L'Autorité de sûreté nucléaire dresse un bilan contrasté des centrales du Sud-Ouest

L'Autorité de sûreté nucléaire a présenté le bilan de santé 2021 des réacteurs nucléaires du Blayais, de Civaux et de Golfech avec douze incidents significatifs mais sans gravité. Globalement satisfaite, l'ASN formule néanmoins une série de recommandations pour améliorer la sûreté de la centrale de Golfech qui affiche toujours des manquements. La lutte contre la corrosion et les inspections décennales seront les gros morceaux de 2022 tandis qu'un incident significatif est survenu dans le nucléaire médical à Bordeaux Nord.

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Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux, près de Poitiers, sont à l'arrêt depuis fin 2021.
Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux, près de Poitiers, sont à l'arrêt depuis fin 2021. (Crédits : ASN/Sipa/J.M. Nossant)

Contrôler la sûreté nucléaire, la radioprotection et la protection des travailleurs, du public et de l'environnement vis-à-vis des risques liés aux activités des réacteurs nucléaires : c'est l'une des missions de l'Autorité de sûreté nucléaire, autorité administrative indépendante. Son antenne régionale installée à Bordeaux couvre les trois centrales du Blayais (Gironde), de Civaux (Vienne) et de Golfech (Tarn-et-Garonne). Soit un total de huit réacteurs de puissances et d'âges très différents qui feront l'objet de visites décennales règlementaires l'an prochain.

La centrale de Golfech dans le collimateur

L'ASN, qui a mené 89 inspections l'an dernier dans la filière de la production d'énergie nucléaire, a comptabilisé 12 évènement significatifs classés au niveau 1 "anomalie" sur une échelle de 0 à 7. "C'est un chiffre stable par rapport aux années précédentes même si on s'intéresse d'abord à la nature de ces évènements plus qu'à leur nombre", éclaire Simon Garnier, le chef de la division de Bordeaux de l'ASN.

Au total, l'Autorité juge qu'en 2021 "le niveau de la sûreté nucléaire et de la radioprotection reste globalement satisfaisant" en Nouvelle-Aquitaine et dans l'ex-Midi-Pyrénées. Néanmoins, dans le détail, l'ASN délivre des appréciations assez différentes sur ces trois centrales. Les performances de sûreté, de radioprotection et de protection de l'environnement de celle du Blayais, 50 kilomètres au nord de Bordeaux, sont jugées dans la moyenne du parc nucléaire d'EDF même si les efforts doivent être poursuivis en matière de sûreté sur le plan de l'organisation et de la documentation opérationnelle notamment.

La centrale de Golfech, entre Agen et Montauban, est toujours jugée problématique même si les choses semblent lentement s'améliorer. Ses performances en matière de sûreté nucléaire sont en effet toujours jugées en retrait par rapport au reste du parc, comme c'est le cas depuis plusieurs années.

"Golfech était nettement en retrait en 2019 puis en retrait en 2020 et en 2021 et on espère qu'elle sera classée dans la moyenne en 2022. Il y a eu des efforts concrets mais ils ne sont pas suffisants", justifie Simon Garnier. "Des manques de rigueur d'exploitation ou des défauts de compétences se sont traduits par la déclaration de nombreux évènement significatifs pour la sûreté", pointe l'Autorité qui souligne que "les actions et efforts engagés [dans le cadre du plan rigueur sûreté depuis 2019, NDLR] ne se traduisent pas encore par des résultats suffisants pour rétablir les performances de la centrale."

Les inspections inopinées menées par l'ASN ont cependant constaté des résultats satisfaisants sur le plan de la protection de l'environnement et de la radioprotection qui sont jugées dans la moyenne du parc.

La corrosion au menu de 2022

Enfin, Civaux, située 30 km au sud de Poitiers, est la centrale nucléaire la plus récente à avoir été mise en activité il y a vingt ans. Elle se distingue par des bonnes performances en matière de radioprotection et de sûreté nucléaire et par des standards de protection de l'environnement dans la moyenne. Mais ses deux réacteurs sont à l'arrêt par mesure de précaution depuis décembre 2021 en raison de la détection de micro-fissures liées à de la corrosion sous contrainte sur des circuits de tuyauterie. Ce phénomène, identifié pour la première fois sur le réacteur 1 de Civaux en octobre dernier, est depuis devenu une très grosse épine dans le pied d'EDF qui a été contrainte de mettre à l'arrêt douze réacteurs concernés par ce phénomène, soit un cinquième de son parc.

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"L'ensemble des réacteurs doit être contrôlé à terme grâce à des nouveaux moyens d'examen non destructifs, notamment par ultrason, pour s'assurer de la présence et, le cas échéant, de la profondeur des micro-fissures. 19 inspections ont été menées par l'ASN sur les réacteurs laissés en fonctionnement et nous avons un suivi hebdomadaire du sujet avec EDF", précise-t-on du côté de l'ASN. La remise en fonctionnement de la centrale de Civaux n'est pas attendue avant le printemps 2023. Aucun signe de corrosion sous contrainte n'a été détecté lors des contrôles passés à Blaye et Golfech mais des travaux de détection approfondis seront menés cette année dans le cadre des inspections décennales prévues.

Un incident médical à Bordeaux

Enfin, l'ASN supervise également les activités nucléaires dans le domaine industriel et médical. 78 entreprises industrielles de Nouvelle-Aquitaine et de l'ex-Midi-Pyrénées, utilisent la radiographie dans leurs activités, principalement dans la filière aéronautique. A l'issue de la cinquantaine d'inspections menées l'an dernier, l'ASN pointe "une prise en compte des risques contrastée selon les entreprises" et "des écarts récurrents [...] en matière de signalisation des zones d'opérations lors des chantiers". Aucune situation grave n'a toutefois été rencontrée mais les carences sont jugées suffisamment récurrentes pour justifier l'envoi d'une circulaire dédiée à l'ensemble des entreprises de la filière pour demander davantage de vigilance.

De la vigilance c'est précisément ce qui a manqué au sein de la SARL Radiothérapie de la polyclinique Bordeaux Nord. Si "aucune défaillance majeure n'a été détectée" dans les activités nucléaires médicales de proximité dans la région avec un "bon niveau de radioprotection", une affaire sort du lot. Elle est qualifiée "d'évènement significatif de radioprotection" classé au niveau 2 sur l'échelle ISN-SFRO qui va de 0 à 7.

En l'occurrence, début 2021, en raison d'une erreur médicale dans la transmission d'informations, un patient a été traité par radiothérapie pendant onze séances sur la glande parotide gauche au lieu de la droite. "Il peut y avoir des erreurs humaines, c'est normal. Mais les protocoles de radioprotection sont justement là pour s'assurer que l'erreur ne puisse passer l'étape suivante. Mais dans cette affaire il a fallu attendre la douzième séance pour que l'erreur soit détectée. Ce n'est pas satisfaisant", insiste l'ASN. Après avoir inspecté en 2021 plus de la moitié des services de radiothérapie du territoire, elle préconise une meilleure appropriation des mesures de radioprotection par les personnels des blocs opératoires.

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Commentaires 2
à écrit le 25/06/2022 à 0:45
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Notre parc électronucléaire est ancien donc on doit le maintenir en permanence en ce qui est un principe de sureté. je ne crois pas à un scenario 0% du nucléaire en france mais plutôt 60% nucléaire et 40% renouvelable. On ne manque de chercheurs et d...

à écrit le 25/06/2022 à 0:45
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Notre parc électronucléaire est ancien donc on doit le maintenir en permanence en ce qui est un principe de sureté. je ne crois pas à un scenario 0% du nucléaire en france mais plutôt 60% nucléaire et 40% renouvelable. On ne manque de chercheurs et d...

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