API s'allie à Carrefour pour ouvrir 600 supérettes autonomes en zone rurale d'ici à cinq ans

INTERVIEW- API, ces trois lettres désignent un nouvel acteur ambitieux dans le monde de la grande distribution. D'ici un an, il prévoit d'implanter 40 supérettes autonomes ouvertes dans des communes rurales puis de grimper à 600 d'ici cinq ans. Un tour de force pour cette jeune entreprise à mission qui a signé avec Carrefour pour proposer 700 références dans chaque magasin, dont la moitié en marque de distributeur. Alors que la première supérette vient d'ouvrir en Charente, Marie-Laure Basset, la directrice générale d'API, dévoile à La Tribune sa stratégie de maillage de la Nouvelle-Aquitaine avant d'aborder le marché national.
Le multi-entrepreneur Jean-Luc Treillou (à gauche) a rejoint les cofondateurs charentais d'API, Alex Grammatico et Julien Nau. Marie-Laure Basset est la directrice générale depuis septembre 2021.
Le multi-entrepreneur Jean-Luc Treillou (à gauche) a rejoint les cofondateurs charentais d'API, Alex Grammatico et Julien Nau. Marie-Laure Basset est la directrice générale depuis septembre 2021. (Crédits : API)

LA TRIBUNE - La première supérette API vient d'ouvrir à Claix, une commune de 1.000 habitants du Sud Charente. De quoi s'agit-il ?

Marie-Laure BASSET - Les supérettes API sont installées exclusivement dans des communes qui cochent une double condition : avoir plus de 750 habitants et être à plus de 30 min aller-retour d'un supermarché. Ces magasins sont des Mobil'Home de 40 m2 qui proposent 700 références de produits du quotidien dont 70 % en marque de distributeur à des prix abordables puisque le prix moyen d'un article est de 1,70 euro. C'est toute l'ambition du projet API : apporter une solution concrète pour revitaliser les campagnes en réintroduisant une offre commerciale de proximité à des prix accessibles à tous. Ces magasins fonctionnent de manière autonome et connectée ce qui permet de garantir une ouverture 24h/24 et 7j/7.

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Comment s'articule le modèle économique d'API ?

L'entreprise a été créée en juillet 2021 par deux entrepreneurs charentais - Alex Grammatico et Julien Nau - rapidement rejoints par Jean-Luc Treillou (1). L'idée vient de la startup suédoise Lifvs, qui installe depuis 2020 des petits supermarchés autonomes dans les zones les plus reculées du pays. C'est un modèle qui, pour fonctionner, doit pouvoir passer à l'échelle rapidement avec un rythme de déploiement soutenu dès le départ. Nous prévoyons d'ouvrir deux supérettes par mois, puis quatre, puis six dès l'an prochain. Les deux prochains magasins sont prévus dans deux autres communes rurales de Charente : à Marsac, en décembre, puis à Sers, en janvier.

Nous avons une logique d'ouverture en grappes de cinq magasins distants les uns des autres de 20 km maximum pour optimiser les flux logistiques. Chaque grappe de magasins sera gérée par un salarié sur le terrain. Il sera recruté en local pour assurer quotidiennement l'entretien du magasin, la mise en rayon et aussi la relation avec les clients. L'approvisionnement sera assuré une à deux fois par semaine par Carrefour avec qui nous avons signé un contrat d'exclusivité. Pour eux nous sommes une offre complémentaire qui leur apportera aussi beaucoup d'enseignements.

C'est donc la combinaison de tous ces aspects - des horaires larges, des partenariats solides et des ressources humaines optimisées - qui nous permettent d'assurer l'équilibre de notre modèle tout en tenant notre promesse de proposer des prix accessibles. On l'a vu dès l'ouverture du premier magasin à Claix, les gens ont d'abord regardé les prix pratiqués. C'est en tenant cette promesse que nous deviendrons un commerce d'habitude et pas seulement un commerce de dépannage.

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Comment ça marche ?

Une fois inscrit sur smartphone ou grâce à une carte physique, le client badge pour s'identifier, entrer dans le magasin, faire lui-même ses achats puis payer. Accessible 24h/24 et 7j/7, le magasin est connecté et placé sous vidéosurveillance. Sur 40 m2, on y trouve 700 références d'épicerie salée et sucrée, de produits frais et surgelés et des rayons maison, hygiène, beauté, chiens et chats, papèterie basique, etc. S'il y a des feuilles à rouler, il n'y a en revanche ni tabac ni alcool. Le local est un Mobil'Home fabriqué en France par Rapid'Home, le leader européen du secteur. Il fonctionne sans point d'eau et doit être alimenté à l'électricité renouvelable.

Supérette API

L'intérieur du magasin autonome ouvert à Claix, en Charente (crédits : API).

Quelles sont les perspectives d'ouverture dans les années qui viennent ?

Nous avons bouclé avant l'été un tour de table solide avec nos investisseurs qui nous permet de financer l'ouverture et de tenir une bonne grosse première année d'exploitation. Nous estimons pouvoir atteindre la rentabilité à partir d'une centaine de supérettes. La feuille de route prévoit l'ouverture de 40 magasins en Nouvelle-Aquitaine d'ici à la fin de l'année 2023. Cela nous permettra de mailler la région sur des communes déjà cartographiées. La Nouvelle-Aquitaine va vraiment servir de laboratoire dans un premier temps avant d'envisager un déploiement national qui doit nous mener à 600 supérettes d'ici cinq ans. Au total, nous estimons le potentiel à 2.000 supérettes en France !

Quelles sont vos relations avec les élus de ces communes rurales ?

En amont d'une ouverture, nous échangeons systématiquement avec le maire de la commune pour voir s'il est intéressé. Nous venons présenter notre démarche au conseil municipal et nous ne nous installons que si le conseil municipal vote favorablement à plus de 75  % ! C'est vraiment un élément important pour nous, nous travaillons main dans la main avec les territoires et leurs habitants pour susciter une vraie adhésion. Ensuite, une fois l'autorisation obtenue, nous installons le Mobil'Home qui n'a besoin que d'un terrain viabilisé doté une alimentation électrique et situé sur un axe routier. Nous ne coulons pas de fondations et nous garantissons le retour du terrain à l'identique si nous étions amenés à partir ou changer d'emplacement.

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Qu'en est-il des commerçants locaux qui pourraient être concurrencés par votre offre ?

La logique est la même. Malgré notre partenariat avec Carrefour, nous pouvons adapter l'offre de chaque supérette. Cela signifie que nous faisons de la place aux producteurs locaux, notamment les maraîchers, pour proposer leurs produits soit dans le magasin, soit à côté. Mais nous prenons aussi en compte les commerces existants : s'il y a une boucherie dans le village d'à côté, nous allons réduire notre propre rayon boucherie pour ne pas le pénaliser. C'est la même logique pour les boulangers : certains ont investi dans des distributeurs automatiques mais nous pourrons les accueillir chez API dans une logique gagnant-gagnant. API est un entreprise à mission et nous avons initié la démarche pour obtenir la certification B-Corp en fin d'année 2023. La logique n'est donc vraiment pas d'avoir une stratégie d'implantation agressive, c'est tout l'inverse.

Supérette API

La supérette API de Claix. Basée à Saint-Palais-de-Négrignac (Charente-Maritime), API compte 15 salariés et prévoit 30 recrutements en 2023.(crédits : API).

Et la concurrence ?

Le concurrent le plus proche d'API est Boxy, qui a déjà implanté en région parisienne plus d'une quarantaine de conteneurs autonomes connectés ouverts 24h/24 et 7j/7. Ces commerces de 25 m2 proposent 250 références avec un rôle de commerce de proximité plutôt en zone périurbaine. Grâce à 25 millions d'euros levés en février 2022, Boxy vise 500 magasins d'ici fin 2023. D'autres offres existent également sur des niches tels que 1000Cafés, qui déploie des cafés multi-services dans les villages, ou des offres de distributeurs automatiques de pains, tels que Distrib et MaBaguette, ou d'autres produits.

(1) Entrepreneur bien connu à Bordeaux, Jean-Luc Treillou est notamment cofondateur de deux réussites de la biotech : Treefrog Therapeutics et Ysopia Bioscience.

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Commentaires 6
à écrit le 18/11/2022 à 14:51
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Heuh... 40m2, si l'on enlève les rayonnages, un petit espace réserve, un frigo (laitages,...)... va falloir se glisser avec prudence. Après, si on compte l'énergie (24/7), la connectivité, les réappro en faible quantité (à 30+ mn d'A/R), ils vont dev...

à écrit le 18/11/2022 à 13:19
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Cela existe déjà ; des distributeurs automatiques de pain dans de petits villages dans le Loiret , de fruits et légumes à Issy les Moulineaux , de viande ailleurs etc ...

le 21/11/2022 à 17:37
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Ai vu un distributeur d’œufs (en bordure de la D7, en allant vers Marlieux 01) mais ne me suis pas arrêté, faute de besoin. Ça peut être long et compliqué de passer de distributeur en distributeur pour essayer de confectionner un repas. :-)

à écrit le 18/11/2022 à 10:32
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Sans un robocop réussiront-t-ils à limiter les vols?

le 18/11/2022 à 14:30
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Vous commencez par créer un compte , vous vous identifiez en rentrant donc les voleurs sont facilement repérables !!

à écrit le 18/11/2022 à 8:21
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J'ai une amie qui vient de fermer son petit multiservice dépendant d'une grande marque de supermarché, l'esclavagisme elle n'a plus supporté. " supérettes autonomes " associé à CARREFOUR, ça va pas les gars, je ne pense pas que ceux qui possèdent et ...

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