Les vélos électriques à 8.000 euros de Coleen en liquidation judiciaire

[Article mis à jour le 05/04/2022] Coleen n'a pas réussi à boucler sa levée de fonds de deux millions d'euros. Jugeant les offres de reprise insuffisantes, le tribunal de commerce de Bayonne vient de prononcer la mise en liquidation judiciaire de cette startup biarrote qui visait un marché très haut de gamme pour ses vélos électriques fabriqués en France.

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Le vélo Marinière de Coleen, en carbone et fabriqué en France, était vendu  7.960 euros pièce.
Le vélo "Marinière" de Coleen, en carbone et fabriqué en France, était vendu 7.960 euros pièce. (Crédits : Coleen)

[Article mise à jour le 5 avril 2022 avec la réaction d'Audrey Lefort et des deux investisseurs luxembourgeois]

De guerre lasse. Thibault Halm a bien tenté de ne pas baisser les bras, mais il a dû se résoudre à ce que Coleen, le fabricant de vélos électriques et de speedbikes (plus de 45 km/heure) qu'il a cofondé avec Audrey Lefort en 2014, baisse le rideau. Le tribunal de commerce de Bayonne a prononcé le 18 mars dernier la liquidation de l'entreprise biarrote qui avait pourtant gagné en septembre dernier la récompense prometteuse du jury d'Eurobike, le salon mondial du vélo.

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"Audrey a exprimé son souhait de quitter l'entreprise en mai dernier. La levée de fonds dont nous avions besoin a, par conséquent, démarré plus tard que prévu", explique à La Tribune l'ex-directeur général, qui comptait Bpifrance, le Crédit Coopératif, la Région Nouvelle Aquitaine et Herrikoa parmi ses investisseurs initiaux. Devenu alors président, il a néanmoins initié l'opération, la seconde en deux ans, avec l'objectif de lever deux millions d'euros, dont un million en capital, entre juin et décembre 2021, pour moitié auprès d'investisseurs institutionnels et pour moitié auprès du grand public via la plateforme participative Wiseed. "Nous avions sécurisé ce montant à 95 % en décembre 2021, notamment auprès d'investisseurs belges. Entre les fêtes, deux petits investisseurs existants les ont contactés, provoquant leur retrait pour des raisons que j'ignore", déplore Thibault Halm.

À court de trésorerie

Résultat, l'entreprise est rapidement à court de trésorerie et dès le 24 janvier dernier, elle est placée en redressement judiciaire. "Plus d'une cinquantaine de repreneurs potentiels ont consulté notre dossier, mais un seul a formulé une offre. Cette dernière a été jugée insuffisante par le tribunal, notamment car il ne garantissait pas les emplois locaux", détaille le fondateur. L'offre émanait, selon nos informations, d'un acteur du Nord de la France. Désormais, le dossier est entre les mains du cabinet Guérin de Bayonne, qui tentera de valoriser au mieux la marque, ainsi que l'atelier situé près de la gare de Biarritz et l'équipe de quatre personnes, dont Pierre Bigard, responsable R&D et ancien ingénieur chez Look Cycles qui avait rejoint l'aventure en 2019.

Selon nos informations, les investisseurs, basés au Luxembourg, qui auraient fait capoter la levée de fonds, seraient intéressés par la reprise de Coleen. Surnommés "Ferrari" et "Rolls", car luxueux et entièrement personnalisables, les vélos de la marque, au cadre en carbone, n'étaient pas à la portée de toutes les bourses : les deux modèles unisexes les plus vendus, aux noms évocateurs de "Marinière" et "Numéro cinq", étaient disponibles à partir de 7.960 euros et 8.685 euros pièce. Thibault Halm, qui ne souhaite pas se réengager dans l'aventure Coleen, espère que l'expérience acquise pourrait encore intéresser d'autres fabricants. Peut-être même de la région, comme Gilles Labrude qui vient de lancer la marque de vélos à assistance électrique Larunn, également à Biarritz.

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De la difficulté de financer l'industrie

"Ce qui a sans doute refroidi les repreneurs est que notre coût de revient était encore élevé, mais nous commencions à le faire baisser", pointe Thibault Halm. Coleen était en effet sur le point d'augmenter considérablement sa production pour passer de dix vélos à une centaine de vélos par mois afin de répondre à la forte hausse de la demande, en France, comme dans le monde. L'équipe de Coleen, qui visait la rentabilité en 2023, planchait sur un nouveau moteur et cherchait de nouveaux locaux afin de poursuivre la fabrication en interne, contrairement à ses concurrents qui sous-traitent la fabrication dans les mêmes usines en Asie.

Un choix doublé d'une préférence pour des fournisseurs français et européens qui paraissait judicieux lorsque les chaînes logistiques mondiales ont été perturbées. "Notre produit et la fabrication française plaisent, mais la réalité est que l'industrie fait peur aux investisseurs", conclut Thibault Halm, désolé de constater l'absence de patriotisme chez les financiers.

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La réaction d'Audrey Lefort et des deux investisseurs luxembourgeois


  • Nous souhaitons apporter des précisions sur le déroulement des évènements ayant mené à la situation actuelle de Coleen :
    "Bon nombre de corrections ou compléments d'information semblent manquer pour expliquer l'échec de la levée de fonds de Coleen. Lorsque j'ai quitté la société, la levée de fonds était en cours. Je l'ai moi-même initiée et mis en contact M. Thibault HALM avec les différents interlocuteurs pour la bonne continuité de son déroulement. M.Thibault HALM a lui-même fait part de sa capacité à poursuivre seul ce dossier. Cela ne semblait donc aucunement être un sujet.
    J'ai également marqué à M. Thibault HALM et au conseil de la société mon accord pour rester au sein de la société en qualité de fondateur. Les opérations d'augmentation du capital social ont été engagées sur ce postulat. Contrairement à ce que laisse entendre M. Thibault HALM, les négociations entamées avec les nouveaux investisseurs semblaient particulièrement fragiles et compliquées au point qu'une procédure de conciliation a été engagée parallèlement auprès du Tribunal de commerce sans que les actionnaires n'en aient été informés au préalable.
    Je crois qu'il est par ailleurs primordial de préciser que c'est M. Thibault HALM qui a pris l'initiative de solliciter, sans en faire part aux actionnaires, les nouveaux investisseurs pour organiser le rachat des parts de ceux qu'il décrit comme « petits investisseurs » suite à un désaccord qu'il a créé sur le compte rendu de l'assemblée qui avait défini les modalités et les conditions de l'augmentation de capital social à effectuer.
    Parallèlement, la négociation du pacte d'associés entre M. Thibault HALM et les nouveaux entrants s'est enlisée à partir de la mi-décembre, l'échéance finale étant reportée de semaine en semaine avec l'issue que nous connaissons tous. J'ajouterai enfin que les demandes de transparence et de retranscription des échanges sollicitées par l'ensemble des investisseurs auprès de M. Thibault HALM, ont été un sujet récurrent qui a conduit à des distensions et incompréhensions au sein même de Coleen, entrainant la société dans des dysfonctionnements et une opacité qui ont conduit à sa fermeture."

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Commentaires 10
à écrit le 26/03/2022 à 14:46
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8000 euros le VAE,c’est de la science fiction. Qui achète ça ?On en trouve entre 2000 à 3000 euros de très bons,même made in Germany,pour les fanas de Deutche Qualitat !

le 27/03/2022 à 5:20
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La Deutsche Qualität fabriquée en Chine puisse assemblée en Allemagne par des ottomans en temps partiel...

à écrit le 26/03/2022 à 10:46
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Un vélo à 8000 € ? Ils ont fumé la moquette. Pour ce prix là, on a un scooter électrique

le 27/03/2022 à 5:08
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Oui mais avec le vélo électrique pas besoin de centrales nucléaires, il suffit de pédaler pour convertir 4 % des calories absorbées en énergie mécanique puis 80+ % de celle-ci en énergie électrique... bien que cela engendre une surconsommation d'e...

le 20/04/2022 à 22:56
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Un scooter fabriqué en Chine... L'essentiel du vélo (cadre++ fourche+batterie et autres éléments) était fait en France. C'était le seul vélo électrique dont la batterie ne fut pas fabriquée en Chine. L'excellence a un prix.

à écrit le 26/03/2022 à 10:24
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Les marques chères existent déjà et nombreuses dans le domaine restant un marché de niche, de riches donc qui préfèreront toujours faire les connaisseurs en achetant un Lapierre plutôt que les précurseurs en achetant une nouvelle marque. Nos riches, ...

à écrit le 26/03/2022 à 3:06
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La meme chose est en vente en Coree avec plus d'options pour la moitie de ce tarif. Pas etonnant que cette societe se soit ramassee.

le 27/03/2022 à 4:50
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En effet, difficile de lutter contre les chaebols subventionnés par la dictature Samsung en l'absence de protectionnisme économique français sinon quelques appellations régionales dont le mousseux de Champagne qui n'a plus le droit de porter le no...

le 29/03/2022 à 11:40
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Coréen ou pas, si c'est pour se le faire voler...

à écrit le 25/03/2022 à 22:45
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excellent!! tout le monde voit desormais a quoi fait face ' la reindustrialisaton a la francaise, paye par personne'.......la france fait des produits espagnols a couts allemands, et meme quand c'est bien, c'est francais a couts deux fois allemands.....

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