A Bègles, l'ancien siège de DDP va accueillir des startups

 |   |  1112  mots
L'équipe de la startup JeStocke.com s'est installée à l'étage du bâtiment, près de Sew & Laine
L'équipe de la startup JeStocke.com s'est installée à l'étage du bâtiment, près de Sew & Laine (Crédits : La Tribune / Mikaël Lozano)
Marque de vêtements à succès pendant des années, DDP voit sa page se tourner rendant inutile un immense bâtiment de 6.500 m2 à Bègles, près de Bordeaux. Le lieu, atypique, va connaître une nouvelle vie et abriter de jeunes pousses de l'économie métropolitaine à un prix plancher, ainsi qu'une maison d'artistes. Fondateur de DDP, Laurent Caillet explique comment.

Le 48 de la rue Ferdinand Buisson ne laisse pas paraître grand'chose de ce qu'il a été, ni de ce qu'il va devenir. Niché à Bègles, ce site développant 6.500 m2 au sol a pourtant une histoire marquée liée à l'univers du textile. A l'intérieur, on découvre une immense salle de réception, des escaliers dans tous les sens, une succession de bureaux équipés et d'armoires vides, des racks de stockage... et un invraisemblable bric-à-brac témoignant de la vie entrepreneuriale qui s'est déroulée entre ces murs. D'un pas vif, Laurent Caillet assure la visite, slalome entre les portants de vêtements, montre ses collections de vieux postes de radio, de machines à écrire... et explique comment il envisage l'avenir du lieu. Celui qui se décrit comme "un commerçant à l'ancienne" rembobine : "Ce bâtiment était historiquement un garage où l'on réparait des engins de taille moyenne et où on les exposait. Je l'ai racheté à la bougie (aux enchères, NDLR) et j'y ai installé le local de distribution de Doc Martens pour toute la France."

A l'époque, le Bordelais est le premier à avoir obtenu le droit de distribuer les célèbres chaussures dans l'Hexagone. Mais l'affaire de sa vie, c'est surtout DDP, marque de mode née sous le nom les Docks Dupont, qui a fait fureur dans les années 90 auprès des jeunes générations. Symbolisée par Eggman, petit personnage jaune devenue iconique, DDP conçoit des pantalons larges, des pulls à rayures, la fameuse salopette jaune... qu'elle écoule à travers ses magasins (en propre et affiliés) et via les revendeurs multimarques.

Logo DDP

En 1998, le siège de l'enseigne s'installe au 48 rue Ferdinand Buisson. La marque cartonne mais va connaître des difficultés importantes dans la foulée de la crise de 2008.

"Après cette crise, le parc français de magasins multimarques s'est réduit de moitié et ceux qui ont résisté se sont retrouvés en grande difficulté, résume Laurent Caillet. Nous avons essayé de miser sur le développement de notre propre réseau, au plus haut nous avions 40 magasins en propre et une centaine d'affiliés, mais nous avons été pris en tenaille à partir de 2012 par plusieurs phénomènes : l'évolution profonde des modes de consommation avec l'explosion du e-commerce mais aussi l'arrivée de gros acteurs comme Zara, Primark et d'autres avec des prix cassés, Sandro, Maje avec un autre positionnement, là où nous étions, nous, sur un marché moyen/haut de gamme."

Une nouvelle vie pour le site

DDP s'était essentiellement implantée dans des villes de taille modeste qui ont pris de plein fouet la concentration des habitants dans les métropoles.

"On s'est retrouvé dans des rues où un tiers des pas de porte étaient à louer et ne trouvaient pas preneurs. Les actifs qui valaient 100.000 à 200.000 € tombaient à zéro. Dans le même temps, les clients ont changé leurs habitudes de consommation, n'achetant plus qu'en période de soldes, de grosses remises... Chiffres et marges ont dégringolé. Après trois années successives de pertes, jusqu'à 1,2 million en 2018, j'ai décidé d'arrêter. Notre modèle n'avait plus de sens. Nous venions de rater Noël puis les soldes avec le mouvement des Gilets jaunes, la saison d'été ne démarrait pas... Et je n'avais jamais voulu être appuyé par des fonds, qui maintiennent les entreprises sous perfusion puis les avalent. DDP c'était toute ma vie professionnelle, mon fils Nicolas aurait dû prendre la suite... A la fin de l'année, l'effectif sera tombé à zéro."

Laurent Caillet n'a pas abandonné ses velléités commerciales pour autant. Il a monté une nouvelle enseigne, Bonendroi, qui compte des magasins à Bordeaux et Arcachon, mais refuse obstinément d'en faire une chaîne : "Etre commerçant, c'est dénicher des produits, les sélectionner, achalander un magasin. Lorsqu'ils entrent dans une boutique, les gens savent s'ils sont dans un magasin ou dans une chaîne. Les enseignes de taille moyenne vont disparaître." Parallèlement, il développe la fameuse carafe vintage que l'on trouvait sur les tables de France dans les années 50 à 70, et soutient l'entreprise de sa femme, le Bijou de Mimi et ses médailles. Lui restait sur les bras le siège de DDP :

"L'entrepôt s'est vidé, j'avais le choix entre vendre ou redonner une 2e vie au lieu. C'est l'option que j'ai choisie. Le site va héberger ce que j'appelle la Maison jaune, une maison d'artistes de street art avec une douzaine d'ateliers individuels, une salle de peinture étanche, et à l'extérieur des ateliers de soudure et de menuiserie. Nous accueillerons aussi la brasserie Pip, qui produit des bières locales, et nous commençons à louer à des startups et à des travailleurs indépendants."

DDP Bègles startups

Les racks logistiques sont encore en place.

Sew & Laine a déjà posé ses bagages sur 500 m2. Ce tiers-lieu dédié à l'univers du textile et de la mode écoresponsable y propose des ateliers et bureaux partagés, des tables de travail... JeStocke.com est la dernière arrivée. La startup, qui propose aux particuliers comme aux professionnels de louer leurs pièces inoccupées en tant qu'espace de stockage, était déjà installée à Bègles, au Château numérique. Elle a dû quitter ces locaux et est tombé sur ceux, très proches, de l'ancien siège de DDP. Dépassant la vingtaine de salariés, la jeune pousse a sauté sur l'occasion. Le lieu a, il faut le dire, un certain charme.

"Aujourd'hui il reste environ 1.500 m2 à louer. Tout est modulable, on peut cloisonner à l'envie. Nous proposons des périodes d'accueil d'un an, renouvelable deux fois, avec l'objectif de créer une véritable communauté, un lieu de rencontre avec des acteurs qui ont un réel intérêt à vivre ensemble.", précise Laurent Caillet. Le tout à un tarif imbattable : 20 euros par m2 et par mois, charges incluses (eau, électricité, ménage, accès aux parties communes dont la cafeteria et les salles de réunion) hors taxe foncière. Les nouveaux locataires peuvent se manifester dès à présent (auprès de Séverin Hils, [email protected]) pour s'installer courant décembre. Il reste le sujet de l'accessibilité, qui peut interroger à première vue. Une ouverture sera prochainement réalisée à l'arrière du bâtiment, donnant accès au tramway en moins de cinq minutes à pied.

DDP Bègles startups

Le site propose plusieurs espaces partagés, comme la cafeteria et cet espace détente accueillant une caravane vintage

DDP Bègles startups

Le showroom permet d'accueillir des événements, des défilés...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :