Bordeaux Euratlantique : Eiffage prototype la construction bois avec la tour Hypérion

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Le programme Hypérion développé par Eiffage à Bordeaux Belcier a reçu le Grand prix de la Pyramide d'Or 2019.
Le programme Hypérion développé par Eiffage à Bordeaux Belcier a reçu le Grand prix de la Pyramide d'Or 2019. (Crédits : Eiffage)
Cette tour de logements qui atteindra bientôt 55 mètres à Bordeaux Belcier fait la part belle au bois et à des modules préfabriqués. Baptisée Hypérion, elle est présentée comme la vitrine du savoir-faire d'Eiffage dans la construction bois, une technique émergente appelée à se diffuser largement et soutenue activement par l'EPA Euratlantique.

13 des 17 étages de la structure en béton sur laquelle viendront se greffer les appartements en bois sont déjà achevés. D'ici l'été 2020, les 98 logements et leurs balcons seront posés et donneront à la tour Hypérion sa silhouette définitive de plus haute tour d'habitation en structure bois de France. Sa toiture végétalisée à 55 mètres de haut surplombera l'arrêt de tramway Carle Vernet et l'ancien centre de tri postal Armagnac. Pour l'heure seulement deux logements témoins sont assemblés pour illustrer la mécanique de la construction bois présentée par Eiffage Construction comme l'aboutissement de dix ans de recherche et développement.

Une pose trois fois plus rapide

"La structure centrale est en béton, notamment pour résister à l'humidité et aux risque sismiques. Mais ensuite ce sont des logements en bois qui sont construits en assemblant des produits finis préfabriqués en usine à l'aide d'une maquette numérique. Les façades, les balcons, les planchers, les plafonds arrivent prêts à poser ce qui permet d'être trois fois plus rapide qu'avec une construction béton classique et de réduire les nuisances du chantier", explique Christian Birbaud, le directeur régional d'Eiffage Construction. Le bois, du pin Douglas, provient de Corrèze où il est transformé à Egletons. L'isolation phonique et thermique tout comme les normes anti-incendies sont respectées en contrepartie de plafonds et de planchers plus épais qu'en béton.

Tour Hypérion Euratlantique Eiffage

La tour Hypérion en décembre 2019 avec les deux premiers logements témoins (crédits : Eiffage Construction).

Le chantier initié en mars 2019 a déjà bien avancé et la tour doit être achevée au printemps 2020. Mais le programme dans son ensemble - qui comprend aussi un immeuble de logements en R+9 et un autre de bureaux en R+8 en construction béton classique - ne sera livré qu'un an plus tard en mai 2021. Au total, cela représente 17.000 m2 de surface de plancher dont 3.900 m2 de bureaux, 362 m2 de commerces en pied d'immeuble, 151 places de parking et 176 logements dont 98 dans la tour (6.533 m2 de surface de plancher). Le tout pour un investissement de 50 M€.

Un investissement dans la filière bois

Le choix de la construction bois coûte plus cher à Eiffage qu'un procédé classique déjà maîtrisé mais permet de poser des jalons importants pour l'avenir :

"On sort les logements à 2.200 €/m2 contre 1.700 €/m2 pour du béton. Le bois n'est donc pas compétitif aujourd'hui faute de pouvoir s'appuyer sur une filière française structurée mais l'objectif est d'être compétitif dans les années qui viennent. Le savoir-faire expérimental et les éléments prototypés que nous avons déployé ici, comme les poteaux hybrides bois-métal, sont désormais acquis pour Eiffage ce qui facilitera nos futurs projets", affirme Christian Birbaud, qui reprend : "Le coût financier ne doit pas être le seul critère. Le choix du bois permet aussi un bilan carbone global du bâtiment - construction, vie, démolition - inférieur de 45 % à celui du même projet en béton."

Et ces considérations sont pleinement partagées par l'Etablissement public d'aménagement (EPA) Bordeaux Euratlantique qui a lancé en 2015 le concours pour ce programme en imposant une construction bois. "Déjà à l'époque nous avions eu neuf candidatures alors même que le projet n'était pas autorisé par la législation en vigueur ! La filière bois n'est pas la seule réponse à la baisse des émissions de gaz à effet de serre du bâtiment mais c'est l'une d'entre elles et il est indispensable que des fleurons français comme Eiffage se positionnent sur ces nouvelles techniques pour réduire l'impact du secteur et ne pas être dépassés par d'autres acteurs", souligne Stéphan de Faÿ, le directeur général de l'EPA.

Après déjà 120.000 m2 de construction bois à Euratlantique en 2019, l'établissement impose désormais 100 % de bois pour les projets immobiliers développés sur le périmètre de l'Opération d'intérêt national à Bordeaux, Bègles et Floirac. "Cet engagement de l'EPA sur un volume important d'au moins 25.000 m2 par an doit aider la filière de la construction bois en Nouvelle-Aquitaine à se structurer", ajoute Stéphan de Faÿ.

Lire aussi : La filière bois passe à l'offensive en Nouvelle-Aquitaine

Mettre du bois en centre-ville

De son côté, Jean-Paul Viguier, l'architecte d'Hypérion, voit aussi ce projet comme un démonstrateur. "Nous avons voulu prouver que la construction bois a toute sa place en centre-ville dans des bâtiments hauts alors qu'on l'utilise en général plutôt pour des maisons en zone périurbaine."

Du côté du programme Hypérion, les 176 logements seront vendus à un prix moyen de 3.800 €/m2 TTC. Derrière cette moyenne, se trouve un éventail de prix avec environ un tiers de logements en accession maîtrisée (moins de 3.000 €/m2) et de l'accession libre (autour de 4.500 €/m2). Des logements locatifs sociaux, gérés par Clairsienne, sont aussi prévus principalement dans l'immeuble en béton même si quelques-uns sont symboliquement intégrés dans la tour en bois.

Tour Hypérion Euratlantique Eiffage

Tour Hypérion Euratlantique Eiffage

Les planchers, poutres, façades, plafonds et balcons sont en bois et CLT prédécoupés et prêts à assembler (crédits : PC / La Tribune)

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