Ford Aquitaine Industries : "J'ai perdu la bataille sur ce PSE" déclare Jean-Pierre Floris

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Jean-Pierre Floris ne comprends pas la stratégie du PSE de Ford, qui n'exclut pas selon lui la reprise de l'usine de Ford Aquitaine Industries.
Jean-Pierre Floris ne comprends pas la stratégie du PSE de Ford, qui n'exclut pas selon lui la reprise de l'usine de Ford Aquitaine Industries. (Crédits : J. Philippe Déjean)
L’annonce le 7 juin du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) a fait l’actualité du comité de suivi de Ford Aquitaine Industries de ce mercredi 13 juin. Jean-Pierre Floris, délégué interministériel aux restructurations d’entreprises, venu à Bordeaux sans aucune annonce concrète, a été accusé par le cégétiste Philippe Poutou d’être complaisant avec Ford.

"J'ai perdu la bataille sur ce PSE, qui est absurde comme solution. A l'inverse nous avons eu quelques avancées sur la reprise puisque nous travaillons avec un repreneur éventuel qui me paraît sérieux. Mais nous ne sommes pas au bout", a commenté avec un certain flegme Jean-Pierre Floris à sa sortie de la réunion du comité de suivi de Ford Aquitaine Industries (FAI), qui s'est tenue ce 13 juin à la préfecture de la Gironde.

Cette filiale de Ford Europe, à Blanquefort (Bordeaux Métropole), qui emploie plus de 800 salariés et fabrique des boîtes de vitesses automatiques, perdra ses derniers plans de charge l'an prochain. Ford s'est engagé à rémunérer les salariés de FAI jusqu'à septembre 2019. Mais depuis l'annonce du lancement d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), lors du comité d'entreprise extraordinaire du 7 juin, les perspectives initiales se sont brouillées. La plupart des syndicalistes, et ils ne sont pas les seuls, craignent désormais une fermeture définitive de l'usine bien avant septembre 2019. Opposés il y a encore quelques jours à une reprise de l'usine, les syndicalistes, désormais placés sous la menace d'un PSE, rallient cette option controversée.

"Une réunion de merde..."

"Avec cette annonce d'une fermeture complète et définitive de l'usine contenue dans le PSE, la recherche d'un repreneur est devenue une obligation et nous sommes tous d'accord là-dessus, parce que ce PSE est prématuré et que Ford a les moyens de réorienter les fonds prévus pour cette option dans une reprise de Ford Aquitaine Industries", commentait ainsi ce matin devant la préfecture Gilles Lambersend, secrétaire (CGT) du comité d'entreprise de FAI.

Philippe Poutou, délégué CGT de FAI et ex-candidat à l'élection présidentielle, est sorti de cette rencontre plutôt énervé.

"C'était une réunion de merde ! Ford confirme le PSE et, c'est surprenant, tous les représentants de l'Etat étaient hyper gentils avec ceux de Ford. D'où une réunion un peu plus longue parce qu'on s'est jeté avec eux. Floris a dit qu'il avait perdu le combat. Nous on dit non ! Le combat continue. S'il y a un PSE c'est la fin de tout, et là ça a chauffé. L'Etat a de nombreux moyens pour faire pression sur Ford ! Il n'y a rien eu d'annoncé, que du discours... Floris s'est dit vexé, perdant, il regrette...", a égrené Philippe Poutou.

Revoyure pour la reprise fin juillet

Pour les participants à ce comité de suivi, l'impression générale est qu'avec son PSE Ford a mis le couteau sur la gorge de tous les acteurs du dossier, y compris les élus et des services de l'Etat.

"Ford est sur des positions complètement bloquées... On ne peut pas discuter avec un repreneur trois semaines avant de lancer un PSE. J'ai demandé aux représentants de Ford Europe : quel est votre calendrier, on ne le comprend pas ! Au moins pendant cette réunion nous avons pris un cours de langue de bois", a observé avec ironie Véronique Ferreira, maire PS de Blanquefort.

La confusion créée par le télescopage entre reprise de l'usine et plan de sauvegarde de l'emploi domine la couleur psychologique de ce paysage d'entre-deux, où seul Ford semble avoir pu pousser ses pions dans la direction voulue.

Jean-Pierre Floris tient cependant à rappeler que des perspectives d'évolution restent ouvertes. "Nous avons obtenu qu'il y ait une réunion fin juillet avec les dirigeants de Ford Europe pour que l'identité du repreneur de FAI soit connue. Il ne faut pas que ce PSE remette en cause les compétences au sein de l'effectif de Ford Aquitaine Industries, afin d'avoir un maximum de chance de convaincre un éventuel repreneur", a déroulé le délégué interministériel aux restructurations d'entreprises.

Et les moteurs pour voitures électriques ?

Le député LREM du Médoc, Benoit Simian, partage l'avis général et ne comprend pas que des pistes nouvelles, évoquées il y a déjà plusieurs mois n'aient pas été étudiées en détail.

"Nous avons regretté la méthode utilisée par Ford avec le lancement d'un PSE alors que nous devons accélérer les discussions pour assurer le nouveau projet de reprise du site. Mais il faut du temps pour trouver un bon repreneur et Ford nous met la pression avec ce PSE. J'ai regretté en tant qu'élu attaché à la mobilité que Ford ne soit pas capable de développer un nouveau projet de véhicule électrique. Ford est en train d'en développer un dans l'une de ses usines en Angleterre et c'est à se demander s'il n'y a pas un lien avec le Brexit. J'espère que l'on ne paie pas pour un effet de la politique de Trump", a exposé le député.

Ford a rempli son contrat

Dans son communiqué officiel, Ford enfonce le clou sur l'absence de contenu de ce comité de suivi. Ni les élus ni les services de l'Etat n'ayant apportés la moindre nouvelle option constructive concernant le futur de l'usine, le groupe Ford a souligné qu'il a réitéré ce qu'il avait déjà annoncé le 7 juin.

"Lors de cette réunion tripartite, et bien que nous n'ayons eu aucune information à partager en complément de l'annonce opérée la semaine dernière (lors du comité d'entreprise extraordinaire -NDLR), nous avons pu réitérer un certain nombre de considérations essentielles concernant la situation de Ford Aquitaine Industries" a ainsi confirmé Ford.

Avant de rappeler que la priorité restait à la reprise de l'entreprise et de confirmer qu'il n'y aurait aucun départ contraint de l'usine avant septembre 2019. Le groupe Ford conclut en estimant avoir rempli ses responsabilités vis-à-vis des collectivités au cours de ces dernières années, avec 144 M€ investis dans l'usine depuis 2011 pour 26,5 M€ d'aides publiques reçues. Les 19 et 20 juin des représentants des quatre syndicats ouvriers de l'usine se rendront à Cologne, au siège de Ford Europe, pour manifester lors de la tenue du comité de groupe.

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Commentaires
a écrit le 14/06/2018 à 12:48 :
Rien que le fait que Poutou y soit, cela doit déjà dissuader tout repreneur

Cela dit, j'ai de la peine pour les employés mais l'emploi à vie n'existe plus sauf dans la fonction publique et para-publique
a écrit le 14/06/2018 à 11:34 :
exactement ,très bien rafale
a écrit le 13/06/2018 à 17:07 :
Depuis le temps que ce site est maintenu sous perfusion, il n'est pas surprenant qu'il ferme puisqu'il n'en a plus besoin. Il peut produire plus avec moins de site. Ca s'appelle gain de productivité.
Ford ne va certainement pas investir dans un site qui depuis des années ne lui pose que des problèmes. Oui, il s'en va là où les conditions sont meilleures.

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