Ford Aquitaine Industries : les syndicats mobilisent

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Jim Hackett, président de Ford Motor Company
Jim Hackett, président de Ford Motor Company (Crédits : DR-Ford Motor Company)
Après l’entrevue consensuelle avec les élus au ministère de l’Economie et des finances, l’intersyndicale de Ford Aquitaine Industries se prépare au comité de suivi prévu avec le groupe Ford ce vendredi 9 mars à la préfecture. Les syndicats ne veulent pas d’une nouvelle cession de FAI à un repreneur.

L'annonce de la tenue à la préfecture de la région Nouvelle-Aquitaine, à Bordeaux, de la prochaine réunion du comité de suivi dédié à Ford Aquitaine Industries (FAI), vendredi 9 mars, apporte un petit rayon d'espoir au milieu d'une situation des plus sombres pour le futur de l'usine. Pour autant le refus de lancer la fabrication d'une nouvelle boîte de vitesses à FAI, la 8FMID, et l'évocation d'une nouvelle cession (après celle de 2009) à un repreneur, ne passent pas auprès de l'intersyndicale (CGT, CFTC, FO, CFDT) qui a appelé à la tenue d'une assemblée générale des salariés, ce lundi, avec des débrayages à l'appui.

Lire aussi : Ford lâche son usine de Blanquefort


Distributions de tracts à l'extérieur et manifestations à l'intérieur de l'usine
, pouvant aller jusqu'au blocage et à la perturbation de la production sont au programme de demain mardi. Et vendredi 9 mars, jour du comité de suivi, l'intersyndicale envisage une journée de mobilisation, avec manifestation à Bordeaux.

Le groupe Ford a donné plusieurs informations en interne aux salariés de FAI à la fin de la réunion, à Bercy, des représentants syndicaux et des élus avec le ministère de l'Economie et des finances, Bruno Le Maire.

Les syndicats veulent une action immédiate de l'Etat

"La multinationale doit mettre en place, sous quinze jours, un groupe de travail au niveau européen (task force) dont l'objectif est d'examiner toutes les solutions, de rechercher des possibilités extérieures à Ford (repreneur...)" rappelle notamment le syndicat CFTC de l'usine, historiquement en première ligne au côté de la CGT pour défendre l'avenir de FAI.

Cette annonce précise aussi que le directeur de FAI fera le lien avec le groupe de travail et qu'un cabinet extérieur sera chargé d'évaluer les propositions qui seront faites, comme par exemple la reprise de l'usine (étude des business plans, etc.). Une hypothèse que les syndicats rejettent pour le moment massivement. S'adressant à Bruno Le Maire, l'intersyndicale en a appelé à une mobilisation immédiate des pouvoirs publics.

"Dans l'urgence, il est important de consolider l'activité de l'usine pour 2018 et 2019. En effet, contrairement à ce que voudrait faire croire Ford, toutes les activités actuelles sont en forte baisse. Par exemple, les volumes prévisionnels 2018 du double embrayage (DC500) sont divisés par deux par rapport à l'année précédente. Pour ce qui est de l'activité de fabrication de transmissions automatiques (6F35), les volumes sont aussi en chute libre, passant de 560 par jour en janvier à 420 en mai. Mais cette activité pourrait perdurer et même reprendre de la vigueur si Ford décidait d'octroyer les volumes pour le nouveau véhicule Ecosport prévu pour le marché européen, et cela sans investissements puisqu'il sera équipé de la transmission 6F35 que nous produisons déjà à Bordeaux" décortique l'intersyndicale.

"Ford doit s'impliquer dans le futur de l'usine"

Figure emblématique du combat des salariés de Ford à partir de 2007 pour éviter la vente du site, aujourd'hui salarié retraité élu conseiller régional (PRG) de Nouvelle-Aquitaine sur la liste d'Alain Rousset en charge de la restructuration économique et sécurisation des parcours professionnels, et à ce titre toujours intéressé par FAI, Francis Wilsius ne comprend pas lui non plus.

"Je suis déçu car depuis plus d'un an de comités de suivi on pensait que l'on pourrait travailler avec Ford sur la diversification du site de Blanquefort. Je pense que cette décision de pas fabriquer la boîte 8FMID à FAI a été prise il y a longtemps. Sauf que l'on a perdu un an. Malgré cette grosse déception et les questions qui se posent, je pense qu'il vaut mieux laisser la porte ouverte avec Ford. Le groupe doit aider les pouvoirs publics et les salariés à reprendre le site, avec ses sous-traitants. Ford est en mesure de mettre les enveloppes qu'il faut sur la table, il faut convaincre le groupe de s'impliquer dans le futur de l'usine" analyse Francis Wilsius.

Les salariés ne renoncent pas à leur productivité

En plus du coup de massue pour les 850 salariés actuellement actifs sur le site du refus de faire fabriquer sur place la nouvelle boîte de vitesses 8FMID, la raison invoquée - la non-compétitivité de l'usine - a tendance à les ulcérer. Parce que cette usine Ford délocalisée en France en 1973, pour y fabriquer des boîtes de vitesses automatiques destinées au marché américain, a justement dû démontrer sa compétitivité : les usines du groupe étant mises en concurrence les unes avec les autres avant l'attribution de tout nouveau projet industriel. Quand il vient en juin 1998 à Blanquefort annoncer le lancement de la fabrication d'une nouvelle boîte de vitesse moyennant 1,5 milliard de francs (296 M€) Alex Trotman, PDG de FMC, n'hésite pas à souligner que l'équipe de l'usine de FAI est un modèle de qualité et d'efficacité.

D'autres audits confirmeront que les ouvriers de Ford Aquitaine Industries se classent parmi les meilleurs du groupe. Le diagnostic d'une non-compétitivité de FAI sonne donc aujourd'hui aux oreilles de ces salariés comme un mauvais prétexte. "L'Etat français a-t-il eu les éléments chiffrés démontrant la non-compétitivité de FAI, qui permettent à Ford de ne pas affecter la transmission 8FMID à notre usine ?" interroge ainsi le syndicat CFTC. L'histoire dira si le comité de suivi du 9 mars est une réunion de rupture ou au contraire celle d'une amorce d'une négociation.

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Commentaires
a écrit le 07/03/2018 à 22:54 :
Ford a de nombreuses usines en Europe et dans le monde entier. Rien n' oblige une entreprise a construire en France alors que d' autres pays sont plus competitifs en matiere de couts de production...Et puis notre chere Regie nationale des usines Renault a ferme son usine ...en Belgique !...sans aucun etats d' ame !
Une entreprise soumise a la concurrence n' est pas un atelier national procurant du travail aux plus demunis...

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