Guerre en Ukraine : « À Kiev, les gens recommencent à sortir ! »

Aquitains d'ailleurs. Installé depuis dix ans en Ukraine, le Bordelais Pascal Boiteux est resté dans le pays envahi par la Russie pour être auprès de son fils, appelé à soutenir la résistance face aux troupes du Kremlin. Selon lui, seule une stricte application des sanctions occidentales finira par faire plier Vladimir Poutine.

5 mn

Le Bordelais Pascal Boiteux vit toujours à Kiev avec son fils, après bientôt cinq semaines de guerre.
Le Bordelais Pascal Boiteux vit toujours à Kiev avec son fils, après bientôt cinq semaines de guerre. (Crédits : Pascal Boiteux)

Il tient bon. Lors d'un précédent entretien à La Tribune, quelques heures avant la guerre, il nous avait affirmé qu'il resterait à Kiev, même une fois "les chars russes dans les rues". Incrédule, on l'avait écouté.

Lire aussi 4 mnAquitains d'ailleurs : l'Ukraine retient son souffle et Pascal Boiteux reste à Kiev

Plus d'un mois après le déclenchement de l'offensive de Moscou, Pascal Boiteux vit toujours dans la capitale ukrainienne où la vie reprend peu à peu, constate-t-il : "On entend toujours des tirs et des explosions mais ils semblent assez lointains. Les gens recommencent à sortir, de petites épiceries, quelques cafés et des coiffeurs ont rouvert. Les habitants s'habituent à la guerre."

La ville reste toujours sous couvre-feu. Plusieurs immeubles ont été touchés par des roquettes tirées par les troupes russes à quelques centaines de mètres de là où vit le Français. Un centre commercial à 2 kilomètres de chez lui a aussi été pris pour cible. Mais les combats les plus durs se concentrent autour du Donbass, dans le sud-est du pays. « L'Ukraine, c'est aussi grand que la France", rappelle Pascal Boiteux, un doigt sur la carte. "C'est comme si la zone occupée par les Russes allait de Monaco à Marseille, un peu autour de Paris et c'est tout. 80 % du territoire ukrainien est libre."

Se servir d'une arme

Si Pascal Boiteux est resté à Kiev, c'est pour être aux côtés de son fils de 19 ans, franco-ukrainien, élève à la faculté de management de Kiev. "Il n'a pas le droit de quitter le pays, ce serait une désertion", avance-t-il. "Actuellement, il n'est pas mobilisé. Il aide les forces ukrainiennes à décharger des cartons ou à éplucher des pommes de terre. Il n'a pas de formation militaire mais, comme tous les jeunes Ukrainiens, il a appris à se servir d'une arme, à la démonter et à tirer. Une demi-journée tous les quinze jours, les jeunes Ukrainiens vont s'entraîner."

Pascal Boiteux

Pascal Boiteux, à Kiev (crédits : Pascal Boiteux).

Grandi à Bordeaux, fils du champion olympique de natation Jean Boiteux (1952), Pascal Boiteux a monté une petite société dans l'immobilier en Ukraine, où il possède plusieurs appartements. Le reste de la famille est en sécurité en France. "Ma fille fait partie de l'équipe nationale d'Ukraine de basket. Elle avait effectué un stage à Voiron, en Isère. Quand la guerre a éclaté, le club nous a écrit pour proposer de l'accueillir. On a aussi fourni à mon épouse un appartement et un travail dans une boutique d'Aix-en-Provence. Ça fait chaud au cœur de voir toute cette solidarité s'exprimer."

Des Européens groggy

Pascal Boiteux, la soixantaine, vit dans le centre de Kiev, où il sort tous les jours promener son chien Woody. Il vit dans un immeuble dont il ne nous donnera pas l'adresse à cause des menaces de mort qu'il dit avoir reçues sur Facebook de la part de groupes d'extrême-droite. Seuls quelques Français ont choisi de rester en Ukraine coûte que coûte. Au bout de plus d'un mois de combats, Pascal Boiteux affirme que seules les sanctions internationales qui pleuvent sur la Russie auront un effet sur Vladimir Poutine :

"Les Ukrainiens ont l'impression que les Européens sont groggy. Les seuls réalistes, ce sont les Américains qui disent « arrêtez de donner aux Russes la possibilité d'encaisser de l'argent grâce à leur pétrole et leur gaz ». Cela va coûter un peu plus cher à la pompe, peut-être deux points de PIB à l'Europe, mais mieux vaut se couper un bras maintenant plutôt que le corps entier plus tard."

Lire aussi 5 mnGuerre en Ukraine : 40 % des entreprises girondines ont subi un impact immédiat

Le Kremlin bunkerisé

Le Français affirme que la Russie reçoit l'équivalent de huit à dix milliards d'euros par jour grâce à la vente de ses hydrocarbures. "Il faudrait que les Italiens et les Allemands arrêtent d'acheter", martèle Pascal Boiteux. "Pour la France, c'est moins problématique, on est à 20 % sur le gaz et 8 % sur le pétrole russe, donc on peut arrêter de suite."

Lire aussi 6 mnGuerre en Ukraine : l'Europe a acheté près de 17 milliards d'euros de gaz et de pétrole russes depuis le début du conflit

Le Français ne s'attend en tout cas à aucun revirement de Vladimir Poutine, désormais totalement isolé et hors-sol dans un Kremlin bunkerisé. "Tout le monde le craint, mais tout le monde avait aussi peur de Staline jusqu'à ce que son médecin l'empoisonne. Ce serait un miracle pour la planète !" déclare sans ambage Pascal Boiteux. "Il s'est complètement enfermé même s'il parle beaucoup plus qu'avant, commence à se justifier et à tenir des discours longs et pénibles au téléphone (avec les dirigeants occidentaux, ndlr) qui ne veulent rien dire. Cela laisse entendre qu'il serait en train de perdre un peu la raison."

La pression pour en finir avec cette guerre qui s'enlise pourrait aussi venir des oligarques russes qui perdent chaque jour des milliards à cause des sanctions internationales.

Lire aussi 9 mnPoutine est dans la Raspoutitsa et nous avec...

5 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 29/03/2022 à 13:15
Signaler
Non non non non et non... toute ressemblance avec deux ans d'oppression covid ne peut qu'être forcément un malentendu. N'est-ce pas ?

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.