Covid-19 : 197 suppressions de postes chez Lisi-Creuzet Aéronautique à Marmande

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Lisi-Creuzet Aéronautique qui emploie 850 CDI à Marmande (Lot-et-Garonne), prévoit de supprimer près d'un quart des postes de travail.
Lisi-Creuzet Aéronautique qui emploie 850 CDI à Marmande (Lot-et-Garonne), prévoit de supprimer près d'un quart des postes de travail. (Crédits : Lisi-Creuzet Aéronautique)
Le plan de sauvegarde de l'emploi présenté fin septembre par la direction de Lisi-Creuzet Aéronautique prévoit la suppression de 197 postes. C'est 23 % de l'effectif de cet équipementier aéronautique installé à Marmande (Lot-et-Garonne) et confronté durablement à une triple crise : le Covid-19, les déboires du Boeing 737 Max et le retard du GE9X. Les discussions ont démarré avec les syndicats pour tenter de réduire de moitié l'ampleur du plan social.

C'est un alignement des planètes aux conséquences particulièrement néfastes pour l'équipementier Lisi-Creuzet Aéronautique, qui employait encore début 2020 à Marmande, un millier de salariés, dont 850 CDI et 150 CDD et intérimaires. La filiale de Lisi Aerospace, qui fabrique pour les constructeurs et motoristes des lèvres, bords d'attaques et aubes de réacteurs, devrait afficher en 2020 un chiffre d'affaires en recul de -45 % par rapport aux 166 millions d'euros de 2019. Plus inquiétant encore, elle s'attend à un trou d'air d'au moins cinq ans si bien qu'elle ne prévoit pas de retrouver une activité du niveau de 2019 avant l'exercice... 2025. "L'année 2021 devrait être au même niveau que 2020, autour de 90 millions d'euros. On prévoit ensuite de remonter doucement la pente pour atteindre 130 millions en 2023 puis 160 millions en 2025. C'est donc un trou profond de deux ans et une reprise très lente", déroule Marc Steuer, le directeur général de l'entreprise, qui a déclenché le 1er octobre dernier le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) prévoyant la suppression de 197 postes.

Boeing, Airbus, General Electric

Depuis le printemps dernier et la crise profonde du secteur aéronautique née du Covid-19, les syndicats craignaient même un plan social bien plus dévastateur tant les nuages s'accumulaient dans le ciel du Marmandais. La première mauvaise nouvelle est liée aux déboires du Boeing 737 Max, cloué au sol depuis mars 2019 après plusieurs accidents mortels.

"Nous livrons Safran pour les moteurs du 737 et le flux de commandes, qui pesait 10 à 15 % de notre activité, s'est tari fin 2019. On a donc commencé dès début 2020 à ne plus remplacer les départs et les CDD. L'impact du Covid-19 est ensuite venu amplifier dans la durée la crise déjà existante avec un 2e trimestre 2020 à -62 %", rembobine Marc Steuer.

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Et alors que l'équipementier comptait sur le projet de turboréacteur GE9X avec General Electric pour amortir le choc, ce programme a été décalé de 18 mois pour des raisons techniques indépendantes de Lisi-Creuzet. "Dans le même temps, Airbus, mis en difficulté par le Covid-19, a purement et simplement annulé des commandes pour le projet NIS d'assemblage de nacelles pour un montant de 10 millions d'euros d'ici 2024", complète le directeur du site.

Des difficultés que reconnaissent bien volontiers les représentants syndicaux. "Les problèmes ont commencé avant le Covid qui a depuis stoppé toute la consommation des compagnies aériennes et donc des avionneurs et de leurs fournisseurs. Cela s'est traduit par du chômage partiel à hauteur de 30 à 75 % en fonction des équipes", confirme Franck Minvielle, le délégué CFDT (minoritaire), qui travaille étroitement avec ses collègues de la CGT majoritaire. "Le problème c'est que la direction refuse d'explorer les autres possibilités que le PSE comme l'Activité réduite pour le maintien en emploi [Arme] ou l'activité partielle de longue durée [APLD]. Marmande est le seul site de Lisi Aerospace a subir un plan de licenciements !", regrette Franck Minvielle.

"Il n'y aura pas de rebond rapide"

Le groupe Lisi Aerospace, qui a racheté Lisi-Creuzet en 2011, compte plus de 6.600 salariés dans neuf pays pour 997 millions d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier. Et d'autres sites français, comme celui de Dole (Jura), bénéficient du chômage de longue durée.

"Le problème à Marmande c'est qu'une mesure APLD ne suffirait pas parce que l'on sait avec certitude que dans deux ans on en sera au même point qu'aujourd'hui. Il n'y aura pas de rebond rapide. La crise va durer au moins cinq ans", rétorque Marc Steuer.

Lisi-Creuzet Aéronautique Marmande

Les discussions entre la direction et les syndicats sur le contenu du PSE débutent et pourraient en faire évoluer les contours, peut-être même au point d'en réduire l'ampleur. "Nous allons prioriser les départs volontaires, en retraites et pré-retraites avec des rachats de trimestres, les accompagnements à la création ou la reprise d'entreprise, les accompagnements aux déménagements, les mobilités internes avec une vingtaine de postes ouverts ailleurs en France, etc. On espère que cela pourra concerner au total une soixantaine de personnes", détaille le directeur de l'usine, qui souhaite également travailler avec la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) pour déployer de l'APLD sur certains familles de produits, dont les bords d'attaques. Cela pourrait permettre de sauver 25 à 30 postes de plus.

"Au total, j'espère que l'on pourra passer sous la barre des 100 licenciements contraints. Mais je ne suis pas optimiste pour autant, je suis réaliste face à tout ce qu'il reste à faire d'ici au 7 janvier, date de la fin de la procédure d'information-consultation", explique Marc Steuer.

Filialisation et délocalisation

De son côté, Franck Minvielle souhaite aussi scruter les critères retenus dans le PSE. "Il y a des conditions d'âges, d'ancienneté et de notation des salariés. Sur ce dernier point, la CFDT émet de fortes réserves car la notation ne résume pas une personne et il faut plutôt raisonner en termes de compétences : sont-elles essentielles à l'entreprise ou pas ? Par ailleurs, il faut être prudent sur l'application de l'APLD seulement à certains produits parce que cela serait une inégalité de traitement." Marc Steuer promet cependant à La Tribune qu'il est prêt à bouger sur certains points : "Si on juge avec les syndicats que telle compétence est particulièrement stratégique pour l'avenir de l'usine, on pourra la conserver."

Il reste donc à définir ce qui est stratégique ou pas alors que la CFDT pointe aussi la trésorerie abondante de l'entreprise et le jeu des prestations administratives, comptables et juridiques facturées par Lisi Aerospace à sa filiale :

"Ce PSE est pour une bonne part lié au Covid et aux problèmes du 737 mais aussi à la recherche de rentabilité financière. Le transfert progressif en Pologne de la finition des aubes, qui a entraîné la suppression de 25 postes, correspond à une logique de rentabilité pure alors que Lisi dispose de 80 millions d'euros en réserve et fait remonter par un jeu de fees [honoraires] environ 10 millions d'euros chaque année, asséchant ainsi la trésorerie du site de Marmande. Cet argent pourrait être utilement mobilisé dans la situation actuelle !"

Des critiques balayées par le directeur général : "D'une part, le transfert en Pologne de la finition des aubes forgées à Marmande s'est fait depuis 2006 dans le cadre d'une co-entreprise avec Safran et leur rapatriement, qui n'est de toute façon pas possible, ne résoudrait rien dans le contexte actuel. D'autre part, oui, les services supports centralisés et assurés par le groupe sont refacturés à la filiale, comme partout. Mais, en face, depuis le rachat de 2011, Lisi Aerospace a investi 100 millions d'euros à Marmande !"

Et Marc Steuer d'assurer que la pérennité du site de Marmande, qui est structurellement rentable bien que deux des trois familles de produits perdent de l'argent, n'est en aucun cas menacée : "On a des contrats avec des clients que nous devons honorer jusqu'à au moins 2030. On est à Marmande et on y restera !"

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