Comment la réalité virtuelle aide Ariane 6 à tenir son objectif de tir inaugural fin 2022

Les équipes d'ArianeGroup, en Gironde et ailleurs, utilisent la réalité virtuelle pour visualiser un jumeau numérique du lanceur Ariane 6 à l'échelle un. Générant d'importants gains de temps, cette solution développée par la startup SkyReal contribue à tenir le calendrier du premier tir, toujours officiellement prévu en fin d'année avec un passager néo-aquitain à bord. Viendra ensuite la l'indispensable montée en cadence du lanceur européen qui compte déjà 29 commandes.

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La technologie développée par SkyReal avec ArianeGroup permet de visualiser en réalité virtuelle à l'échelle un l'ensemble du lanceur Ariane 6 et du pas de tir mobile de Kourou, en Guyane.
La technologie développée par SkyReal avec ArianeGroup permet de visualiser en réalité virtuelle à l'échelle un l'ensemble du lanceur Ariane 6 et du pas de tir mobile de Kourou, en Guyane. (Crédits : ArianeGroup)

C'est un exemple de plus de la pertinence des technologies issues du jeu-vidéo pour des applications dans le domaine industriel, aéronautique et spatial. En l'occurrence, il s'agit du puissant moteur Unreal Engine, développé par le studio américain Epic Games, devenu mondialement célèbre pour son jeu Fortnite. "On utilise ce moteur qui offre des possibilités bien plus poussées que les outils classiques de conception assistée par ordinateur utilisés dans l'industrie. On ne fait que du software, pas de hardware", explique à La Tribune Hugo Falgarone, le CEO de la startup SkyReal.

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Aérospatial, industrie, énergie

Cet ingénieur, qui affiche 17 années de carrière dans l'innovation et la fabrication chez Airbus, a créé SkyReal à Paris en 2018, avec la conviction suivante : "Les données sont là, la technologie est là, il ne restait plus qu'à leur donner vie grâce à la réalité virtuelle qui permet d'anticiper énormément de choses lors des phases de conception et de validation." L'entreprise d'une quinzaine de salariés assure générer "quelques millions d'euros de chiffre d'affaires" auprès de plusieurs grands noms de l'aéronautique et du spatial (Airbus, ATR, Safra, Stelia), de l'industrie lourde (Plastic Omnium, General Electric, Framatom, Naval Group) ou encore d'écoles d'ingénieurs telle que l'Isae de Toulouse.

ArianeGroup figure aussi parmi ses principaux clients dans le cadre du programme de développement d'Ariane 6, le futur lanceur européen en cours de finalisation :

"Nous travaillons avec eux depuis 2019 pour intégrer progressivement trois usages : faciliter la prise de décision collective sur des sujets stratégiques associant plusieurs dizaines de personnes ; accompagner et accélérer la validation et la mise en route de la B-Line au Haillan, en Gironde, ; et anticiper la formation des futurs opérateurs du centre de tir de Kourou en Guyane", synthétise Hugo Falgarone.

Un jumeau numérique dans la valise

Concrètement, la solution, disponible à Saint-Médard-en-Jalles comme sur les différents sites d'ArianeGroup en France métropolitaine, en Guyane et en Allemagne, tient dans une valise et nécessite un ordinateur portable et un casque Hololens de réalité virtuelle. Le tout permet de collaborer à distance en se déplaçant au sein d'un jumeau numérique, une véritable maquette virtuelle à échelle un. Le résultat est bluffant : on se déplace librement dans une reproduction très fidèle et détaillée des différents étages du lanceur et de son tout nouveau pas de tir avec portique mobile installé au Centre spatial guyanais à Kourou.

"Cela permet d'optimiser les process et donc les coûts. Nous sommes plus rapides et plus efficaces sur les boucles de validation, sur le développement d'outillages spécifiques et sur la formation à distance des futurs opérateurs qui seront amenés à travailler sur le site de Kourou. Grâce à cet outil, ils valident eux-mêmes les infrastructures et machines qu'ils utiliseront en vrai dans quelques mois", témoigne Christophe Reig, le responsable du développement de la VR chez ArianeGroup, basé à Saint-Médard-en-Jalles.

Ce n'est pas le premier essai en matière de réalité virtuelle pour la co-entreprise qui avait développé dès 2010 le projet Icar avec la société bordelaise Immersion. Il s'agit d'une salle immersive collaborative qui semble aujourd'hui sur la touche au profit de SkyReal. "Le gros avantage de SkyReal c'est qu'il suffit d'un ordinateur et d'un casque VR pour faciliter les revues de conception et la communication entre les différents sites d'ArianeGroup et même nos partenaires", ajoute Christophe Reig qui déploie avec les équipes de SkyReal de nouvelles fonctionnalités au fil de l'eau dans un environnement malgré tout très contraint par les enjeux de cybersécurité.

Objectif : fin 2022

Ces gains de temps nés de la réalité virtuelle sont particulièrement précieux puisque le très attendu tir inaugural d'Ariane 6 doit toujours avoir lieu dans environ six mois depuis la base spatiale de Kourou. Aucune date précise n'est avancée mais l'objectif officiel est bien d'opérer le premier lancement avant la fin de l'année même si l'incertitude demeure. Pour tenir les délais, la VR a d'ailleurs également permis d'accélérer la mise en service de la "B-Line", pour "Booster line" ou "Bordeaux Line".

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ArianeGroup B-Line

Le robot visseur de tuyères de la B-Line, au Haillan, en Gironde (crédits : ArianeGroup).

Située au Haillan, cette ligne d'assemblage des tuyères, qui équiperont les futurs moteurs latéraux du vol inaugural et des suivants, est composée de deux gigantesques robots autonomes. L'un de plusieurs mètres de haut s'occupe des opérations mécaniques de vissage, l'autre, un poil plus petit, gère les opérations de collage en salle blanche avec l'expertise d'un colleur humain. "Ces robots nous permettent de réduire par trois ou quatre le temps d'assemblage des tuyères ce qui doit nous permettre d'en fabriquer près d'une par semaine en rythme de croisière à partir de 2023 ou 2024", souligne Yann Talamoni, le responsable des programmes "propulsion solide" d'Ariane 6. De même, par rapport aux procédures manuelles d'Ariane 5, l'assistance d'un 3e robot permet de diviser par cinq le temps de retournement des tuyères avant leur acheminement vers Kourou.

Sachant qu'il faut entre deux et quatre tuyères par lanceur et que le programme de vol prévoit à terme onze lancements par an. Avec le récent contrat décroché auprès d'Amazon pour la constellation Kuiper, Ariane 6 dispose en effet d'ores-et-déjà d'un carnet de commandes bien rempli de 29 lancements, ce qui devrait l'occuper au moins quatre ans. "Cela traduit le succès des choix européens pour garantir un accès souverain à l'espace avec un lanceur que l'on peut qualifier de couteau suisse et qui peut compter à la fois sur un soutien institutionnel et sur ses performances commerciales malgré une très grosse compétition dans le domaine du New Space", salue Gilles Fonblanc, le secrétaire général d'ArianeGroup.

Un "SpaceCase" à bord

Une certitude à ce stade, le vol inaugural d'Ariane 6 emportera un projet néo-aquitain parmi les onze passagers dévoilés par l'ESA, l'Agence spatiale européenne, il y a quelques semaines. Il s'agit du projet "SpaceCase SC-X01", un démonstrateur de rentrée atmosphérique qui prend la forme d'une capsule de 60 cm de diamètre pour 30 cm de haut et environ 40 kilos.

Space Case ArianeGroup

La capsule "SpaceCase SC-01" qui sera embarquée dans le vol inaugural d'Ariane 6 toujours programmé en fin d'année 2022 (crédits : ArianeGroup).

"L'objectif de la capsule est de préparer un service commercial offrant la possibilité à des clients de tester en vol diverses technologies (matériaux, équipements, senseurs, etc.) en environnement spatial de type rentrée atmosphérique, ainsi qu'une nouvelle génération de protections thermiques développées par ArianeGroup", explique le think-tank et incubateur Way4Space, créé l'an dernier en Nouvelle-Aquitaine et qui accompagne le projet SpaceCase.

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Commentaire 1
à écrit le 13/05/2022 à 19:47
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Espérons qu'elle soit aussi fiable que les précédentes pour les assurances . Un lancement est estimé à 90 millions d'euros pour la futur Ariane 6 .Spacex c'est grosso modo 75 millions d'euros pour un lancement actuellement et grâce à la reutilisa...

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