Pourquoi le retrofit de REV Mobilities prend à Paris et Lyon mais pas à Bordeaux

Spécialiste du rétrofit qui consiste à convertir des véhicules thermiques à la motorisation électrique, REV Mobilities fait une halte à Bordeaux, ce vendredi 13 mai, dans le cadre de son tour de France de la décarbonation. Une ville où elle est implantée et a signé un partenariat clé avec Neogy, mais où, faute de soutien politique, elle n’a pas concrétisé son projet de gros showroom et ne prévoit pas encore d'assemblage.

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REV Mobilities fait étape à Bordeaux avec ses véhicules rétrofités, 100 % électriques.
REV Mobilities fait étape à Bordeaux avec ses véhicules rétrofités, 100 % électriques. (Crédits : Hélène Lerivrain)

La voiture ancienne qui démarre et se déplace sans un bruit a fait son petit effet, ce vendredi 13 mai, sur les quais de Bordeaux. L'ancien véhicule thermique a été transformé en véhicule électrique par l'entreprise REV Mobilities, pionnière du rétrofit, qui organise actuellement des démonstrations dans le cadre de son tour de France de la décarbonation. Lancé fin avril, il s'arrêtera dans quarante villes d'ici à la fin du mois de juin. Le but ? Sensibiliser l'ensemble des décideurs de la mobilité au retrofit, une solution prometteuse mais qui tarde encore à trouver sa pertinence économique.

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Pas encore de plan rétrofit localement

A Bordeaux, l'entreprise créée en 2018 sous le nom de Retrofuture ne roule pas en terres inconnues. REV Mobilities y dispose d'un bureau de sept personnes, dans l'administratif et le commercial. Mais contrairement à ce qui avait été envisagé il y a deux ans, le projet de gros showroom, qui représenterait un lourd investissement, est à l'arrêt.

"Ça a été compliqué avec Bordeaux. Nous avons voulu nous y installer mais personne ne nous a suivi", regrette Arnaud Pigounides, fondateur et PDG de REV Mobilities. "J'assume de jouer le rôle de poil à gratter mais je le fais car nous ne pouvons pas attendre. En 2025, avec la mise en place des zones à faibles émissions de mobilités (ZFE-m), 43 % du parc automobile français ne pourra plus rouler dans les agglomérations, ce qui représente 17, 5 millions de voitures", insiste-il.

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REV Mobilities

Sur les quais de Bordeaux. Crédit Hélène Lerivrain.

Il n'y a donc pas de projet d'assemblage des futurs véhicules, à ce stade, en Nouvelle-Aquitaine. C'est sur Paris et Lyon que la société se développe et s'organise. Un site de production est ainsi annoncé en région parisienne au printemps 2023 pour convertir jusqu'à 4.500 véhicules légers et utilitaires, tandis que le prototypage des bus et poids lourds se fera du côté de Lyon.

"Si nous installons là-bas, c'est parce qu'il y a beaucoup de demandes, et s'il y a des demandes, c'est parce qu'il y a des plans rétrofit et donc des aides des collectivités en plus des aides de l'Etat !", observe Arnaud Pigounides. "En Nouvelle-Aquitaine, le rétrofit a été laissé pour compte contrairement aux régions Auvergne-Rhône-Alpes, Ile-de-France ou encore Sud qui ont déjà des ZFE-m. Il n'y a pas, à Bordeaux, de plan rétrofit ou de soutien comme il peut y en avoir à Toulouse où vient d'ailleurs d'être lancé un appel à projets pour rétrofiter 1.500 utilitaires."

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"C'est plus qu'à l'étude au niveau de la métropole où le travail est enclenché pour proposer une prime aux particuliers. J'ai moi-même la conviction qu'il s'agit d'un vrai bon plan social, économique et écologique", répond Laurent Guillemin, adjoint au maire de Bordeaux chargé de la sobriété dans la gestion des ressources naturelles, présent aux côtés de REV Mobilities ce vendredi à Bordeaux, tandis que la Région n'était pas représentée. "Le rétrofit, c'est 66 % de réduction de gaz à effet de serre", renchérit Arnaud Pigounides.

Neogy à Mérignac fournira les batteries

Pour autant, REV Mobilities reste attaché à Bordeaux où l'entreprise a su s'entourer de partenaires. C'est notamment le cas de la société Neogy, qui emploie 80 personnes à Mérignac, et fournira les batteries. "Si les ambitions de REV Mobilities se concrétisent, ce sera une très bonne nouvelle pour eux comme pour nous", confie François Enez, business manager chez Neogy qui prépare l'ouverture d'une usine de 3.000 m2 à Pompignac, toujours en Gironde, pour la fin de l'année. "Nous passerons d'une ligne de production automatique à Mérignac à six à Pompignac. Notre cœur de métier, c'est le BMS, donc la carte électronique qui constitue le cerveau de la batterie. C'est l'élément de sécurité", assure François Enez.

A horizon 2025, REV Mobilities, qui vise la transformation de 20.000 véhicules, prévoit 300 emplois en interne et chez ses fournisseurs. Cinq à six embauches sont prévues à Bordeaux cette année.

Premières livraisons dès 2023

Selon les plans affichés, 50 modèles de véhicules seront homologués sur 5 ans, soit dix par an dont cinq pour des véhicules anciens et cinq pour des utilitaires auxquels il faut ajouter une homologation de bus par an. "Nous avons enregistré 400 commandes fermes pour des véhicules anciens et signé 3.000 contrats avec des professionnels pour transformer des utilitaires", assure Arnaud Pigounides qui annonce les premières livraisons en 2023.

Pour tenir ses engagements et commencer la production, REV Mobilities finalise actuellement une levée de sept millions d'euros. 1,5 million d'euros ont d'ores et déjà été levés auprès de plus de 300 investisseurs via la plateforme de financement participatif bordelaise Tudigo.

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C'est donc une nouvelle étape qui s'ouvre pour REV Mobilities qui a d'abord œuvré pour changer la réglementation. La transformation de véhicules à motorisation thermique en motorisation électrique à batterie ou pile à combustible est possible depuis avril 2020. "Nous avons aujourd'hui 20 concurrents qui se positionnent sur le rétrofit et c'est une très bonne chose", témoigne Arnaud Pigounides.

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