1 % en Occitanie et +1,3 % en Nouvelle-Aquitaine.

Autant dire qu'à l'échelle du Grand Sud-Ouest avec une évolution bridée à +0,3 % en 2017 l'emploi néo-aquitain est quasiment resté figé dans l'aérospatial. Ce différentiel entre les deux régions dans la dynamique de l'emploi se vérifie d'une autre manière. En Occitanie l'aérospatial enregistre en 2017 la hausse la plus rapide de créations d'emplois (+3,1 %) parmi tous les secteurs marchands non agricoles (+2 %). Ce qui n'est pas le cas en Nouvelle-Aquitaine où ce même secteur génère une croissance de +1,8 % des emplois inférieure à l'ensemble des secteurs marchands non agricoles, qui enregistrent de leur côté une progression de +2,2 %.

Un marché toujours bien orienté

Il n'en reste pas moins, comme l'ont souligné les intervenants, que la filière aérospatiale est présente dans tous les territoires du Grand Sud-Ouest, avec notamment de grands pôles en Landes - Pays basque (Tarnos/Bayonne), Béarn (Pau), Hautes-Pyrénées et Ariège. Les représentants de l'Insee et le président d'Aerospace Valley ont conclu que, malgré un sérieux coup de frein sur la croissance entre 2016 et 2017, puisque cette dernière est passée de +8,2 % à +5,4 %, le secteur restait bien orienté avec des perspectives d'évolution toujours favorables. Interrogés début 2018 par l'Insee, les chefs d'entreprise de la filière expriment un solde d'opinion favorable. Ils estimaient ainsi que l'activité de la construction aéronautique allait continuer de croître de façon marquée tout au long de l'année, avec même des prévisions de croissance élevées en Occitanie et très élevées en Nouvelle-Aquitaine.

Sans surprise, Toulouse, alias « Airbus city », profite à fond de la croissance du secteur aérospatial puisqu'elle bénéficie de la fabrication de satellites, contrairement à Bordeaux, centré sur les lanceurs Ariane. Les menaces qui pèsent sur ArianeGroup et la réussite de son nouveau lanceur Ariane 6 ont essentiellement été attribuées par le président du pôle de compétitivité à la concurrence féroce qui sévit sur le marché des lanceurs et aux difficultés inhérentes à la fusion des équipes lanceurs de Safran (ex-Herakles) et Airbus. Le poids du manque de commandes institutionnelle de la part des Etats européens membres de l'Agence spatiale européenne, dénoncé depuis des mois par de nombreux responsables syndicaux et industriels nationaux, n'est pas ce qui l'a le plus frappé.

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