Bouteilles en verre : la timide transition verte de l'usine girondine d'O-I Glass en trois questions

C'est l'histoire d'une usine de verre qui veut passer au vert. O-I Glass va mobiliser 35 millions d'euros sur son site de production de bouteilles basé à Vayres en Gironde pour diminuer la consommation de l'un de ses deux fours. Mais l'entreprise va privilégier la solution qui représente le plus faible potentiel d'économies d'énergie. Explications
350 millions de bouteilles en verre, principalement pour les vins de Bordeaux, sortent chaque année de l'usine d'O-I Glass, à Vayres (Gironde).
350 millions de bouteilles en verre, principalement pour les vins de Bordeaux, sortent chaque année de l'usine d'O-I Glass, à Vayres (Gironde). (Crédits : O-I Glass)

L'entreprise américaine O-I Glass a annoncé le 22 février dernier la prochaine modernisation de son usine de Vayres en Gironde. Un investissement de 35 millions d'euros doit permettre d'équiper l'un des deux fours - d'où sortent chaque année 350 millions de bouteilles, principalement pour les vins de Bordeaux - d'une technologie de combustion par oxygène. Au final, 20 % d'économies d'énergie doivent être réalisées sur la consommation totale de ce four, dont le nouveau système entrera en service en 2023.

  • Pourquoi O-I Glass investit pour réduire ses émissions ?

L'entreprise a décidé d'inscrire sa stratégie dans l'initiative "Science based targets" (SBTi en anglais) qui vise à contenir la hausse des températures mondiales sous 2°C d'ici la fin du siècle, en accord avec les accords de la COP21. Conduite par quatre entités internationales dont les Nations unies et WWF, elle vise à inciter les entreprises signataires à réduire leurs émissions. C'est dans ce cadre qu'O-I Glass déploie son programme d'investissement à Vayres, mais aussi sur son usine du Puy-de-Dôme.

Le label Net Zero, l'option la plus ambitieuse proposée par le SBTi, oblige à diminuer les émissions de 90 % d'ici 2050. Un dispositif drastique qu'O-I Glass n'a pas souhaité mettre en œuvre sur son activité. "Le label Net Zero est trop contraignant pour notre process verrier", appuie Thibaut Guichard, directeur de l'usine girondine d'O-I Glass, tout en rappelant que l'entreprise a opté pour une réduction de 25% de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030.

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  • Pourquoi réduire les émissions en intervenant sur le four ?

Le verre est considéré comme une matière vertueuse du point de vue environnemental... à condition qu'elle soit recyclée. Car c'est bien sa production première qui est lourde en empreinte carbone et en matières premières. Produire une bouteille en verre émet 345 grammes de CO2, contre 129 pour une homologue plastique, selon une étude menée en 2008.

Pour agir au commencement de la chaîne, les usines doivent intervenir sur leurs plus grosses infrastructures, contraintes de tourner en continu et extrêmement énergivores : les fours. "C'est ce qui consomme le plus d'énergie dans les entreprises de notre secteur", fait remarquer Thibaut Guichard.

O-I Glass a donc choisi d'intégrer à l'un des deux fours du site de Vayres, un système de combustion à oxygène liquide qui doit remplacer le fioul, combustible jusqu'ici couplé avec le gaz. Nommé "Gas oxy advanced technology" (Goat), il doit permettre une baisse de consommation énergétique du four de l'ordre de 20% et une diminution de 60% des rejets en oxyde d'azote à partir de 2030. Une façon aussi d'allonger la durée de vie de l'infrastructure

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  • Pourquoi les gains environnementaux sont-ils limités ?

Pour diminuer l'empreinte environnementale des fours à verre qui arrivent en fin de vie, les industriels ont trois possibilités. La moins onéreuse tout d'abord : l'ajout du dispositif à oxygène, ou d'un autre de même nature (hydrogène ou biogaz) directement sur le four existant. C'est l'option choisie par O-I Glass à Vayres sur son premier four, qui terminera sa rénovation début 2023, mais aussi sur son second, dont les travaux sont prévus pour 2026.

Autre solution, très lourde financièrement, la reconstruction d'un four de même type, fonctionnant au combustible fossile. Un choix jusqu'ici classique chez les verriers mais qui est de plus en plus délaissé grâce à l'arrivée de dispositifs innovants.

Les industriels peuvent enfin choisir de construire un four à alimentation électrique. Il s'agit de l'option la plus faible en empreinte carbone mais elle constitue un changement total de paradigme et de fonctionnement pour les entreprises du verre. Le directeur de l'usine girondine d'O-I Glass explique pourquoi le groupe a écarté ce choix :

"C'est une question de capacité de production de verre ; nos deux fours sur Vayres produisent près de 450 tonnes de verre par jour alors qu'un four électrique a une capacité autour de 150 tonnes." Une incompatibilité d'échelle qui veut justifier d'une transition écologique à petit pas pour l'industriel américain, alors que les Nations Unies ont fait de 2022 l'année internationale du verre.

En chiffres


  • Le verrier américain O-I Glass compte une dizaine d'usines en France, dont celle de Vayres en Gironde où il emploie 280 salariés. Présent dans une vingtaine de pays à travers le monde, le groupe a réalisé 6,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2021. 80% de ses débouchés sont dirigés vers le secteur de la viticulture.

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