GPMB : le nouveau patron du port de Bordeaux veut coopérer avec la place portuaire

 |   |  1399  mots
Jean-Frédéric Laurent
Jean-Frédéric Laurent (Crédits : Majamois-GPMB)
Jean-Frédéric Laurent, depuis le 13 mars nouveau président du directoire et directeur général du Grand port maritime de Bordeaux (GPMB), semble avoir le profil idéal pour renouer le dialogue avec les chargeurs, les collectivités et, plus largement, les milieux d’affaire bordelais. Quelques jours après son arrivée, il évoque pour La Tribune les contours d’une stratégie axée sur la coopération.

Premier atout apparent de Jean-Frédéric Laurent pour les Bordelais : ne pas être, comme ses deux prédécesseurs, un haut fonctionnaire ingénieur des Ponts et chaussées mais un diplômé en économie venu du privé et fin connaisseur du transport maritime. Le nouveau patron du port de Bordeaux arrive tout droit de l'île de La Réunion dont il a dirigé le grand port maritime, après avoir notamment assuré la direction de la stratégie et du développement puis la présidence du directoire par intérim du Grand port maritime de Dunkerque, où il a en particulier participé à l'établissement de nouvelles implantations industrielles et contribué au rapprochement avec le port de Calais. Il arrive dans un port bordelais en pleine crise de confiance, dont le trafic poursuit sa descente aux enfers, et où les relations entre les chargeurs, milieux d'affaires, les collectivités et la direction du port sont marquées par une forte dose de suspicion.

Lire aussi : Le trafic du Grand port maritime de Bordeaux (GPMB) touche un plus bas


Une défiance qui a démarré dès l'origine de la création du Grand port maritime de Bordeaux, en 2009, quand, sur pression du secrétaire d'Etat aux Transports de l'époque et président du Conseil général de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, la première présidente du directoire du GPMB, Marie-Luce Bousseton, a dû saborder le projet de terminal méthanier du Verdon, qui devait générer entre 2 et 4 millions de tonnes de trafic additionnel pour le port. Avec à la clé une rupture tonitruante des relations avec la CCI de Bordeaux, des démissions en série et un mouvement de grève des cadres du port, qui dénonçaient une manœuvre du président de Charente-Maritime, accusé de ne pas vouloir d'une installation industrielle en face de la cité balnéaire charentaise-maritime de Royan.

Jouer sur des petits trafics à forte valeur ajoutée

Des faits qui ont sans doute poussé Marie-Luce Bousseton à démissionner l'année suivante. Et puis en 2018 le trafic du GPMB a enregistré un plus bas jamais atteint, à 7 millions de tonnes.

"Concernant la baisse d'activité il faut changer de discours. Les grandes filières industrielles, énergétiques, qui ont fait l'activité des ports sont appelées à disparaître. C'est vrai pour la plupart des activités carbonées... L'équilibre économique du port, souligne Jean-Frédéric Laurent, va se gagner par l'addition de petits volumes de trafic à forte valeur ajoutée, comme le recyclage, associés à des activités plus pointues. Cette sortie des activités carbonées, le port n'y peut pas grand-chose. A terme il faudra voir comment nous pouvons nous appuyer sur des filières à valeur ajouté et des trafics diffus, qui servent de support à l'activité industrielle".

Pour le directeur général, qui rappelons-le a dirigé les GPM de Dunkerque et La Réunion, en haute mer, Bordeaux est un peu le prototype du port proche de son territoire.

"Le port de Bordeaux est polyvalent, avec beaucoup de quais. Mais c'est aussi un port proche des territoires, un port d'estuaire enfoncé dans les terres. Cela signifie qu'il va falloir redéployer l'énergie commerciale vers le tissu industriel et l'hinterland. Il y a du dynamisme dans la région de Bordeaux mais le port n'en bénéficie pas. Ici on pense souvent à des ports plus lointains pour expédier ses marchandises", analyse le directeur général.

MSC : le second grand traumatisme

Ce constat n'est pas vraiment nouveau mais il est incontournable. Sachant par exemple que la plupart des domaines viticoles bordelais qui exportent n'ont aucune envie d'intégrer le transport à leur activité. Ce qui fait que le vin vendu à l'étranger remonte souvent par camion jusqu'au hub portuaire du Havre. Cette stratégie de développement, Jean-Frédéric Laurent, qui est arrivé depuis une grosse quinzaine de jours, est en train de l'élaborer. Mais sa première mission sera de faire de la couture et plus précisément du raccommodage. Si la tension initiale entre le port, les collectivités et les chargeurs était un peu retombée, à la suite de l'arrivé du second directeur général du GPMB, Christophe Masson, elle a fini par reprendre brutalement le dessus.

Car un autre traumatisme, encore plus proche de Bordeaux que le terminal méthanier, a frappé l'an dernier la place portuaire de plein fouet, quand le géant mondial du transport de fret maritime, la compagnie MSC, a annoncé qu'elle arrêtait d'escaler à Bordeaux, provocant la bronca des chargeurs, manutentionnaires, mais aussi des élus. Dans un contexte général franchement négatif, marqué notamment par les attaques de plus en plus directes du maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Alain Juppé, à l'encontre du directeur général du port, accusé à mots à peine couverts d'incompétence. Cette situation, Jean-Frédéric Laurent a eu le temps de s'en pénétrer.

Charte de coopération, l'outil d'un nouveau dialogue

Le règlement de ces déchirures entre le port de Bordeaux et son environnement politique et économique semble bien être tout en haut de la pile de ses priorités. A peine arrivé, ce sont bien les acteurs clés de ce dossier explosif que le nouveau président du directoire et directeur général du port s'est empressé d'aller voir.

"J'ai rencontré les représentants de la Région, du Département, de la Métropole et aussi de l'Union maritime et portuaire de Bordeaux (UMPB : qui regroupe les professionnels du port - Ndlr). Ce vendredi matin 29 mars nous avons travaillé au conseil de surveillance du port sur la charte de coopération, qui vise à créer une structure de projet en commun avec les acteurs politiques et économiques du port. Ratifié par le conseil de surveillance du port, ce document va ensuite aller chez les élus. Nous voulons innover en créant une nouvelle structure de dialogue pour mieux définir le projet stratégique du port", déroule Jean-Frédéric Laurent.

Ce projet stratégique doit être bouclé d'ici 18 mois et couvrir la période 2021-2025. Le GPM de Bordeaux avait déjà une instance de concertation qui n'a pas vraiment convaincu tout le monde de son efficacité. D'où le virage que veut marquer sur ce terrain le nouveau patron du port.

La médiation nécessaire à la reprise de BOP signée

"Le port ne peut pas travailler seul sur une filière industrielle. Pour réaliser les investissements les plus pertinents, pour atteindre au mieux les objectifs que l'on se fixe, il ne suffit pas de faire de la tonne. Parce que le port est un lieu, une interface entre les marchandises et les navires, c'est pourquoi nous devons continuer à développer de nouvelles activités de service, comme la réparation navale. Et puis le port est aussi un aménageur d'accès au fleuve, ce dernier restant l'élément structurant de notre activité. Nous devons caler un dialogue économique fin avec le territoire, sur les actions économiques à mener", éclaire en substance le directeur général.

Ce virage qui devrait être historique, s'il réussit, se double aussi et inévitablement d'une réorganisation interne du port. La relance du dialogue social est ainsi à l'ordre du jour et les affrontements violents entre la CGT-FNPD et direction du port, qui ont eu lieu l'an dernier, viennent de trouver leur épilogue grâce à la mission de médiation menée par le conseiller régional et départemental Philippe Dorthe. Ce dernier, élu du canton de Bordeaux-4 (Bassins à flot-Bacalan), dans la zone portuaire de Bordeaux, représente la Région au conseil de surveillance du GPMB.

Le GPMB s'est porté acquéreur de la société de droit privé BAT (Bordeaux Atlantique Terminal), exploitant (en liquidation judiciaire) de la manutention verticale au terminal portuaire de Bassens, pour reprendre son activité sous le nouveau nom de BOP (Bordeaux Opérations Portuaires). Et il fallait absolument parvenir à un accord avec les partenaires sociaux pour rendre viable cette reprise. C'est ainsi que ce vendredi 29 mars Jean-Frédéric Laurent a signé, avec Cyril Mauran, secrétaire général de la CGT-FNPD, un accord fiabilisant l'organisation de l'exploitation et la maintenance des outillages sur le port de Bordeaux.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/04/2019 à 10:33 :
Se recentrer sur des petits volumes en ces périodes de porte containers ultra polluants et en plus destructeurs pour les infrastructures citadines est en effet une bonne idée.

Et si on innovait et que l'on se dirigeait du coup, grâce à cette économie des petits volumes, vers du transport maritime et fluvial 100% renouvelable ? Les rivières qui se jettent dans l'estuaire de la Gironde étaient toutes aménagées à une époque...

Bref si on virait le fléau pétrolier (le lobby et pas l'économie qui s'il elle n'était pas tenue par une bande de conservateurs hystériques campés sur leurs vastes revenus du fait de leur avidité maladive serait bien plus honorable hein...) et ses dérives de cette si belle ville cela ne relèverait pas au final d'une logique d'avenir ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :