Ford Aquitaine Industries : Punch pourrait mettre 35 M€ dans la reprise de l'usine

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Présentation au Café des Arts à Bordeaux du concert du 2 mars par les musiciens de The Hyènes (sur la gauche), Philippe Poutou et Gilles Lambersend.
Présentation au Café des Arts à Bordeaux du concert du 2 mars par les musiciens de The Hyènes (sur la gauche), Philippe Poutou et Gilles Lambersend. (Crédits : J. Philippe Déjean)
Le groupe Punch, seul candidat à la reprise de Ford Aquitaine Industries (FAI), que veut fermer le groupe Ford, a jusqu’au 25 février pour faire l’ultime démonstration de la faisabilité de son plan, dont la dernière mouture a été transmise hier au groupe Ford. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, continue à croire à une éventuelle reprise de FAI, même si ce dossier manque encore de consistance. Au total 200 M€ pourraient être mobilisés en cas de reprise.

Le dossier industriel de Ford Aquitaine Industries (FAI), filiale girondine du groupe Ford spécialisée dans la fabrication de boîtes de vitesses automatiques, que sa maison-mère a condamné à fermer définitivement les portes (malgré ses 850 salariés actifs) au mois d'août, poursuit sa route. Etant donné la longue durée de ce bras de fer entre d'une part les pouvoirs publics alliés à l'intersyndicale FO, CFE-CGC, CGT, qui se battent pour maintenir une activité dans l'usine, et de l'autre le groupe Ford, qui a lancé un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui doit déboucher sur la fermeture, mais dont l'homologation a été repoussée, on pourrait penser que ce dossier industriel fait désormais du hors-piste.

La réunion organisée ce lundi 18 février au ministère de l'Economie et des Finances entre notamment les hauts fonctionnaires de Bercy, le ministre Bruno Le Maire et les représentants de l'intersyndicale, accompagnés par le préfet de Nouvelle-Aquitaine, les représentants de la Région, du Département, de Bordeaux Métropole, de la Ville de Bordeaux et du député du Médoc, démontre que les affaires ont repris. Alors qu'il semblait ne plus y avoir de porte de sortie, Bruno Le Maire, cohérent avec l'entretien qu'il a accordé la semaine dernière à La Tribune, n'a rien enterré.

D'où viennent les 200 M€ dans la balance

Dans un communiqué officiel reçu à La Tribune à Bordeaux hier à 17 h 47, Bercy confirme, à l'issue de la réunion, qu'il reste encore quelques grains à moudre et ne rejette pas les propositions de reprises de l'usine de Blanquefort faites par le groupe Punch, qui a repris à Strasbourg une activité de fabrication de boîtes de vitesse pour le compte de General Motors. Pour valider cette option de reprise, le groupe Punch serait selon Bercy (cité dans le compte-rendu de réunion réalisé par la CGT) prêt à mettre 35 M€ dans la corbeille. Mais Punch n'a toujours pas les lettres d'intention de clients potentiels, comme PSA ou Renault, qui crédibiliseraient ce plan. C'est d'autant plus gênant que dans cette nouvelle mouture de reprise, Punch ne pourrait, dans un premier temps, garantir de l'emploi que pour 200 salariés à temps plein et 150 à temps partiel.

Ford Aquitaine Industries Barthe Poutou

Denis Barthe (The Hyènes -ex batteur de Noir Désir), Philippe Poutou et Gilles Lambersend avec la nouvelle formule de La Tribune, au Café des Arts (J-Philippe Déjean).

Néanmoins, comme cela avait déjà été annoncé, Ford serait selon le ministère disposé à abonder l'opération de reprise de son usine à hauteur de 150 M€. Aucun chiffre concernant les collectivités n'a été redonné, mais ces dernières seraient globalement prêtes à réinjecter un peu plus de 15 M€ dans la reprise.

"Punch a préparé une nouvelle offre de reprise du site qui sera soumise à Ford aujourd'hui (hier lundi 18 février - NDLR). Le gouvernement souhaite que cette offre apporte une activité suffisante au site, permettant d'y garantir l'emploi des salariés repris, et sécurisant la cession de l'entreprise par Ford. Cette solution nécessite qu'un accord soit trouvé dans les prochains jours. Un nouveau point sera organisé avec les salariés au ministère de l'Economie et des Finances en début de semaine prochaine" annonce ainsi Bercy dans son communiqué officiel.

Si reprise il y a, la CGT veut discuter conditions sociales

Autrement dit, l'option Punch, qui semblait sérieusement compromise, tient encore la route au ministère de l'Economie et des Finances. "Je suis déterminé à trouver une solution de reprise viable pour le site de Ford Blanquefort. Il nous reste peu de temps pour ce faire. Je mettrai donc toute mon énergie aux côtés des salariés et des élus, pour donner au projet Punch toutes ses chances" a souligné pour être bien compris de tous Bruno Le Maire. Au cours de la réunion, et selon la CGT, qui se montre dubitative à ce propos, il a précisé que si un accord avec le groupe Punch est trouvé "le PSE de fermeture serait suspendu le 4 mars, pour un nouveau PSE de reprise".

La CGT fait valoir de son côté que si Punch est qualifié pour la reprise cela impliquera de discuter des garanties pour les salariés, d'assurer "les conditions sociales pour ceux qui restent", sachant qu'il y a "des anciens pré-retraitables prêts à partir" et d'autres salariés qui préfèreront être licenciés pour chercher du travail ailleurs. La confédération, qui ne comprend pas pourquoi le groupe Ford devrait accepter aujourd'hui ce qu'il a refusé hier, a demandé au ministère de faire pression sur Teddy Riner, pour que ce super champion de judo français, à la fois champion olympique et champion du monde, arrête de soigner l'image de Ford, dont il est un ambassadeur, dans des publicités "au moment où le groupe Ford ferme sa seule usine en France".

La reprise : l'hypothèse la moins crédible selon la CGT

Si l'option Punch est finalement invalidée la CGT demande à ce que l'Etat intervienne pour élaborer une stratégie industrielle avec les collectivités, même sans repreneur immédiat. Mais le syndicat souligne aussitôt qu'il est peu probable que cette option soit retenue. "C'est une bataille peut être perdue d'avance, depuis le début, mais on ne le saura qu'à la fin" recadre la CGT qui pronostique que c'est bien le mardi 26 février "que nous aurons les réponses à nos questions".

Dans le cas ou la reprise de l'usine serait d'actualité, c'est aussi ce jour-là que les syndicats devront se prononcer pour ou contre la reprise, ce qui reste "on le redit, martèle la CGT, l'hypothèse la moins crédible à ce jour". L'usine FAI emploie 850 salariés actifs. Sur cet ensemble 150 salariés devraient être mutés à l'usine sœur de Getrag Ford Transmissions (GFT), voisine de quelques centaines de mètres, qui fabrique des boîtes de vitesse manuelles, 300 partiraient en préretraite et 400 d'entre eux seraient licenciés, dans le cadre du PSE. Quoi qu'il arrive le concert de soutien à la poursuite de l'activité à FAI, programmé le 2 mars à la salle des fêtes du Grand Parc, avec Cali ou encore The Hyènes, est bien maintenu.

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Commentaires
a écrit le 20/02/2019 à 11:31 :
Si c'est la CGT qui mène les débats l'affaire est perdue d'avance.
a écrit le 19/02/2019 à 17:39 :
" Mais Punch n'a toujours pas les lettres d'intention de clients potentiels, comme PSA ou Renault, qui crédibiliseraient ce plan."

Tout est dit dans cette phrase. Il n'y a toujours pas de client pour acheter les boites de vitesse. Sans client quel est le but d'une reprise?

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