Avec Skeyetech, Azur Drones vise le podium mondial du drone autonome

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Le drone autonome Skeyetech pèse 6,5 kg pour environ 80 cm d'envergure. Il peut voler 25 minutes et atteindre 50 km/h.
Le drone autonome Skeyetech pèse 6,5 kg pour environ 80 cm d'envergure. Il peut voler 25 minutes et atteindre 50 km/h. (Crédits : Agence APPA)
Grâce à une autorisation de vol unique en Europe pour Skeyetech, son drone autonome de vidéo-surveillance, Azur Drones dispose d'un temps d'avance sur la concurrence. Basée à Mérignac, l'entreprise vient de lever 9 M€ auprès d'un investisseur privé pour industrialiser son fonctionnement. Objectif : tenir tête à la concurrence internationale sur un marché du drone marqué par un double phénomène de consolidation et de spécialisation.

6,5 kg pour environ 80 cm d'envergure. Une autonomie de 25 min et une vitesse de pointe de 50 km/h associées à un zoom optique x20 et à des capteurs vidéo, thermique et infrarouge. Le tout doté de huit rotors et opéré de manière entièrement autonome, c'est à dire sans pilote humain. Semblant tout droit sorti d'un film de science-fiction, le Skeyetech est pourtant bien réel.

Une soixantaine de salariés à Mérignac

Il est même le premier drone en Europe à disposer d'une autorisation, délivrée par la direction générale de l'aviation civile (DGAC) en février 2019, lui permettant de voler de manière autonome sur des sites privés. "En réalité, il s'agit de trois drones en un puisque pour satisfaire aux exigences de sécurité de la DGAC, chaque système embarqué est doublé voire triplé pour pallier toutes défaillances éventuelles. Et un parachute est inclus en dernier ressort pour garantir un atterrissage en douceur", détaille Lucie Lecestre, la directrice marketing d'Azur Drones.

"La force de Skeyetech, c'est son autonomie. Et notre ambition est claire, c'est de construire un acteur majeur de cette industrie au niveau mondial", affirme sans détour Nicolas Billecocq, le directeur général d'Azur Drones. Arrivé en mai dernier après 20 ans de carrière au sein de Safran Helicopter Engines, il pilote la phase d'industrialisation de cette PME d'une soixantaine de salariés installée à deux pas de l'aéroport de Bordeaux Mérignac depuis le rachat par Azur Drones en 2017 de Skeyetech, une startup fondée en 2014 par deux Bordelais et incubée au sein de la technopole Bordeaux Technowest.

Lire aussi : La pépite bordelaise Skeyetech rachetée par le glouton Azur Drones

 "Azur Drones est assez représentative du marché du drone et de sa logique de concentration. Avec le rachat de Skeyetech en 2017, nous avons rassemblé des expertises fragmentées pour les spécialiser dans le drone autonome de vidéosurveillance. L'entreprise a su convaincre la DGAC par son investissement, son sérieux et la crédibilité de ses fondateurs. L'enjeu est maintenant de relever le double défi de la commercialisation et de l'industrialisation de notre production, de notre système qualité et de notre support client", détaille Nicolas Billecocq au sujet de sa feuille de route.

Nicolas Billecocq Azur Drones

Nicolas Billecocq, le nouveau directeur général d'Azur Drones (crédits : Agence APPA).

9 M€ levés auprès d'un seul industriel

Pour ne pas s'éparpiller, Azur Drones se concentre ainsi désormais exclusivement sur le développement et la commercialisation de Skeyetech auprès de ses clients. Ces derniers sont des grandes entreprises disposant de vastes espaces sensibles à surveiller : infrastructures gazières et pétrolières, centrales électriques, barrages, zone de stockages, sites Seveso, parkings, infrastructures portuaires, etc. L'entreprise produit actuellement cinq drones par mois pour le marché français mais ambitionne de doubler rapidement sa production. Ils sont proposés à l'achat, pour quelques dizaines de milliers d'euros, ou en location. Le tout accompagné d'une prestation de MCO (maintenance en conditions opérationnelles) et d'intégration au sein des principaux VMS (video management system) du marché (dont Genetec et Milestone). Cinq commerciaux sont recherchés d'ici la fin de l'année et d'autres recrutements commerciaux et techniques devraient suivre en 2020.

Cette phase de croissance pourra s'appuyer sur la levée de fonds de 9 M€ bouclée en mai dernier. Fait plutôt rare, il ne s'agit pas d'un pool d'investisseurs, ni de fonds d'investissements publics ou privés mais d'un unique investisseur privé, une famille du nord de la France, qui souhaite rester confidentielle. "Cela nous apporte de fortes garanties sur la pérennité de l'investissement dans notre développement. Nous aurions pu financer notre R&D sur notre valeur ajoutée tirée de la vente de nos drones mais cela aurait pris trop de temps par rapport à nos concurrents. Nous avons un temps d'avance et il faut impérativement continuer à capitaliser dessus", explique Nicolas Billecocq. L'amélioration continue du fonctionnement autonome et des systèmes d'intelligence artificielle embarqués dans le drone sont ainsi au programme des prochains mois.

Une intense concurrence à l'international

L'objectif est de rivaliser avec les concurrents de rang mondial du drone autonome que sont notamment les Israéliens de Percepto et d'AirRobotics. Le premier a levé 15 M$ en mai dernier, auprès d'investisseurs majoritairement américains, quand le second a réuni 30 M$ en novembre 2018. Sur le marché à l'export, la riposte d'Azur Drones s'élancera de Dubaï, où elle a ouvert un bureau commercial pour couvrir le prometteur marché du Moyen-Orient - riche de complexes portuaires, gaziers et pétroliers - avant de mettre un pied à moyen terme aux Etats-Unis en fonction de l'avancée des discussions avec la FAA (Federal aviation administration). "Nous sommes toujours face à la difficulté d'avancer sur deux fronts parallèles : pour convaincre des clients, il vaut mieux avoir le feu vert des autorités locales mais pour délivrer cette autorisation elles nous demandent souvent d'avoir des clients", remarque Lucie Lecestre.

Azur Drones

Le drone Skeyetech sur sa station d'opération (crédits : Agence Appa).

Des discussions en ce sens sont aussi lancées chez nos voisins européens et le temps presse tant le marché du drone connaît une évolution rapide. "90 % des entreprises du secteur génèrent moins de 100.00 € de chiffre d'affaires. Par le jeu des créations, des disparitions et des regroupements, le nombre d'entreprises de drones en France stagne aujourd'hui autour de 6.000 entités", observe François Baffous, le directeur général de Bordeaux Technowest et trésorier de la fédération professionnelle du drone civil. Le marché suit une double tendance de consolidation entre entreprises et de spécialisation de chaque acteur. "Le drone à tout faire est derrière nous et on travaille désormais sur le service réel rendu par le drone pour offrir des possibilités nouvelles tout en faisant oublier le drone lui-même", confirme Nicolas Billecocq. "C'est une évolution inévitable pour pouvoir développer une compétence collant au plus près aux besoins spécifiques des clients. Dans cette perspective, la capacité d'Azur Drones à voler sans pilote constitue une réelle rupture", ajoute Jean-Marc Grolleau, le responsable du secteur des drones au sein du pôle de compétitivité Aerospace Valley.

Des drones taxis à l'horizon ?

A l'instar d'Azur Drones, François Baffou pointe également l'émergence d'entreprises qui intègrent toutes les étapes de la fabrication du drone à la formation des pilotes en passant par l'aspect logiciel. "A mon sens, les principaux enjeux aujourd'hui sont le passage à des vols de longue distance, c'est-à-dire au-delà de 5, 10, 20 voire 40 km et l'arrivée d'une réglementation au niveau européen", ajoute le directeur de Technowest. De son côté, Jean-Marc Grolleau met en avant les travaux actuels en matière de cybersécurité des drones et de réglementation en zones urbaines.

"Il y a au moins 140 projets de drones taxis développés dans le monde avec des investissements qui se chiffrent en centaines de millions d'euros de la part des grands avionneurs, des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) ou d'entreprises à la croisée des chemins comme Uber", poursuit le responsable d'Aerospace Valley, pour qui ces "développements de drones pour le transport de colis ou de personnes constitueront une révolution de l'ampleur de l'automobile et du train."

Une perspective à laquelle songent déjà les équipes d'Azur Drones : "Le marché est là aujourd'hui pour les drones autonomes dans des périmètres privés et le temps des drones de livraison puis des drones taxis nécessitera encore quelques années de développements techniques et réglementaires. Mais je ne doute pas que cela arrivera un jour et quand ce sera le cas, l'expertise que nous développons aujourd'hui avec Skeyetech aura une très grande valeur", sourit Nicolas Billecocq.

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Commentaires
a écrit le 30/08/2019 à 15:07 :
Cela pourrait être bien utile pour des contrôles divers dans l'industrie.

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